Thierry Paya, Meurtre et Moselle


Sur le trajet pour La Bascule, Adrenalyn et moi avons repris notre éternel débat sur “Star Wars” ; je continuais de soutenir que “L’Empire contre-attaque” est le meilleur de la série, et de l’autre côté je devais accepter le fait que mon pote Adrenalyn voue un culte au “Retour du Jedi”. Ce qui a finalement abouti au pari le plus bête du monde : la question devait être posée à Thierry, et si ce dernier répondait “L’Empire…”, je m’étais engagé à rouler une galoche à mon complice d’interview. C’est ainsi que nous arrivons donc au bar, une grande partie de l’équipe était déjà là. Thierry est arrivé à La Bascule un peu plus tard, et après deux binouzes, il se ramène à notre table, l’interview peut commencer.

© DR

Adrenalyn : Comment es-tu arrivé à faire du cinéma ?

C’est une passion, je n’ai jamais fait d’étude de cinéma. Je me suis acheté assez jeune une caméra Super 8, et ensuite une caméra vidéo, pour faire des films de potes. En 1989, on a créé Singapour Productions. Et puis j’ai un peu bossé pour la télé, sur des reportages, des concerts… J’ai réalisé neuf courts-métrages, et quelques coréalisations. Dernièrement, j’ai tourné en vidéo un court en 4-5 jours, intitulé L’Ange du Marais, et un autre, Jogging, grâce auquel j’ai rencontré Colin Vettier et Maud Galet-Lalande.

Adrenalyn : Justement, à propos de Maud Galet-Lalande, je pense que la scène du film qui va rester est la séquence de Marina Moon !

C’est bien que tu parles de ça, parce qu’au début, Maud avait l’air déçue d’avoir un si petit rôle dans le troisième segment ! En fait, après Jogging, Maud m’a dit qu’elle avait envie de bosser une nouvelle fois avec moi, donc elle devait évidemment participer à Ouvert 24/7. Elle a aussi le rôle principal du premier segment, “Question de goût”.

Valentin : Une remarque sur “Question de goût”, tant qu’on y est : j’ai trouvé ce segment excellent, avec une histoire et un traitement de l’image qui m’a beaucoup fait penser à la période allemande de Jess Franco (début des 70s).

C’est Colin qui est à l’origine de ça, puisqu’il est auteur du scénario. L’histoire était simple au départ : ça devait simplement parler d’un couple qui se détruit. Ensuite, je lui ai proposé le fait que ça soit un couple lesbien. J’adore les lesbiennes, je suis moi-même lesbienne (rires) ! Ça s’est fait au fur et à mesure. Maintenant, pour ce qui est de l’influence visuelle, je connais un peu le cinéma de Jess Franco, mais pas assez pour ça. Le film a été beaucoup plus influencé par le cinéma italien, Argento entre autres. “Question de goût” est très froid, visuellement.

Adrenalyn : Qui a eu l’idée du film ?

On a eu l’idée ensemble, au resto un jour. Je voulais faire un film où je pouvais aborder beaucoup de thèmes différents, c’est parti de là.

Adrenalyn : Comment as-tu financé ton film ?

Il n’y a eu aucun financement, en fait. Le site horreur.com nous a quand même aidé, et la mairie de Hayange nous a prêté le cinéma de la ville, ça a été l’occasion de tourner pas mal de trucs. Les décors sont de Shirley Swiatoka : on a utilisé le cinéma comme un studio, en aménageant une dizaine de décors différents dans lesquels on a tourné, et qui donc, sont dans le film. Le début du film, la scène des toilettes, ça a été tourné dans le cinéma, par exemple. On a tourné en mini DV.

Valentin : J’imagine qu’on t’a déjà posé cent fois la question, mais tant pis: comment Lloyd Kaufman est-il arrivé sur le film ?

Colin a fait un stage il y a plusieurs années chez Troma à New York, où il a rencontré Lloyd. On voulait tous les deux une apparition dans le film, et c’est Lloyd qui s’est imposé assez naturellement. Au départ, ça devait être une apparition vocale, on devait l’entendre au téléphone, en live de ses bureaux de chez Troma. Et puis il nous a dit qu’il viendrait en France, donc qu’il pourrait apparaître en chair et en os. Il est venu pour le festival de Cannes, nous a prévenus, mais malheureusement, rien n’a pu être tourné. Lloyd nous a fait savoir qu’il reviendrait en août, juste pour tourner avec nous, ce qu’il a fait : il est arrivé avec sa femme et sa caméra. C’était une vraie chance de pouvoir diriger quelqu’un que j’aime. On avait une private joke entre nous : Lloyd avait tourné dans Horribilis de James Gunn en 2006, où il faisait aussi une apparition qui a été coupée au montage, et il était venu ici avec sa caméra, pour ramener quelques images du tournage à ses élèves. Il a dit à sa caméra que j’étais meilleur que James Gunn, parce que moi, je gardais sa scène dans le film ! J’ai adoré tourner avec lui, j’avais l’impression de diriger Mel Brooks !

Adrenalyn : On a eu l’occasion de parler de Maud Galet-Lalande, est-ce que tu peux nous parler un peu des actrices du film ? Elles sont excellentes !

Toutes les actrices du film sont professionnelles, sauf Marie-Pierre Vincent, qui, elle, vient du théâtre. Il faut savoir aussi que beaucoup de scènes ont été improvisées, Colin me les réécrivait pendant le tournage, même par SMS.

Adrenalyn : C’était ton choix de tourner en Moselle ?

Oui, c’était évidemment volontaire de tourner ici. J’habite en Moselle, alors pourquoi tourner autre part ? Et puis d’un autre côté, ça nous arrangeait pour des raisons de budget.

Valentin : Colin et toi aviez décidé dès le départ de tourner le dernier segment en platt ?

Non, c’est venu suite à une blague sur le tournage. Stéphanie Kern Siebering, qui joue Greta dans le dernier segment, est originaire de la région de Bitche, où le dialecte mosellan est encore utilisé. Elle nous vannait sur ça, en nous sortant des trucs en platt, et avec Colin on s’est finalement dit que ça serait bien de le tourner entièrement en dialecte.

Adrenalyn : La scène la plus difficile à tourner, d’un point de vue émotionnel, selon toi ?

Il y en a deux : la première, c’est celle du prêtre [ndr : dans le troisième segment, une scène montre un prêtre jouer à touche-pipi]. C’était difficile, parce qu’avec cette scène, je touchais à la religion, qui est un sujet assez sensible. Et puis l’acteur était froid ; il était pas antipathique, au contraire, mais quand il arrivait sur le set en soutane, il installait une grosse tension, ça me gênait. La deuxième, c’est la scène de sexe entre les deux lesbiennes. J’avais prévenu les actrices, la scène avait été storyboardée, et je m’en suis tenu à ça.

Adrenalyn : Dans le film, tous les acteurs principaux sont des actrices. Il y a une part de féminisme dans ton film ?

C’est involontaire, en fait. Bien sûr, j’aime les femmes, mais c’est involontairement que j’ai fait un film de femmes. Et puis j’aime pas forcément les féministes engagées, etc. Il y a beaucoup de Colin et moi là-dedans, on a fait une sorte d’hommage à la femme, finalement !

Valentin : Comment as-tu rencontré Maxime Mathis, le monteur ?

Je l’ai rencontré sur Jogging où il était assistant caméra. Il avait réalisé un court-métrage, qu’il m’avait montré et dont j’avais aimé le montage. A la fin du tournage, j’ai considéré que j’avais pas assez de recul face à mon film pour en assurer le montage, alors c’est Max qui s’en est chargé.

Valentin : J’aime beaucoup les titres des segments, mais avoue que Ouvert 24/7 est un titre qui est complètement différent !

Ouais, c’était assez difficile de trouver un titre, surtout qu’il s’agit d’un film à sketches. Avec Colin, on s’est dit que le titre devait être celui du fil conducteur. Comme ça se passe dans un bistrot ouvert tous les jours, 24h/24, alors c’est devenu Ouvert 24/7.

Adrenalyn : Quel avenir pour le film ?

Le film va être présenté à des festivals, il va être sous-titré en italien, allemand, en anglais, et même en japonais. On a pas les moyens de l’exploiter en salles, donc il va directement sortir en DVD ; la sortie est prévue pour le début 2010.

Adrenalyn : Étonné du succès d’Ouvert 24/7 ?

Est-ce qu’on peut parler de succès ? (rires) Je suis étonné qu’il plaise à tous, parce que c’est d’abord un film de genre, un film de genres même, avec du gore, et un côté extrême.

Adrenalyn : Des projets en vue ?

Oui, j’ai un projet de court tourné en 35mm et en Cinémascope. J’ai beaucoup d’idées dans le tiroir en fait, notamment un projet de parodie de porno.

Valentin : Ultime question, on aime bien terminer par une question hors-thème. Ton Star Wars préféré ?

Il faut que tu saches que j’ai vu aucun film de la nouvelle trilogie. Pour moi, Star Wars, c’est Star Wars ! Alors mon préféré des trois (courte réflexion qui fout quand même un sacré suspense)… L’Empire Contre-Attaque. Irvin Kershner est un bon réalisateur, il a signé le meilleur film de la trilogie.

Jubilation à la fin de l’interview. Adrenalyn ne s’est pas laissé faire (le petit joueur), mais au moins, L’Empire contre-attaque est effectivement, selon Thierry Paya, le meilleur Star Wars ! Nous le remercions et lui emboîtons le pas, vers le fond du bar, où se tient toute l’équipe. La fin de soirée s’est passée autour de Thierry, Stéphanie Kern-Siebering et Marie-Pierre Vincent, qui en vrai, ne mange pas les enfants !

Mike “Adrenalyn” Diwo et Valentin Maniglia


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.

Laisser un commentaire