Bugsy Malone


Au panthéon du culte de la comédie musicale, nul doute que Bugsy Malone a une place de choix. Encore trop méconnu aujourd’hui au sein de la filmographie pratiquement irréprochable d’Alan Parker, le long métrage profite d’une première édition en Blu-Ray en France, toujours par nos amis de chez Elephant Films. Un régal.

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Mafia Legacy

Nous sommes en 1975, et Alan Parker est encore un jeune cinéaste de 31 ans sur le point de réaliser son premier long métrage pour le cinéma : il a imaginé une comédie musicale inspirée par la période de la Prohibition dans le Chicago des années 1920, qu’il compte mettre en scène avec un casting uniquement constitué d’enfants âgés de moins de 17 ans (une idée qui aurait été insufflée par son propre fils). Avec un budget inférieur à un million de livres, et tourné dans les studios de Pinewood, Bugsy Malone a créé la surprise en intégrant la compétition pour la Palme d’Or au Festival de Cannes 1976. Mais si le succès critique et la reconnaissance des pairs a été au rendez-vous, on ne peut pas en dire autant de son succès public, puisque le film fut distribué dans des circuits relativement limités. Pendant longtemps, le film a été mentionné pour avoir contribué à faire découvrir la jeune (et déjà si talentueuse) Jodie Foster, ex-aequo avec Taxi Driver, qui a remporté la plus haute récompense à ce même Festival de Cannes. Et s’il est devenu culte avec le temps (et les rediffusions sur les chaînes câblées) aux USA et au bugsymaloneRoyaume-Uni, il ne figure pas forcément parmi les grands films cultes dans les autres pays du monde.

Dans l’Amérique des années 1920, Bugsy Malone (Scott Baio) est un ancien gangster qui revient aux affaires pour Fat Sam (John Cassisi), un boss mafieux propriétaire d’un piano bar, le Grand Slam. Bugsy tombe amoureux de Blousey (Florrie Dugger), une jeune danseuse pour le nouveau spectacle du Grand Slam, mais Tallulah (Jodie Foster), la petite amie de Fat Sam, joue de ses charmes pour attirer Bugsy. Pendant ce temps, une guerre des gangs se prépare entre la bande de Fat Sam et celle de Dandy Dan (Martin Lev), qui possède une arme secrète, le splurge gun, une mitraillette à crème pâtissière.

Première comédie musicale d’Alan Parker, Bugsy Malone est aussi la plus curieuse. Loin de l’imagerie expérimentale de Pink Floyd – The Wall, du style pop de Fame et du drame historique mielleux à la Evita, cette œuvre est aussi des plus plaisantes à regarder. En utilisant les codes du film de gangsters (sans toutefois aller jusqu’à tourner en noir et blanc), Parker réalise un film d’adultes qui plaira d’abord aux enfants. Le procédé est osé mais très intéressant : il y a des films musicaux qui amusent et d’autres qui surprennent, mais plus le temps passe, plus on se prend au jeu de celui-ci. Le scénario est certes très simpliste, mais il faut se rappeler qu’il s’agit avant tout d’une parodie, et que par définition, il réutilise les trames faciles de ses modèles pour mieux s’en amuser. Mais les enfants jouent avec une facilité incroyable – mention spéciale à John Cassisi qui endosse le rôle du parrain qui n’a rien à envier à un Al Capone ou à un Vito Corleone – et la séquence de la chanson de Tallulah marquera sans aucun doute vos mémoires pendant très longtemps.

Pari risqué mais réussi haut la main pour Alan Parker, qui s’offre même le grand Paul Williams pour signer la musique. Deux ans à peine après Phantom of the Paradise (Brian De Palma, 1974), pour lequel il avait signé une BO formidable, Williams s’attèle à ce Bugsy Malone en s’inspirant évidemment des musiques jazz et de l’univers des pianos bar pour coller à l’ambiance des années 30. Les voix sont celles d’adultes, Williams en tête, et sont donc collées dans la bouche d’enfants, offrant ainsi un décalage supplémentaire à l’intérieur de l’œuvre. Et il ne fait aucun doute qu’après avoir vu le film, vous fredonnerez quelques-uns des titres les plus sympas et entraînants (Fat Sam’s Grand Slam et Bad Guys).

Depuis le 9 septembre dernier, Bugsy Malone est disponible en DVD et combo Blu-Ray/DVD chez Éléphant Films. Une aubaine pour ce film jusqu’alors disponible dans une rare édition DVD de qualité très moyenne chez TF1 Vidéo. L’image du Blu-Ray est très belle, malgré un grain subsistant qui rajoute du charme au film, son esthétique rétro et ses décors en carton-pâte. Rien à redire non plus à propos du son, la qualité technique de l’objet est excellente. Côté bonus, on retrouve la passionnante présentation par Jean-Pierre Dionnet et un mode Sing-A-Long, qui permet de basculer sur un mode karaoké pendant les séquences musicales du film. Un cadeau qui fera plaisir aux plus gros fans du film, et nous, on adore !


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.

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