Police Story 3 : Supercop


Quelle joie de voir l’éditeur vidéo Le Chat qui fume ressortir dans une version sublime Police Story 3 : Supercop de Stanley Tong sorti en 1992. Troisième volet de la saga la plus connue de sa vedette, Jackie Chan, dans laquelle il va apprendre à partager le haut de l’affiche.

Jackie Chan saute d'un toit vers un hélicoptère dans le film Police Story 3.

© Tous Droits Réservés

Flics de choc

Michelle Yeoh en position de combat de la cigogne, dans une foire où elle s'apprête à en découdre ; scène du film Police Story 3.

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Le premier opus, sorti en 1985 et réalisé par Jackie Chan lui-même, est un classique du cinéma de Hong-Kong voire du cinéma d’action tout court. En intégrant dans un univers urbain les ingrédients de l’action-comédie qui lui sont propres, Jackie Chan avait su renouveler le genre et en inspirer certains. Et même outre-Atlantique, à Hollywood, via Tango et Cash (Andreï Kontchalovski, 1989) qui reprend une des idées de Police Story dans sa scène d’introduction – Sylvester Stallone tirant sur un camion, pousse son chauffeur à freiner brusquement, le choc le projette alors violemment à travers le pare-brise. Dans cette (deuxième) suite, sous-titrée Supercop, l’inspecteur Chan Ka-Kui (Jackie Chan) se voit confier une mission périlleuse : infiltrer une organisation mafieuse en aidant à s’évader de prison l’un de ses lieutenants. Évidemment, il doit se servir avant tout de sa ruse et de sa bonhomie pour se sortir de situations où il n’est jamais à son avantage. Les scènes d’action sont au rendez-vous et d’une fluidité que seule Hong-Kong est capable de faire. Malheureusement ou heureusement, cela dépend de la sensibilité de chacun, les moments de bravoure sont entrecoupés de scènes vaudevillesques et de quiproquos improbables comme lorsque son oncle doit par exemple se travestir pour jouer la mère du personnage faisant office de couverture à l’inspecteur durant son enquête. De notre côté, on fond devant les quelques scènes d’amourette adolescente entre Jackie Chan et Maggie Cheung. D’ailleurs, ce n’est pas la seule star féminine à l’écran.

Un portrait de la Reine d’Angleterre ouvre le film, comme un adieu à la colonie britannique – pour rappel Hong-Kong était un territoire du Royaume-Uni de 1841 à 1997, puis, un bonjour à la Chine continentale. Une autre femme tend la main à Jackie Chan : Michelle Yeoh. Elle n’avait plus tourné depuis 3 ans et son mariage. Avec les bonus du Blu-Ray, composés de nombreuses interviews, Stanley Tong nous apprend que l’idée de la faire revenir dans le monde du cinéma avec ce projet lui revient et on peut lui dire merci. L’alchimie entre Jackie Chan et elle fonctionne merveilleusement bien. Étant dans un film du Buster Keaton chinois, Michelle Yeoh se voit également désavantagée au combat. Elle doit porter durant une fusillade un gilet explosif, ce qui compliquera nécessairement sa manière de se défendre… Cela souligne bien l’écriture de ces longs-métrages qui semble répondre à chaque fois à la même question : comment rendre intéressante une scène que le spectateur a déjà vu 100 fois ? De même, niveau cascade Police Story 3 : Supercop est célèbre, à raison, pour celle de Jackie Chan sautant dans le vide afin d’attraper une échelle d’un hélicoptère. Toutefois, Michelle Yeoh n’est pas en reste. Elle doit enfourcher une moto, prendre un tremplin et atterrir sur un train en marche ! Dans les films de Jackie Chan, les génériques sont l’occasion d’illustrer les cascades ou les prises ratées. Pour la sus-citée, on observe l’actrice arriver trop rapidement sur le wagon et passer par-dessus avec comme sécurité pour l’arrêter…Une pile de cartons ! Cela rappelle un des nombreux propos du cinéaste Olivier Assayas sur le cinéma HK : “Disons qu’ils pouvaient faire dans leurs garages ce que les Américains faisaient dans leurs usines.” Cela donne indéniablement un supplément d’âme à ce cinéma d’action.

Blu-Ray du film Police Story 3 édité par Le chat qui fume.Michelle Yeoh n’est pas la seule à apporter un vent de fraîcheur à la saga. Stanley Tong emmène le récit vers l’internationale et du côté de James Bond, encore plus flagrant dans la suite qu’il réalise, intitulée Contre-attaque (1996). Le spectateur est ainsi trimbalé en Chine continentale et en Malaisie. Ces lieux sont propices à de nouveaux types de cascades pour Jackie Chan, avec notamment une course-poursuite en voiture et les scènes du train ou de l’hélicoptère déjà évoquées. Or la topographie de Hong-Kong ne permettait pas de faire ce type de cascades, d’ailleurs, Stanley Tong est un ancien cascadeur et il a arrêté cette profession par peur de mourir. C’est compréhensif quand on est face à certaines séquences de son œuvre. Pour l’anecdote et non sans humour, la conclusion du film revient à Jackie Chan rappelant qu’il reste encore quelques années de liberté à Hong-Kong avant de rejoindre la Chine. Du côté de l’acteur, il lui reste encore quelques grandes années de cinéma avant de s’exiler aux États-Unis et de constater le déclin progressif de sa filmographie.


A propos de Mathieu Guilloux

Mathieu n'a jamais compris le principe de hiérarchisation, il ne voit alors aucun problème à mettre sur un même plan un Godard et un Jackie Chan. Bien au contraire, il adore construire des passerelles entre des œuvres qui n'ont en surface rien en commun. Car une fois l'épiderme creusé, on peut très vite s'ouvrir vers des trésors souterrains. Il perçoit donc la critique comme étant avant tout un travail d'archéologue. Spécialiste du cinéma de Hong-Kong et de Jackie Chan, il est aussi un grand connaisseur de la filmographie de Steven Spielberg. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/rNTIY

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