Sicario 2 : La Guerre des Cartels 2



Bientôt 3 ans qu’est sorti Sicario, petite balle percutante tirée en plein cœur du cinéma d’action/policier sur le monde de la lutte anti-cartels, réalisée par le génial Denis Villeneuve, signataire des récents Blade Runner 2049 (2018), Premier Contact (2016) ou encore Enemy (2014). Seulement quelques mois après avoir adapté lui-même son Wind River (2017), Taylor Sheridan, scénariste à l’univers atrabilaire, âcre et vicié revient au pitch sur cette suite, en guise de promesse du retour en force des personnages outranciers et mystérieux ayant déjà marqués le premier. Sans le talent du réalisateur canadien – se contentant seulement ici de la production – avons-nous ici affaire à seulement une redite sous forme de fausse bonne idée, ou un thriller au panache et aux qualités équivalentes à celles de son prédécesseur ?

© Studiocanal GmbH / Richard Foreman, Jr.

Sicar-Non

Façonné sous la houlette du réalisateur romain Stefano Sollima – Suburra (2015), A.C.A.B (2012), spécialiste de la mafia à l’italienne, on lui doit aussi tous les épisodes de la série Romanzo Criminale (2008) et certains de Gomorra (2014) – couplé avec le scénario de Taylor Sheridan, le récit prétendait à une acpproche crue et spontanément sombre, mariage de fourberies mafieuses, terrain de prédilection de Sollima et de l’univers cruellement réaliste de Sheridan. C’est bien là que va se situer la première anicroche et le principal défaut du film à mon sens. Le niveau de réalité, aussi anxiogène soit-il n’est plus aussi présent. On se souvient de Wind River – sorti fin 2017 et réalisé par le même Sheridan – où le réel poisseux d’un Wyoming reculé et ses autochtones oubliés prenaient le spectateur à la gorge, prouvant que tout ceci pouvait être vrai, assorti d’un niveau de probabilité dans les faits proche du documentaire ou du fait divers. A l’instar du premier Sicario où l’on nageait dans le vrai grâce à l’immersion de la jeune agente de police – interprétée par une Emily Blunt dont l’absence se fait, ici, cruellement ressentir – dans le milieu de la lutte anti-drogue à la frontière américano-mexicaine, placée malgré elle dans une spirale de violence outrancière, loin d’un Hollywood surjoué.

© Studiocanal GmbH / Richard Foreman, Jr.

Dans cette suite intitulée, La Guerre des Cartels, les premières minutes vont venir percer cette notion de réalité. Nous emmenant de prime abord dans des sphères qui bien que très d’actualité par rapport à ce qu’elles présentent, en rappelant des traumatismes assez récents – les attentats terroristes et kamikazes, ici dans un magasin au beau milieu du Nouveau Mexique – sont un peu trop abusivement tirées par les cheveux pour qu’elles en gardent leur substance. On retrouve le personnage de Matt – par un Josh Brolin toujours aussi bourru, que ses deux Marvels de l’année n’auront pas calmé – du premier, interrogeant un terroriste à Djibouti, pour ensuite le voir reprendre les armes au Mexique pour que tout ça ne soit qu’en fait un vaste complot pour faire la nique à un des principaux pontes du cartel. On te met tout ce qu’il faut dedans, du terrorisme, de la lutte anti-immigration, et de la lutte anti-drogue pour un fourre-tout aux allures politiques quasi-insurmontables et surtout amenées beaucoup trop rapidement. Puis, la réalité retombe par le retour du mystérieux Alejandro – interprété à nouveau par Benicio Del Toro – apportant la petite touche de terre-à-terre qui commençait à nous manquer. On le voit plus proche d’un enfer ranimé, replongeant dans sa vengeance éternelle contre tout ce qui est mexicain, commerçant probablement des psychotropes. A ce moment, finis les imbroglios poussifs et les stratégies resucées. En tous cas c’est ce qu’on espère. 

© Studiocanal GmbH / Richard Foreman, Jr.

Parce que ce ne sera qu’en surface. Rien ne décolle jamais vraiment dans ce Sicario 2, qui ne se contente que d’une histoire fade, à des lieux de ce qui était offert dans celui de Denis Villeneuve, marqué par une violence froide et des rebondissements dantesques. Certains penseront que je suis quand même de mauvaise foi et ils auront certainement un peu raison.  En effet, le mauvais n’est pas non plus l’apanage de ce long-métrage. Les deux personnages les plus rudes et âpres du premier y sont ici, presque davantage et mieux mis en lumière. L’aventure du jeune latino-américain dans sa reconversion en passeur amplifie la petite couche de crasse, bonifiant ainsi l’ambiance entière du film, lui évitant un retournement total dans un conformisme hollywoodien bas du front.  Cependant, à mon sens, Sicario 2 : La Guerre des Cartels souffre bien trop de la comparaison avec son prédécesseur, et n’en égale jamais l’aura – d’ailleurs je me demande encore où sont vraiment les sicarios dans ce long-métrage qui manque très sérieusement de méchants avec de la gueule. S’il était vendu comme un traditionnel film de lutte entre flics et gangs, peut-être qu’il aurait fonctionné de la plus belle des façons. Hélas son statut officiel de suite le perd malheureusement dans les limbes. La preuve, je suis en retard de plusieurs semaines sur cette critique, et il n’est déjà plus en salles…


A propos de Willys Carpentier

Son prénom n’est pas une référence cinéphile au Bruce que l’on connait tous, même s’il partage son nom avec son idole absolue, John. Sa passion pour le cinéma qui fait pas genre découle de celle qu’il a pour le Death Metal, elle fait peur et est pleine de saturation et d’hémoglobine et ce même si plus jeune, il ne décrochait pas de Peter Pan. Enfin, fait intéressant, il porte une haine sans égards pour Woody Allen.


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2 commentaires sur “Sicario 2 : La Guerre des Cartels

  • Jeanphi Bredel

    moi j’ai bien aimé, malgré quelques redites (convois…) mais Brolin et Del Toro sont irréprochables, une musique toujours prenante, et une relation avec la gamine digne de Man on fire…le réal a su imposer sa patte sans trop renier ni plaggier celle de Villeneuve, on aurait tout de même pu attendre un poil mieux de Sollima mais son cv quasi impeccable fait de nous des spectateurs très (trop) exigeants.