Safe


Chaque année, on a droit à un double festival Jason Statham. Action musclée x2. Cette année, donc, les deux films de l’action hero britannique sont le très prometteur The Expendables 2 (qui sort dans quelques semaines) et Safe, chroniqué dans ces lignes, où Jason frappe, flingue, parle russe mais a quand même une once d’humanité.

Code nems curry

Luke Wright est un ancien policier de New York reconverti en boxeur de troisième zone, dont la vie est entre les mains des gangsters qu’il poursuivait jadis. Un soir, il sauve Mei, une petite chinoise de 12 ans à la mémoire hors du commun. Très vite, il découvre que Mei a mémorisé un code qui semble important à la fois pour les Triades, la mafia russe et les flics ripous de la ville. Pour protéger Mei, il sera donc seul contre tous.

On a été habitués à pire. Safe rentre dans la catégorie du “Statham action flick” classique, qui ne casse pas des briques (il laisse ça à Bruce Lee) mais qui se regarde avec plaisir. Le pitch n’est pas sans rappeler celui de Code Mercury (Harold Becker, 1998), où c’était un autre “Expendable”, Bruce Willis, qui devait protéger un gamin de 9 ans qui détenait un code top secret. Si le film d’Harold Becker ne volait, au final, pas très haut, et que le rôle de Bruce Willis fait partie de ceux que l’on oublierait volontairement dans sa riche et prestigieuse filmographie, Safe mérite tout de même de se placer un cran au-dessus, peut-être pas grâce à l’originalité – relative – de son scénario, mais grâce à d’excellentes scènes d’action, qui s’enchaînent sans temps mort (si l’on excepte quelques brefs passages un peu mous).

[Il est important de préciser, à ce stade de mon développement, que, lorsque je suis arrivé dans la salle pour voir le film, celle-ci était pleine. J’ai donc dû me frayer un passage dans une rangée, pour me retrouver coincé à côté de quatre individus, âgés entre vingt-cinq et cinquante ans, qui rappelaient autant le meilleur de Confessions Intimes que la famille de Jack Black dans Mars Attacks!. Bruyants, passionnés de paintball, avec un niveau de français relativement bas, si tant est que l’on comprend ce qu’ils disent. Et comme vous m’êtes sympathiques, je tenterai de vous faire revivre leurs réactions durant 1h35 de film dans les lignes suivantes.]

Car dans un film comme Safe, le plus important, c’est l’action. D’autant plus que mettre en scène un homme seul en plein milieu d’une guerre des gangs, c’est propice à de belles séquences d’action! Et l’on y aura droit, tout au long du film. Dans le métro de New York, dans un hôtel, dans un restaurant, dans un casino, autant de lieux qui seront le théâtre de fusillades [le fameux moment où mon voisin de droite dit à son père: “Oh t’as vu pôpô les flingues qu’y’z’ont, hein!”], combats [le père : “ALLEZ ! Casse-lui la tête, lô!”], bastons en tout genre. Et un film d’action correct se doit également d’avoir des méchants dignes de ce nom (même Code Mercury en a un en la personne d’Alec Baldwin, qui tient là son meilleur rôle de toutes les années ’90. Gros passage à vide dans sa carrière, vous l’aurez compris.). Et Safe en a trois fois plus que de raison, entre les mafieux chinois (parmi lesquels l’immense James Hong, qui ajoute un titre de plus à son interminable filmographie), les mafieux russes (dont le chef, Emile, est un sosie de Fellini) et les flics corrompus.

On peut noter un level up dans la carrière de Jason Statham depuis quelques années. Alors que toute sa période Transporteur reste à un niveau très moyen (seuls Hypertension et Braquage à l’anglaise nous ont fait rêver, quant à la trilogie produite par Besson, il va de soi qu’elle reste la pire chose qu’il ait pu faire), il nous habitue, depuis 2009, à des rôles un peu différents; mieux écrits, en tout cas. Et Luke Wright, cet ancien flic soumis et suicidaire, est un rôle correct, qu’il endosse avec habileté. Ajoutons à cela quelques punchlines qui font mouche (“Je suis allé au resto, ce soir. Ils ne servaient que du plomb.” [le second fils: “Ouah la classe!”], ou une autre qui risque de rester dans les annales: “-T’as de sacrées couilles! -Je sais, mes cuisses se touchent pas.” [le fils: “AHAHAHAH! T’as entendu çô pôpô?”], et l’on obtient un action flick de bonne facture, qui se regarde avec plaisir. Et je laisserai le mot de la fin à Pôpô, qui nous a encore émerveillés de par sa lucidité pendant le générique de fin: “Putain c’tait bien hein! Allez on y vô, dépêchez-vous gamins, faut encore voir la fin du match!”.


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.

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