Apocalypse Show, quand l’Amérique s’effondre (Livre)


Playlist Society s’aventure sur le terrain ultra-populaire des séries apocalyptiques américaines avec Apocalypse Show, quand l’Amérique s’effondre, premier essai prometteur d’Anne-Lise Melquiond à paraitre le 7 septembre.

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Une fin annoncée

Anne-Lise Melquiond propose ici une version réduite de sa thèse de doctorat sur les séries apocalyptiques post-11 septembre, ne sélectionnant que quelques titres pour illustrer son propos de manière claire et sans éparpillement. Le processus de publication relativement rapide d’une thèse défendue en octobre 2019 donnera certainement espoir aux doctorants ou récents chercheurs qui nous lisent (moi la première)… Divisé en trois parties de longueurs variées selon les thèmes géographie, temporalité et survie, Apocalypse Show a pour intérêt principal de démontrer que le futur dystopique si manifeste des fictions américaines n’est en réalité que le « miroir du présent ». Entre références bibliques à l’apocalypse perçue comme révélation, et questions philosophiques sur l’obsession de la société contemporaine pour sa propre mort, l’autrice se penche sur la représentation de la gestion politique des catastrophes fictives plus ou moins plausibles.

Le dome noir, en bord de mer, dans une vallée verte, de la série Under the dome pour notre article sur le livre Apocalypse show.

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La première partie révèle l’inévitable focalisation des dites séries sur les États-Unis malgré la dimension mondiale des catastrophes, qu’elles soient liées au nucléaire, aux zombies ou aux aliens. Cet égocentrisme américain permet à Melquiond d’associer les fictions apocalyptiques aux westerns, et plus largement à la conquête de l’Ouest, grâce à leur aspect road movie où la survie force le déplacement, par exemple dans The Walking Dead (2010-en production). Ainsi s’oppose l’espace de loi et l’espace sauvage dans une lutte fratricide d’où émanent de multiples références aux guerres dans lesquelles les États-Unis se sont engagés pré ou post 11 septembre. La continuité historique de ces séries avec la violence que connait déjà le pays depuis des siècles désavoue toute croyance futuriste pour finalement renforcer un attachement au passé. Si l’argumentation de l’autrice est prometteuse elle manque parfois de développement, le même reproche pouvant être fait aux seconde et troisième parties. En effet, le deuxième chapitre se montre peu convaincant car trop de procédés temporels nommés (ellipses, flashbacks, etc.) ne sont pas propres au sous-genre de la fiction apocalyptique. C’est encore une fois vers la fin du chapitre que des arguments plus attrayants captent l’attention, à savoir la faible présence des catastrophes écologiques et climatiques, malgré leur probabilité plus forte.

La troisième partie équivalente à un guide de survie reste de loin la plus encyclopédique. À travers les exemples de Under The Dome (2013-2015), Jericho (2006-2008) ou Battlestar Galactica (2004-2009), l’autrice met quand même le doigt sur plusieurs questions qui nous taraudent tous, entre autres le manque de réalisme quant à la survie matérielle (nourriture, eau potable, essence, etc.) et l’accès aux soins médicaux. Dommage que la fenêtre de publication n’ait pas permis de dresser la comparaison entre les séries de contagion et l’actualité du Covid pourtant vaguement mentionné dans l’introduction de ce Apocalypse Show, car cela aurait permis de lancer la discussion sur l’Autre comme site de contamination… De manière générale, le point le plus persuasif de COuverture du livre Apocalypse Show quand l'Amerique s'effondre édité chez Playlist Society.cet essai dans son intégralité reste le traitement de la politique, et notamment la gestion du pouvoir en temps de crise, faisant émaner une dichotomie entre autorité et anarchie où l’organisation de l’État est remise en cause. L’autrice arrive pourtant à une conclusion somme toute classique, selon laquelle les séries apocalyptiques ne révolutionnent pas grand-chose en s’inscrivant dans la continuité de la survie précaire ou de la gestion à la limite du despotique que le pays connait déjà. L’apocalypse apparait surtout comme le seul moyen de mettre un terme au capitalisme, mais pour en définitive le faire renaitre sous une autre forme tant la fiction s’accroche aux institutions existantes.

Apocalypse Show est un essai parfois passionnant parfois trop généraliste, qui montre l’exercice extrêmement difficile (et grandement redouté) d’écrémer des centaines de pages de thèse pour en faire un livre plus condensé. À coup sûr, cette lecture rapide de 160 pages à peine saura séduire les aficionados du sous-genre de tout horizon grâce à son équilibre parfaitement trouvé entre savoir académique et illustrations filmiques.


A propos de Emma Ben Hadj

Étudiante de doctorat et enseignante à l’université de Pittsburgh, Emma commence actuellement l’écriture de sa thèse sur l’industrie des films d’horreur en France. Étrangement fascinée par les femmes cannibales au cinéma, elle n’a pourtant aucune intention de reproduire ces méfaits dans la vraie vie. Enfin, il ne faut jamais dire jamais.

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