Le Pirate de Capri


Soyez informé. J’aime les pirates, j’adore les pirates, je suis dingue des films de pirates. Alors forcément on m’a proposé de chroniquer la sortie en vidéo du Pirate de Capri chez Artus Films. D’emblée, j’ai décidé de ne pas être objectif du tout, sachant que j’allais voir un film de pirates que je n’avais encore jamais vu. Mais…

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Ceci n’est pas un film de pirate

C’est en 1949 qu’Edgar Ulmer réalise Le Pirate de Capri (Il Pirato de Capri) un film italo-américain méconnu parce que sorti une dizaine d’années après la seconde vague de films de pirates qui a déferlé sur Hollywood dans les années 30, mais aussi et surtout un an avant l’excellent film L’aigle des Mers (Michael Curtiz, 1940). C’est dans un contexte de post 14 juillet 1789 que le Capitaine Sirroco – aka le pirate de Capri – et ses acolytes volent des armes en se faisant passer pour des artistes de cirques. La Reine de Naples est faible, le pouvoir est presque aux mains du Baron Holstein, chef de police qui voudrait être premier ministre et avoir ainsi le contrôle absolu. Il est cruel, vil et méchant, le peuple le déteste. C’est ainsi que Sirroco, capitaine masqué, fomente une révolution pour libérer Naples. Je dis que le film n’est pas un film de pirate ? Alors oui, il s’agit bien d’un capitaine et quelques-uns des codes du genre sont respectés. Le Capitaine pour commencer, vagabond libre, il incarne le bandit doué aux armes et bad boy dont les femmes tombent amoureuses. Ici, il s’agit de la femme du Comte Analfi, dont l’importance dans l’intrigue se dévoilera dans le second paragraphe. Les combats à l’épée et l’action présents pendant tout le film saupoudre les scènes de dialogues pour expliquer les enjeux et contextes politiques. Mais…. C’est tout ! Il n’y a pas de capitaine libre parcourant les Caraïbes pour attaquer daily-movies.ch_Le-Pirate-de-Capri-6des bateaux, il n’y a pas de combat entre deux capitaines pirates pour de l’argent ou des trésors. Non, il n’y a pas un brin d’aventure, le capitaine restera à Naples et aux alentours pendant toute la durée du film ! Je vous vois venir, vous demanderez : le film n’offre rien d’aventure, soit, mais alors qu’offre t-il donc ?

Pour répondre, il faut d’abord parler du capitaine ! Dans les premières minutes du film, il ressemble à un acrobate tentant de divertir la Comtesse Maria de Lopez mais assez rapidement cependant, il redevient un pirate volant les armes à bord du bateau, un masque sur la tête à la manière du célèbre Zorro et avec l’air mystérieux. Ce personnage iconique a des allures de super-héros ou de chevalier de la table ronde. Il embrasse une cause juste, voulant uniquement détruire le pouvoir d’Holstein. Pour la plupart des personnages présents, Sirroco n’est autre qu’une sorte d’ersatz du V de V pour Vendetta (James McTeigue, 2006) n’étant pas seul et ayant avec lui tout le pauvre peuple qui n’en peut plus. Mais c’est lorsqu’il enlève son masque que le film débute réellement. En effet, sous ses airs de capitaine révolutionnaire se cache en réalité le Comte Amalfi, qui se joue de la cour en étant un poète fragile et précieux, de la même manière qu’Hamlet se jouait de son roi. Le parallèle est d’autant plus marquant que lors d’une scène, il théâtralise le complot qui se trame entre Sirroco et le Baron Holstein devant ce dernier. Mais je pense qu’un autre parallèle devra être fait pour relier la deuxième partie à la troisième. Il s’agit de celui de Lorenzo qui se jouait de son cousin (Lorenzaccio, Alfred de Musset, 1834). Pièce de théâtre romantique qui explique comment Lorenzo De Medicis s’est rapproché de son cousin, le dirigeant de Florence pour le tuer et libérer la Toscane. Le parallèle politique est très intéressante à faire pour ce film. Ici, le contexte est plus ou moins obscure. Le peuple vit sous le joug de l’oppresseur Holstein et les nobles, sont toujours en train de persécuter les pauvres, persuadés – à tort – que leurs problèmes viennent d’eux. De plus, on est dans un contexte d’insécurité permanent avec la décapitation de Marie-Antoinette cousine de l’actuel Reine de Naples et des menaces de soulèvement. Mais le film sépare les deux atmosphères. D’un côté le luxe de la cour royale où Capture d’écran 2016-02-09 à 21.47.30Analfi se complaît en tant que poète et amuse la cour qui n’a pas conscience du danger et de l’autre où Sirroco se déjoue de la police, entraînant avec lui le peuple le plus pauvre de la ville. Même si on ne voit que les échos des combats et de la Révolution Française, c’est intéressant de l’identifier – dans une moindre mesure – à L’aigle des Mers : dans ce film, la Seconde Guerre Mondiale est implicitement suggérée, en montrant une invasion espagnole en 1588.

Même si l’image n’est pas dans sa meilleure forme et que la réalisation n’est là que pour souligner l’intrigue, le film est néanmoins très plaisant. Pour peu qu’on ne s’attende pas à voir un film de pirates ou d’aventure mais un film où tout repose sur des jeux de pouvoir, on passe un moment agréable, jubilant de la ruse d’Analfi/Sirroco et de son double jeu. Même si l’édition DVD éditée par Artus Films est timide en suppléments, on les remerciera quand même de la grâce qu’ils nous font en sortant ce type de films méconnus dans des éditions respectueuses du format original. J’aimerais conclure par une citation que j’aime beaucoup : « Je ne veux plus être un pitre ou un acteur, c’est trop fatiguant. Je préfère être un pirate.» Et croyez moi, être un pirate, c’est cool !

 


A propos de Andréas Haÿne

Andréas a été pistonné par sa sœur pour pouvoir faire son stage de troisième sur Fais pas Genre ! Finalement, pour cause de quotas-roux, nous avons décidé de le maintenir dans l'équipe. Aussi, accessoirement, parce qu'il peut aller voir certains films à notre place. Il n'a pas encore de spécialité parce qu'il cherche sa voie, bien qu'il envisage une carrière de pirate somalien.

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