Overlord


D’abord annoncé comme le quatrième volet de la désormais saga Cloverfield, le projet Overlord (Julius Avery, 2018) a finalement été dévoilé comme étant un film n’ayant rien à voir avec cet univers partagé, ce qui, après le désastre de Cloverfield Paradox (Julius Onah, 2018) échoué chez Netflix, sonnait comme une assez bonne nouvelle. Convaincus par un bouche-à-oreille particulièrement enjoué chez nos confrères de la presse spécialisée, nous avons foncé, baïonnettes au canon, têtes bêches, comme de bons soldats. On vous dit pourquoi c’était pas tout à fait notre guerre…

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« Méchamment con ! »
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Lorsque J.J Abrams a annoncé le projet d’Overlord (Julius Avery, 2018) il y a déjà quelques années, ce dernier devait élargir l’univers déjà étendu du Cloverfield de Matt Reeves, film de found-footage sorti en 2008 dans lequel un monstre géant alien s’attaquait à New-York. D’abord prolongé, huit an plus tard par l’excellent 10 Cloverfield Lane (Dan Trachtenberg, 2016), une seconde suite (ou extension, on ne sait pas comment il faut dire) nommée Cloverfield Paradox (Julius Onah, 2018) – d’abord prévue pour une sortie en salles – était venue s’échouer chez Netflix, ce qui, au regard de sa qualité (médiocre) n’avait rien pour étonner. Depuis, Abrams annonça finalement qu’Overlord ne serait pas le quatrième opus de l’univers Cloverfield ce qui eut pour effet, peut-être, de redonner un peu d’intérêt à ce film de guerre se déroulant durant la Seconde Guerre Mondiale, tant on se demandait bien comment ils allaient se débrouiller pour relier tout ça avec une histoire plus contemporaine.

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Le film raconte l’histoire d’un bataillon de soldats américains, parachuté dans le Nord de la France, la veille du débarquement allié, avec pour mission de détruire en moins de quarante huit heures une antenne radio érigée par les nazis sur le clocher d’une église. Dans leur mission, ils vont découvrir que les nazis se livrent en fait à des expériences scientifiques sur les habitants du village, dans les sous-sols de l’église. Si la première partie du récit impressionne par sa proposition d’un retour à un film de guerre très frontal et immersif – on a parfois l’impression que Julius Avery essaie de faire son Il Faut Sauver le Soldat Ryan (Steven Spielberg, 1998) notamment autour de sa scène d’ouverture, relecture aérienne du débarquement du film pré-cité – il effectue un virage brusque et incontrôlé vers une série B de science-fiction bourrine et pop-corn dès lors que nos héros vont découvrir la réalité de ce qui se trame sous cette église. Avery revisite alors l’imagerie, les fantasmes et les traumas autour des médecins de la mort nazis, ré-employant le nazi comme figure éculée du cinéma de genre, c’est à dire, moins dans sa veine historique que dans une représentation bouffonne du mal – voir notre article On croyait les reconnaître à l’uniforme qui traitait tout particulièrement de cela. Ici, les médecins nazis assassinent les habitants de ce petit village français pour se livrer à des expériences sur leurs corps morts. En injectant un sérum extrait de, dit-on, un goudron sur-puissant que l’on trouve à même le sol français, les Nazis découvrent un moyen de faire revivre les morts. Ces derniers, invincibles, insensibles aux blessures par balles, deviennent alors de féroces soldats dont le Fürher espère bien pouvoir profiter pour fonder son Reich millénaire – c’est pas un peu Captain America votre truc ? Mais avant de se risquer à administrer ce liquide si précieux et dangereux à la fois à ses têtes blondes préférées, il entend plutôt s’assurer de la fiabilité de la chose sur des cobayes. Vous l’aurez donc compris, on a vu bien plus fin comme évocation (maladroite) de la Shoah.

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Difficile alors de croire un instant que ce goudron aux propriétés incroyables, tout comme le cadavre d’un animal ressemblant à « un coyote avec des sabots » n’ait pas un quelconque rapport, même discret, avec les aliens de la saga Cloverfield. Quoi qu’il en soit, s’il est vrai que le long-métrage ne s’amuse pas à mentionner de manière trop directe ses liens avec l’univers étendu – laissant ainsi le doute planer jusqu’à ce que J.J Abrams change un jour d’avis – il se regarde sans aucun problème comme une œuvre totalement détachée des autres volets. Difficile de dire si cela joue vraiment en sa faveue, qui à défaut d’assumer sa liaison avec un univers de science-fiction pré-défini, se retrouve à perturber le spectateur par ses écarts de conduite trop brusques. Qu’on se le dise, ce qu’il y a de mieux dans Overlord est justement moins ses élucubrations de série B souvent grotesques que les incursions plus sérieuses dans le bon vieux film de guerre. En cela si le premiers tiers est passionnant – bien que peut-être un peu convenu, tant on a vu des films de missions suicides se déroulant durant la WWII – le reste du long-métrage sombre totalement, en même temps qu’il aborde, sans finesse ni jusqueboutisme, le caractère bisseux de son scénario. La faute à des rebondissements qui font flop, des méchants caricaturaux, une timidité en effets gores et des scènes d’actions qui convoquent finalement moins la maestria de Spielberg que la mise en scène un peu sage et consensuelle qu’on attendrait d’un Paul W.S Anderson s’il adapait le jeu-vidéo Wolfenstein. On peut lire ça et là des diatribes positives, vantant les mérites du film et de son caractère « fun ». Ne vous faites pas avoir par tous ses piaillements comme nous avons pu, peut-être, le faire avant vous. Écoutez-nous plutôt, car pour être plus juste, il faudrait admettre qu’avant d’être « méchamment fun » c’est avant tout « méchamment con ».


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

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