Await Further Instruction


Troisième film de la compétition officielle du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer que nous visionnons, après Aniara (Pella Kagerman & Hugo Lilja, 2018) et la très bonne surprise que fut The Dark (Justin P. Lange, 2018), retour sur le huis clos britannique Await Further Instruction, réalisé par Johnny Kevorkian.

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Cruelle télévision

Si vous vous souvenez et avez aimé l’excellent Videodrome (1983) de David Cronenberg, vous avez normalement quelques petites connaissances dans le domaine des télévisions démoniaques. Et ça tombe bien. Parce que c’est justement le centre névralgique de Await Further Instruction. Un matin de Noël, une famille britannique aux relations tumultueuses se retrouve bloquée par des plaques de fibres métalliques tout autour des portes et des fenêtres de leur maison. Après plusieurs essais pour briser l’édifice, une brillante idée surgit de l’un d’entre eux consistant à allumer la télévision pour en savoir plus sur ce qui se trame à l’extérieur – le premier réflexe en cas d’anomalie étant bien souvent d’allumer les chaînes d’infos en continu. Là, un message plutôt formel apparaît : « Suivez attentivement les instructions ». Tout le récit se caractérisera ensuite par les ordonnances que donneront l’écran aux protagonistes et leur rapport à ces sacro-saintes instructions. Pour le meilleur, et bien sûr, pour le pire.

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Tourné intégralement en huis clos, le deuxième long-métrage de Johnny Kevorkian après The Disappeared (2009) prend donc sa source dans l’environnement confiné d’une demeure familiale noircie par l’antipathie que ses personnages ont envers leur prochain. Clichesque au possible, le père est un pseudo-dictateur évangéliste ultra-patriarcal et viriliste, souffrant du mépris que lui a toujours affiché son propre paternel désormais vieux, mou et inutile hormis pour les vannes vaseuses sexistes et racistes, ou pour rabaisser les autres, là il y a du monde. La mère est renvoyée à son statut de femme au foyer bonne uniquement à faire le ménage et est donc aussi inexistante – spoiler : à l’apogée du film elle en mourra même seule dans sa buanderie, où personne ne l’a jamais vue aller, comme une mise en abyme totale de son rôle domestique restreint  –  qu’impassible. Nous aurons aussi le droit au duo stupide formé par une sœur enceinte jusqu’au cou et son petit ami, la bonne cru-cruche à son papa et son mâle presque alpha en quête éperdue de reconnaissance et de virilité. Seul le couple formé par le personnage principal et sa petite amie pakistanaise auront le droit à un minimum de consistance bien qu’ils soient les souffre-douleurs récurrents, et, forcément, la cible de toutes les remarques et clichés les plus faciles et attendus. En façonnant la déconstruction du cercle familial traditionnel, Johnny Kevorkian met en exergue sa dénonciation d’une Grande-Bretagne en plein Brexit et en pleine crise identitaire. Ses personnages, confrontés aux pires situations engendrées par le contexte – que l’on peut penser comme métaphore d’un certain isolationnisme  –  sont censés être le reflet d’une société malade que tout déchire. L’idée est bonne –  à moins que je sois allé la chercher un peu trop loin  –  mais, chaque individu semble être la caricature extrême de sa situation et de son rang, tous davantage plus clichés les uns que les autres, ce qui renvoie la sensation d’être surtout face à une panoplie de personnages très mal écrits. La télé, elle, ne sert que d’élément déclencheur des frictions, toutes toujours plus intenses, surtout entre le père et son fils – une autre grande thématique de la compétition cette année puisqu’on retrouvera le même genre de relation père/fils compliquée dans The Unthinkable (Crazy Pictures, 2019), dont on vous parlera très vite.

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Mélangeant éléments d’étranges, la peur d’un renfermement sur soi et la critique d’une certaine technologie pointée par le cloisonnement intime, Await Further Instruction reste tout de même une bonne distraction, à défaut d’être le grand film de genre qu’on est en droit d’attendre dans une programmation comme celle-ci. Naviguant sur des routes déjà empruntées notamment par la série Black Mirror (Charlie Brooker, 2011), ou par le géant canadien dont nous parlions en introduction, le long-métrage anglais fait quand même l’effort d’offrir un finish qui excitera tous les plus grands aficionados de créatures métamorphes tout en stop-motion des années 80’, dans la droite lignée viscérale d’un Testuo (Shiinya Tsukamoto, 1989). On déplorera surtout un manque de créativité dans l’écriture, s’étonnant encore une fois de plus du manque de moyens investis dans les scénarii à une heure où le cinéma qui ne fait pas genre en a de plus en plus cruellement besoin. En somme si l’idée d’un Secret Story familial de l’horreur vous intéresse, jetez-vous dessus quand le film sortira, certainement en DTV, comme beaucoup des œuvres de la compétition. Sinon, vous pouvez l’oublier dès la fin de cette phrase et retourner à vos affaires. 


A propos de Willys Carpentier

Son prénom n’est pas une référence cinéphile au Bruce que l’on connait tous, même s’il partage son nom avec son idole absolue, John. Sa passion pour le cinéma qui fait pas genre découle de celle qu’il a pour le Death Metal, elle fait peur et est pleine de saturation et d’hémoglobine et ce même si plus jeune, il ne décrochait pas de Peter Pan. Enfin, fait intéressant, il porte une haine sans égards pour Woody Allen.

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