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Depuis le succès de Shaun of the Dead en 2004, tout cinéphile un tant soit peu organisé se doit d’avoir ajouté sur ses étagères à DVD un espace dédié spécialement aux « comédies romantiques avec des zombies ». S’il y aura eu finalement peu de films pour alimenter ce sous-genre – excepté peut-être Fido, film canadien sorti en 2007 –  Warm Bodies vient sauver cette étagère récente d’un démantèlement pourtant programmé.

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Oh Romero, pourquoi es-tu Romero ?

Si s’attaquer à un genre est toujours risqué, s’attaquer à deux genres relève souvent de la folie. C’était pourtant le pari fou qu’avait tenté Edgar Wright, déjà en 2004, avec sa parodie de films de zombie à la sauce comédie romantique. Beaucoup auraient pourtant dit que ces deux genres étaient par essence impossibles à réunir à l’écran. En soi, le pari fou d’Edgar Wright n’était pas tant que ça culotté. Dans Shaun of the Dead, c’est le héros et sa petite copine qui se retrouvaient au milieu d’une attaque de zombies. C’est donc plutôt une histoire classique de la rom’ com’ qui finissait gangrenée par la comédie gore. Avec Warm Bodies, Jonathan Levine, son réalisateur – à qui l’on doit le très bon 50/50 – pousse le concept un cran plus haut en imaginant une romance entre une humaine et un zombie.

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Le film prend place – comme beaucoup de films de zombies – sur une planète dévastée, mise à mal par un mystérieux virus ayant détruit toute civilisation. Les quelques rescapés vivent dans des gigantesques bunkers – ils sont dirigés par John Malkovich, rien que ça – pour se protéger des morts qui reviennent à la vie. Au milieu de tous ces voraces individus en quête de chair humaine, déambule R., un zombie shakespearien qui va sauver la belle Julie d’une mort certaine et la prendre sous son aile. Grâce à la proximité de la jeune femme, et aux liens puissants qu’ils vont entretenir au fil des jours, le jeune zombie va progressivement réveiller en lui l’être humain qu’il était jadis et révéler au monde entier que l’amour pourrait bien être l’antidote.

Comparer le film à Twilight comme on le fait trop souvent dans la presse est une erreur. L’histoire d’amour de la saga vampirique ne s’est en réalité jamais désaffranchie de sa candeur mormone, pas plus qu’elle n’a vraiment revendiqué son appartenance au genre. Ici, il n’y a rien à dire : histoire d’amour ou pas, Warm Bodies est bien un film d’horreur. Jouant des codes du films gore, Jonathan Levine rend même un vibrant hommage à quarante-cinq ans de films de zombies en nous gratifiant de scènes qui nous montrent tantôt des zombies amorphes et pantouflards façon La Nuit des morts vivants (1968, George A. Romero) que des sprinteurs affamés tout droit sortis de 28 jours plus tard (2001, Danny Boyle). Il n’oublie pas non plus d’appliquer les codes de la comédie romantique, appliquant le sempiternel schéma épuisé jusqu’à la lie : ils se rencontrent, se séduisent, se séparent parce que c’est mieux ainsi, puis se retrouvent et s’aiment toute la vie.

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Avançant au rythme des zombies qu’elle suit, la première partie du film est d’un ennui mortel. Enjolivée par la voix-off du héros-zombie, explicative à souhait, le film se présente de prime abord comme un court métrage (trop long) qui traiterait avec humour du quotidien des zombies. L’idée fonctionne dix minutes mais lasse très vite. Toujours momifié par sa lenteur de mort-vivant, le début de la romance entre R. et Julie finit d’hypnotiser. Heureusement, la seconde partie du film revêt sensiblement plus de rythme, à mesure que les péripéties s’amoncellent et que la romance prend tout son sens. C’est d’ailleurs dans cette seconde partie que le scénario livre ses meilleures idées, convergeant vers ce qui constitue véritablement la moelle des genres traités, et réinventant au passage la condition du zombie déjà égratigné par Land of the Dead en 2005, tout en assumant,au passage, les influences évidentes des maîtres dans leurs genres respectifs que sont Shakespeare et Romero.

Sous la peau de cette comédie romantique sanglante se dévoile une réflexion sur la discrimination qui n’a guère à rougir de la plupart des films dits « sérieux » qui se sont déjà confrontés au sujet. Soignés par l’espoir, l’amour et les bons sentiments, l’être humain mort, larvaire, finit par retrouver goût et sens à la vie. Presque politique – parce qu’il fait écho à des débats de société profondément actuels tels que le mariage pour tous – le message du film finit par contaminer son audience. Aimez, aidez et acceptez ceux qui vous sont différents, et vous vivrez en paix avec vous-même. Alors si cet optimisme embué d’amour pourra déboussoler les amateurs de frissons en quête de tripailles et de sursauts, elle devrait séduire ceux qui, comme moi, se sont quelque peu lassés de voir toujours les mêmes films de zombies.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.


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