The Unthinkable


Après Aniara (Pella Kagerman & Hugo Lilja, 2019), il est grand temps de s’attaquer au deuxième film co-détenteur du prix du jury du Festival International du Film Fantastique de Gerardmer 2019, The Unthinkable du collectif suédois Crazy Pictures.

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Impensable, mais vrai

Après plusieurs films de la compétition officielle du Festival de Gerardmer cuvée 2019 scénaristiquement et conceptuellement pauvres – si l’on excepte The Dark (Justin P. Lange, 2018), qui est mon Grand Prix personnel – nous étions en droit de penser qu’un long-métrage créé entièrement par un collectif de réalisateurs et non accroché à un nom unique pourrait relever un peu le niveau. En effet, si une seule personne peut avoir du mal de temps à autres à accoucher de quelque chose de solide, une intelligence collective qui s’assume comme telle peut permettre de raccorder plus d’éléments pour un résultat plus réfléchi, plus posé et potentiellement, plus riche. Crazy Pictures, collectif de cinq individus amis de longue date, se démarque dans ce sens car l’intégralité de leurs courts-métrages, vidéos et leur maintenant premier long sont fabriqués et produits uniquement par leur soin. De A, jusqu’à Z, tout est effectivement de leur fait (exception faite de la B.O). Dans ce sens, il était certainement juste d’attendre plus de The Unthinkable, présenté en grandes pompes par l’équipe du film et annoncé sous les meilleures auspices d’un agréable blockbuster post-apocalyptique. Selon les dires des réalisateurs présents, ils veulent même avec ce film véritablement relancer le cinéma de genre, dans un pays qui en manque cruellement. L’arrivée à Gerardmer de The Unthinkable étant corrélatif avec la sortie en salles d’un autre produit de genre suédois, Border (Ali Abassi, 2018) dont on vous a déjà dit beaucoup de bien, on est à même de penser que semble (re)naître dans ces pays du nord un semblant de nordiksploitation dont on ne peut que se réjouir. 

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Pourtant, le film n’a de sympathique que grâce à certaines de ses qualités esthétiques. Car si quelque chose est à lui reprocher, ce ne sera pas le manque de budget – le projet ayant été monté sur un Kickstarter – ou le manque de maîtrise en matière d’effets spéciaux et de photographie. Tout y est millimétré, calibré, pour que le rendu soit beau, et il l’est – certaines scènes du derniers tiers n’auraient pas fait tâche dans n’importe quel film de super-héros ou d’ultra-spectacle à la Roland Emmerich. Non, ce qui ne va pas dans The Unthinkable, et ce qui n’allait pas dans son confrère avec qui il partage ce prix du jury – vraiment, messieurs-dames, nous n’avons pas vu les mêmes films – c’est simplement tout le reste. Autant dans le fond, que sur la forme, il n’y a véritablement que très peu de choses. Sur 130 minutes, nous nous retrouvons face à plus d’une une heure de drama familial et sentimental, joué en rôle-titre par un acteur au charisme d’une huitre vide. Le personnage principal, à l’instar de celui d’Await Further Instruction (Johnny Kevorkian, 2019) – vu le même jour, quelques heures avant – est un jeune homme d’apparence frêle dont la jeunesse fut traumatisée par la rudesse de l’ultra-virilisme paternel – ancien militaire complètement parano qu’une attaque d’une puissance étrangère survienne – et la fuite de sa mère. Celui-ci, en recherche de son identité, en quête de reconnaissance et en mal d’affection de la part du sexe opposée – et de son unique conquête adolescente en particulier – va donc passer la moitié de la séquence à « se chercher » pour devenir « un homme un vrai », à vivre dans son passé et en devenir d’une insupportabilité totale. Placez ces mélanges malvenus, à la lisière parfois du grotesque, sur un fond de film catastrophe très quelconque, empruntant des idées déjà exploitées dans un film comme Phénomènes (M. Night Shyamalan, 2008) ou plus récemment dans la série danoise The Rain (Jannik Tai Mosholt, Esben Toft Jacobsen et Christian Potalivo, 2018) – pour la pluie acide provocatrice de suicides – et vous aurez l’apparemment film suédois qui ne fait pas genre du moment.

Si l’on croit donc que le célèbre adage « l’union fait la force » fonctionne aussi pour le cinéma, Crazy Pictures nous montre qu’il est possible, sur ce point, de se tromper de façon nette – excepté pour énormément de duo très fructueux que je ne citerai pas. De l’affiche, digne du plus suranné des DTV, jusqu’au scénario bancal rappelant les plus aberrants récits américains de la guerre froide – ça faisait longtemps que les Russes n’avaient pas été autant mis en valeur comme l’ennemi public n°1 – on se demande si cette production aurait décollé des vidéoclubs fumeux de Stockholm sans des projections en festivals spécialisés à l’international. Navrant qualitativement, mais pourtant riche quantitativement, The Unthinkable est l’exemple même du genre de film qui vous font souvenir que deux heures enfermé dans une salle obscure, peuvent êtres longues, très longues . Si Nordiksploitation – peut-on breveter le terme ? – il existe ou doit exister, nous vous renverrons bien plus assurément à voir ou revoir, on vous le répète, Border (Ali Abassi, 2019), certainement plus humble et surtout sensiblement plus inspiré.


A propos de Willys Carpentier

Son prénom n’est pas une référence cinéphile au Bruce que l’on connait tous, même s’il partage son nom avec son idole absolue, John. Sa passion pour le cinéma qui fait pas genre découle de celle qu’il a pour le Death Metal, elle fait peur et est pleine de saturation et d’hémoglobine et ce même si plus jeune, il ne décrochait pas de Peter Pan. Enfin, fait intéressant, il porte une haine sans égards pour Woody Allen.

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