What Keeps you Alive


Un couple lesbien part fêter son anniversaire de mariage dans un chalet isolé en forêt. Mais pas de chance : l’une des deux est une meurtrière au sang-froid, habituée des arnaques à l’assurance-vie. Présenté en hors-compétition au PIFFF 2018, la première réalisation en solo de Colin Minihan séduit sur tous les points, pour une plongée dans un thriller cruel mené par deux actrices d’exception.

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Massacrons-nous dans les bois

Colin Minihan n’est pas inconnu au bataillon du cinéma d’horreur. Si vous êtes friands de found footages, vous êtes sûrement tombés sur Grave Encounters (2011) des Vicious Brothers, composés de Minihan et Stuart Ortiz. Si vous préférez la SF un peu bizarre, les frères de l’horreur ont servi en 2014 Extraterrestrial, puis se sont essayé en 2016 au film de zombie avec le délirant It Stains the Sands Red. Tout ça pour dire : on aime les Vicious Brothers pour leurs scénarios prenants, mais également leur sens inné de la mise en scène qu’ils ont su manipuler avec une extrême dextérité dans l’ensemble de leur filmographie. Mais que se passe-t-il lorsque l’un des deux se lance dans l’écriture et la réalisation d’un thriller LGBT ? Ça donne un projet déjà vu sur le papier, mais jouissif sur bien des aspects.

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Le scénario n’a en effet rien d’extraordinaire. On assiste à un survival aux twists plutôt convenus et parfois facilités par les décisions forcées des personnages pour prolonger l’intrigue. Mais tout ceci est secondaire tant le duo Hannah Emilly Anderson / Brittany Allen est brillant jusque dans la plus infime mimique. L’alchimie est présente, le doute est constant, et Anderson se transforme le temps du recit en une femme froide aux réactions contrôlées à l’extrême et toujours plus impitoyable. Le ton est d’ailleurs donné lors de sa première tentative d’assassinat, spectaculaire et monstrueuse. Le personnage est par la suite développé comme une veuve noire qui n’en est pas à sa première victime, toujours calme, maîtrisant aussi bien le fusil de chasse que la hache pour découper les corps. Confrontée à la tueuse, Allen se mue en une épouse sensible, touchante et pleine de ressources. Un peu normal, car comme dans beaucoup d’autres films du genre, c’est une ancienne infirmière qui sait aussi bien recoudre les plaies ouvertes que s’auto-remettre une épaule déboitée. Il règne cependant une telle tension entre les deux femmes qu’on en oublie les petites facilités scénaristiques pour se concentrer tour à tour sur la chasseuse et sa proie, dont l’issue dramatique est pourtant des plus convenues.

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Mais là où Minihan frappe fort c’est dans sa maîtrise de la tension, et ce dans la moindre de ses scènes, créant ainsi une atmosphère pesante où le jeu du chat et de la souris vient trouver ses pics dramatiques. La facilité de certains twists est ainsi compensée par des jeux de regards ou de domination où la complexité du personnage d’Anderson nous fait toujours douter de l’issue de chaque séquence. La mise en scène est teintée ça-et-là de petites idées qui forment une esthétique soignée et délicate, jouant avec la lumière pour envelopper les personnages dans des ambiances étouffantes. On pensera notamment à la scène filmée à la lumière noire, où la moindre petite tache de sang apparaît pour former une voie-lactée dévorant sol, murs et corps. Le film jouit d’une très belle gestion et utilisation de son environnement, un immense lac perdu au milieu d’une vaste forêt, filmé de manière spectaculaire en enchainant les plans larges sur les arbres ou les eaux sombres. Enfin, l’atmosphère sonore est soigneusement travaillée pour tenir la tension à son paroxysme, jusqu’à atteindre le point fulminant de chaque action.

Si What keeps you Alive n’est pas une révolution scénaristique, il n’en demeure pas moins techniquement le meilleur des travaux de Minihan, qui parvient à nous foutre le frisson grâce à un couple jouant l’amour-haine d’une franchise effrayante. On appréciera tout autant voir à l’écran un couple homosexuel, sachant qu’à l’origine le rôle d’Anderson devait être tenu par un homme. Un bon thriller, généreux et parfaitement interprété, qui fera douter plus d’un spectateur sur la véracité de son couple.


A propos de Jade Vincent

Jeune sorcière attendant toujours sa lettre de Poudlard, Jade se contente pour le moment de la magie du cinéma. Fan absolue de Jurassic Park, Robin Williams et Sono Sion, elle espère pouvoir un jour apporter sa pierre à l'édifice du septième art en tant que scénariste. Les rumeurs prétendent qu'elle voue un culte non assumé aux found-footages, mais chut... Ses spécialités sont le cinéma japonais et asiatique en général.

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