Chronicle 2


Premier film de son réalisateur Josh Trank, Chronicle appartient à deux sous-genres surexploités jusqu’à la moelle depuis plusieurs années: d’une part le film de super-héros et d’autre part celui du found-footage. Voyons voir comment le monsieur s’en sort avec la croisée de deux sous-genres ultra codifiés.

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La Nuit des Enfants Rois

A l’occasion d’un article sur le film The Troll Hunter, j’avais déjà évoqué ce qui me répugnait de plus en plus dans la tendance actuelle du found-footage et de tous ces films qui jouent sur le principe des bandes vidéos retrouvées. Procédé largement surexploité, il en est ressorti au fil des ans, des films plus ou moins réussis et plus ou moins inventifs. Il en est de même avec la mode des films de super-héros, qui depuis le retour et le succès de X-Men en 2000 puis de Spiderman en 2001, devient l’une des valeurs sûres, qui s’égraine depuis plus de dix ans sur la production hollywoodienne. Avec Chronicle, Josh Trank propose donc une forme hybride, un film de super-héros en found-footage, qui de fait, ancre ses adolescents à pouvoirs dans un entrelacs de réalisme.

Chronicle raconte l’histoire de jeunes adolescents qui, après avoir été en contact avec une mystérieuse substance, se découvrent des super-pouvoirs. D’abord tentés d’utiliser leurs nouveaux pouvoirs pour jouer des tours à leurs proches, ils vont vite prendre la mesure de ce qui leur est possible. Leurs fabuleuses aptitudes les entraînent chaque jour un peu plus au-delà de tout ce qu’ils auraient pu imaginer. Leur sentiment de puissance et d’immortalité va rapidement les pousser à s’interroger sur les limites qu’ils doivent s’imposer.

Vous l’aurez donc compris, le film utilise la forme du found-footage pour rendre davantage réaliste cette découverte subite de pouvoirs. Le film démarre d’ailleurs par l’un des trois adolescents, qui vient d’acheter une caméra et décide de filmer toute sa vie. Moi qui déteste – je m’en suis déjà expliqué – cette mode de la caméra amateur au cinéma, je dois admettre qu’ici, il s’agit de l’un des gros points forts du film de Josh Trank. Le réalisateur parvient à utiliser ce procédé à des fins de trouvailles visuelles très bien senties, car dès lors que son personnage possède ses facultés de télékinésie – qui lui permettent, entre autres, de faire voler les objets – il devient, presque métaphoriquement, metteur en scène de sa propre histoire, envoyant la caméra virevolter dans les airs. Ces envolées donnent lieux à de belles séquences de travellings et de mouvements fluides qui cassent un peu l’habituel refrain de ce genre de films qui cachent le plus souvent leur manque de maitrise visuelle en s’appuyant sur le caractère amateur des rushs.

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C’est donc une bonne surprise que ce Chronicle de ce point de vue, dans la sphère trop grande des found-footage, il est bien plus “cinématographique” que ses comparses, mais là où le film finit par pêcher, c’est par son scénario d’une vacuité sidérale, et parfois beaucoup trop rapide. Pour exemple, la séquence-clé du film, c’est à dire, celle dans un étrange gouffre souterrain dans lequel les jeunes découvrent un gigantesque gisement qui leur conférera ses pouvoirs, est réglé par une ellipse ultra maladroite. Ils arrivent, ils touchent cet étrange cristal, puis séquence suivante, ils ont déjà leurs pouvoirs. Et même s’il rentre directement dans le vif de l’action, le scénario patine dans un faux rythme constant, qui nous tend parfois à s’acoquiner avec l’ennui. Autre gros point faible scénaristique majeur, les personnages du film sont beaucoup trop stéréotypés. Peut-être que le scénariste, Max Landis – fils de John – voulait par cela parodier les comics-book type Marvel et leurs personnages bien souvent eux aussi constitués de stéréotypes. Nous avons donc le Black cool ultra-populaire, sorte de Barack Obama du lycée, en campagne électorale pour se faire élire en tant que délégué. Le jeune branleur qui court les fiestas, boit un peu trop et est un goujat avec les filles. Et le dernier, Andrew, notre premier rôle, summum du stéréotype, puisque non seulement son père est alcoolique et le bat, sa mère est malade – je dirais même plus, mourante – mais avec ça il est aussi souffre-douleur officiel du lycée, timide maladif, et enfin, bien sûr: puceau.

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On comprendra dès lors que ce dernier usera de ses pouvoirs à des fins plus sombres, épuisé par les railleries et les épreuves de la vie. La naissance d’un duel fratricide, entre un super-héros et un super-méchant aurait bien pu être emballant, mais le scénario ne s’attache pas à cette idée et évapore cela, sans assumer, finalement, toute la mythologie du super-héros pourtant à sa disposition. L’histoire noie finalement le poisson dans l’eau aux termes d’un duel à peine épique, terminant la course sur un chrono bien en dessous de ses capacités. Il en reste donc qu’un simple teenage-movie de plus: un film dont le pitch a bien plus de couilles que son scénario.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.


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