À l’occasion de la ressortie en DVD du film chez Sidonis Calysta, nous revenons pour vous sur ce classique de la science-fiction anglaise, La Révolte des Triffides, qui, s’il n’est pas un chef-d’œuvre, emporte l’adhésion par son charme opérant, son scénario, ses personnages et ses monstres… Déconcertants.
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On limite trop souvent le film de genre britannique à la période glorieuse des studios de la Hammer, sur Intervista, on aime vous rappeler que l’Angleterre ne s’est pas limitée à Dracula ou au Prince Charles, mais a su réinventer son cinéma d’horreur au fil du temps (voir notre dossier sur le renouveau du cinéma d’horreur britannique). La science-fiction n’est pas un genre majeur dans le cinéma britannique, beaucoup moins que l’horreur gothique, mais elle a néanmoins largement accompagné l’émergence et le succès de la Hammer. Prenez la saga Quatermass, produite par la Hammer et commencée en 1955 avec Le Monstre (The Quatermass Xperiment, Val Guest) puis sa suite La Marque (Quatermass 2, Val Guest, 1957), qui raconte les aventures d’un scientifique, Quatermass donc, qui s’oppose à diverses invasions extraterrestres. Véritable emblème de la science-fiction anglaise, Quatermass emprunte à Sherlock Holmes et donnera ses gènes au fameux Doctor Who (1963 – en cours), puis même aux agents Mulder et Scully de la célèbre série américaine X-Files (1993-2002). La Révolte des Triffides, bien qu’il ne soit pas un film Hammer, surfe sur cette vague de film de science-fiction britannique, et en emprunte une bonne partie des spécificités.
Adapté d’un des chefs-d’œuvre de la littérature de science-fiction, Day of the triffids, écrit par John Wyndham, le film s’éloigne néanmoins considérablement du matériau d’origine dans lequel les Triffides ne sont que des personnages secondaires. Dans le film, on apprend qu’une chute de météorites a rendu une grande partie de la population aveugle, et que des plantes extraterrestres, les Triffides, en profiteraient pour attaquer le monde. Dans le livre original, les plantes tueuses sont reléguées en faire-valoir et la cécité est le véritable enjeu dramatique de l’intrigue. C’est parce que le producteur du film voulait faire de l’adaptation cinématographique une production capable de rivaliser avec les films américains du même genre, qu’il a demandé à ce que les Triffides soient davantage mis en avant. La réalisation est confiée à un vieux briscard, Steve Sekely, un austro-hongrois habitué aux comédies musicales mais qui a livré quelques films de série B dont l’étonnant Revenge of the Zombies (1943).
On ne peut pas nier que La Révolte des Triffides possède ce charme si particulier de ces films de science-fiction des années 50 à 60, et bien que le scénario soit particulièrement bancal – passée une première heure plutôt réussie, les mêmes schémas scénaristiques se répètent inlassablement, et l’on attend la prochaine attaque des Triffides – le tout emporte l’adhésion grâce à certaines séquences mémorables – une séquence de crash aérien, où les passagers et l’équipage sont violemment pris de cécité – et la drôlerie de ses monstres. Figurants drapés dans des costumes de plantes absolument immondes, cette armée de plantes géantes anthropomorphes rappellent avant l’heure l’armée des Ents du Seigneur des Anneaux : Les Deux Tours (Peter Jackson, 2002). Enfin, les quelques séquences se déroulant dans un phare, où deux personnages vivent reclus du monde, et assistent, par la radio, à la dévastation de celui-ci, sont sublimement mises en scène – on apprendra dans les bonus qu’il s’agit en fait de séquences rajoutées par la suite pour sauver le film, et tournée par un certain Freddie Francis que l’on connaît surtout pour ses quelques films Hammer tels que Dracula et les femmes (1968) mais qui a également officié comme chef-opérateur des Nerfs à vif (1991) de Martin Scorsese et de plusieurs films de David Lynch…
Puisque je les évoque, parlons des suppléments et de cette nouvelle édition DVD proposée par Sidonis. La qualité d’image, même en DVD, est plutôt bonne, avec ses couleurs restaurées, bien que l’éditeur nous annonce dès le début que la version proposée n’est pas dans le format initial des prises de vue – cette version aurait été perdue. Point de version française, on ne s’en offusquera pas, puisque la version originale sous-titrée est parfaite, dans un Dolby suffisant pour ce type de film. En supplément, on trouve un documentaire présenté par un spécialiste de Steve Sekely, Christophe Champclaux, que l’on connaît surtout pour ses nombreux livres sur Bruce Lee. Intitulé Les Triffides et la SF britannique, ce supplément riche en illustrations et en informations revient sur la genèse de la SF britannique – beaucoup d’informations de cet article proviennent de cet entretien fourni – et sur l’histoire du film. Une bien belle édition pour un film rare, et bien que le film ne soit pas exceptionnel, sa rareté le rend d’emblée essentiel à votre DVDthèque.