The Door


Après le très décevant Pyramide, Alexandre Aja renfile une nouvelle fois sa casquette de producteur en produisant The Door : deuil, fantôme et Bollywood.

549221.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

Indiana Ghost et le Temple Maudit

Depuis le succès aussi critique qu’artistique du remake de Maniac (Franck Khalfoun, 2012) chaque nouvelle sortie sous-titrée « le nouveau film produit par Alexandre Aja » est forcément attendue au tournant. Malheureusement, depuis, le plus hollywoodien des frenchies – à qui l’on doit en tant que réalisateur quelques belles réussites notamment avec les remake de La Colline à des yeux (2006) et de Piranhas (2010) – n’a semble-t-il pas réussi à retrouver la recette, préférant abandonner celle des remakes bien calibrés et bien gaulés au profit de production horrifiques bas de gamme qui exploitent allègrement ce qui marche aujourd’hui en salles, et à mon sens détériore petit à petit l’envergure artistique qu’avait acquise le cinéma d’épouvante dans les années 70 et 80. Après avoir apporté sa petite pierre à l’édifice à l’invasion du found footage, avec le très mal accueilli Pyramide (Gregory Levasseur, 2015), le producteur s’attaque désormais de front au film de fantômes remis à la mode par les succès récents de Conjuring (James Wan, 2013) et consorts. Réalisé par Johannes Roberts , un artilleur de seconde zone qui a tout de même à son actif une bonne petite flopée de films de genre, tous inédits en France – Storage 24 (2012) Forest of the Damned (2005) Darkhunters (2004) ou encore Hellbreeder (2004) – The Door aurait pour point de départ l’envie forte du réalisateur de raconter une histoire horrifique prenant comme 550627.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxbases des rites hindouistes. C’est en effet en tournant l’un de ses précédents films en Inde qu’il aurait découvert l’histoire d’un temple dont il ne fallait surtout pas s’approcher la nuit au risque de voir sa vie malmenée par les fantômes de la nuit, les démons de l’ennui, jusqu’à l’infini.

The Door nous raconte donc l’histoire de Maria, une mère qui vit à Bombay avec sa famille, récemment meurtrie par la disparition de leur petit garçon dans un accident de voiture – interprétée par Sarah Wayne Callies, abonnée décidément aux rôles de mère insupportables de mièvrerie puisqu’elle incarnait déjà la maman du gosse relou de The Walking Dead (2010-) – et qui se laisse tenté par sa gouvernante indienne d’aller déterrer le corps de son gamin, de le brûler, puis d’aller répandre ses cendres sur les marches d’un temple. Jusque-là, ça ressemble à rien de bien flippant. Si ce n’est que les cendres se matérialisent très vite en l’esprit du petit garçon disparu, laissant la possibilité à l’héroïne, enfermée dans le temple, de pouvoir parler une dernière fois à son fils à travers la porte. Seulement derrière la porte, car oui, si elle se laisse tenter à la déverrouiller, on la prévient qu’elle pourrait bien le regretter. Evidemment, pour que ce soit plus drôle, cette bouffonne ne va pas résister très longtemps à ouvrir la porte et les ennuis vont commencer.

Bien que son pitch de départ soit assez novateur, il entretient malgré tout comme beaucoup de films du même genre et c’est bien dommage l’image d’Epinal de l’instinct maternel surpuissant face auquel le père, incarné par un acteur au charisme proche du néant (Jeremy Sisto) est complètement dépassé : prenant sa femme pour une malade au mieux, une véritable hystérique au pire. Caricatural à bien des égards dans la caractérisation de ses personnages, le film a du mal à s’échapper de ce canevas assez convenu et fini par décevoir en accumulant les clichés sur la filiation, le sacrifice parental, la valeur famille, les drames œdipiens et les tuer le père explicites. D’autant plus dommage que le film s’affaiblit de ne pas réussir les élans dramatiques, tant les moments d’angoisse, eux, sont assez brillamment orchestrés lorsqu’ils s’insèrent dans la quotidienneté, dans la paranoïa du personnage principal et surtout quand ils ne se réfugient pas bêtement, et trop souvent, dans le jump-scare, véritable plaie de l’angoisse moderne. L’utilisation systématique dans les productions récentes de ces mécanismes faciles, mêlant effets sonores percutants et surprises visuelles destinées à provoquer le sursaut devient totalement éculée, si bien que le plaisir de sursauter n’est plus une surprise en soit, qui vous attrape au moment où vous ne l’attendez pas ou plus, mais une simple attente, un plaisir à consommer, comme une décharge d’adrénaline, un looping dans une montagne russe. Des facilités qui affaiblissent considérablement le film tant il réussit par moment à acclimater le spectateur dans une angoisse pesante et suffocante que chaque sursaut programmé vient véritablement effriter. En témoigne les nombreuses séquences de cauchemars, classiques, avec une belle tension qui monte progressivement, vendant du rêve, avant de se terminer par un jump-scare de plus, réveillant l’héroïne en sursaut, 548283.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxgoutte perlant sur le front et du-con qui lui demande sur l’oreiller d’à côté si elle va bien : « C’est bon chéri, rendors-toi, j’ai juste fait un cauchemar », « Ah encore celui où Eric Zemmour est marié avec ta mère et t’offre un chien salade ? Ça va alors ! Bonne nuit darling ! ». On soupire plus qu’on ne sursaute devant The Door parce qu’il est évident que sa petite économie, ses comédiens bas de gamme et sa mise-en-scène sur-employant des clichés jouent constamment en la défaveur d’un scénario dont le postulat de départ n’est pas si mauvais que cela.

Étonnant venant d’Alexandre Aja, que l’on sait grand amateur d’un cinéma de genre classique, d’une autre exigence et d’une autre qualité et qui évite pourtant cet écueil dans ses propres films. Plus étonnant encore de constater que pourtant, l’équipe artistique de The Door est majoritairement celle des films de Aja, puisque son chef-opérateur attitré Maxime Alexandre et son monteur Baxter sont en poste sur cette production qu’on imagine donc globalement maîtrisée par le français sans interférences pesantes des studios partenaires. Il faudra donc oser questionner Alexandre Aja sur l’utilisation qu’il fait (ou laisse faire) dans ses films de producteur de ces poncifs qui polluent le cinéma d’épouvante depuis plus de dix ans. Rattrapé par le système me direz-vous ? Ou simplement esclave d’un public qui ne demande qu’à sursauter, et rien d’autre ? Sa venue prochaine au Champs-Elysées Film Festival où il donnera une masterclass sera l’occasion rêvée de lui poser la question.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

Laisser un commentaire