The Blues Brothers


Phare lumineux de la filmographie d’un cinéaste qui en manque, The Blues Brothers est un de ces films sur lesquels le terme « culte » est le plus adéquat possible. Retour sur un délire musical qui balance toujours en 2015.

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Saint Swing

A ma grande surprise, moi qui ne connaissais pas très bien (euphémisme) la carrière de John Landis, The Blues Brothers a été réalisé avant deux de ses travaux les plus marquants Le loup-garou de Londres (1981) et Thriller (1983) qui partagent un goût pour l’humour, ce décalage qui fait aussi la saveur du film qui nous occupe aujourd’hui. Tiré d’un sketch de la mythique émission Saturday Night Live et devenu tout aussi mythique aujourd’hui, le long-métrage suit la quête de deux frères (dont l’un sortant de taule) pour récolter assez de thune afin de sauver l’orphelinat qui les as vus grandir. Pas du genre à s’éviter des ennuis ni à faire les trois-huit pour amasser le pognon, les deux zigotos vont s’embarquer dansf396c9e61c681df00859c98e98038e37 des complications en comparaison desquelles celles de Very Bad Trip (Todd Phillips, 2009)  sont une promenade de santé.

D’une énergie folle, The Blues Brothers reste cette vitamine cinématographique qu’il est depuis sa sortie en 1980. Aidé évidemment par une bande-son dantesque et les extraordinaires caméos qui vont avec (James Brown, Ray Charles, Aretha Franklin, les BB Brunes….) le film est porté avant tout par la synergie entre Dan Arkoyd et le regretté John Belushi, mimétiques et différents à la fois comme le seraient des jumeaux. Landis aime ses personnages, ne les lâche pas d’un cadre maîtrisé leur donnant juste assez de nourriture dans l’écriture et d’espace pour laisser éclater leur formidable tandem qui est né avant le film, et continuera jusqu’à la mort de Belushi en 82. Faut dire que ces deux gars sont comme des coq-en-pâte l’eau avec un humour décomplexé, absurde jusqu’au surnaturel (cette manière qu’a la Sœur de remonter les escaliers…) qui dans son non-sens (on croise même des nazis) culminant dans l’époustouflante course-poursuite finale, modèle de mise en scène difficilement détrônable, morceau de bravoure et de générosité filmique, évoque le cinéma d’Alfred Hitchcock, un professionnel de la suspension d’incrédulité au service du spectateur (la scène de l’avion dans La mort aux trousses (1959) ou le pitch des Oiseaux en 1962).

qugcFtH0nsG6vfLFOzxNhPpuezVDerrière l’absurde, The Blues Brothers n’est pas non plus un concentré de connerie, sans être pour autant une thèse sur la légitimité épistémologique de la quête luthérienne lors des mois d’août pluvieux, quand on se dit “On a pas eu d’été c’tannée”. D’abord, dans un cinéma américain dont c’était alors encore moins la coutume, le film est une déclaration d’amour non seulement à la musique, mais à la musique noire-américaine, et par extension à la culture afro-américaine. La scène de l’église est à elle seule l’illustration d’un état d’esprit multi-culturel, où deux gangsters italiano-blancs peuvent groover avec des blacks avec lesquels ils ne partagent rien, si ce n’est la précarité : le vrai melting-pot, s’il existait.

Que cette scène se passe dans une église n’est d’ailleurs pas anodin quant à l’univers spirituel du long-métrage. On l’a dit, les deux brothers ont été élevés dans un orphelinat religieux, il y a cette séquence d’église où c’est un seul lieu où l’union semble être possible, et la structure d’une rédemption pour deux gangsters qui vont faire le bien (quitte à faire ce que la société indique comme mal) après la déchéance (la prison) et devoir régler leur passé…Plusieurs éléments symboliques qui ne peuvent nous empêcher de considérer le film comme gentiment théologiquePDVD_017031003 sans une once de lourdeur. Le Vatican ne s’y est pas trompé en déclarant en 2015 que Landis avait conçu un “film catholique”.

Y a eu une suite à l’aube des années 2000, toujours sous la caméra du réalisateur d’Hamburger Film Sandwich, toujours avec Dan Arkoyd, mais apparemment (moi je l’ai pas vu mais j’en parle quand même, je vous enquiquine) avec beaucoup moins de swag. Au cinéma, l’étincelle ne prend pas à chaque fois qu’on la souhaite, surtout quand on tape aussi fort que The Blues Brothers la première.


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers. Spécialiste des westerns et films noirs des années 50, il peut parfois surprendre son monde en défendant un cinéma "indéfendable" et trash.

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