Bigfoot et les Henderson


Le hasard fait bien les choses, mais le studio de Steven Spielberg, Amblin Entertainment, est plus que jamais de retour sur le devant de la scène en 2018, avec – outre les films de Spielberg – ces dernières semaines, les sorties successives d’un long-métrage La Prophétie de l’Horloge (Eli Roth, 2018) et la formidable série de fantôme, The Haunting of Hill House (Mike Flanagan, 2018) co-produite avec Netflix. C’est dans ce contexte de revival d’un des studios les plus emblématiques des années 80 et 90, qu’Elephant Films ré-édite l’une des productions de son âge d’or : Bigfoot et les Henderson (William Dear, 1987).

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Harry, un ami qui vous veut du bien

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Dans les années 80, la marque Amblin et son logo reprenant une séquence emblématique de E.T L’Extraterrestre (Steven Spielberg, 1982) était à elle seule représentative d’un certain cinéma conjuguant comédie familiale et fantastique. Au début de ses eighties, le studio dirigé par Steven Spielberg avait déjà produit une flopée de références du genre parmi lesquelles Gremlins (Joe Dante, 1984), Les Goonies (Richard Donner, 1985) et Retour vers le Futur (Robert Zemeckis, 1985). Lorsqu’il sort en salles en 1987, Bigfoot et les Hendersons succède à une bérézina au box-office avec le pourtant très bon Young Sherlock Holmes : Le Secret de la Pyramide (Barry Levinson, 1985) qui met alors la marque Amblin en branle. En dégainant cette comédie familiale pour enfant, le studio entend ré-enchanter les familles en s’inspirant du canevas de E.T L’Extraterrestre, dont Bigfoot et les Henderson est, sinon une variation, un remake déguisé. Remplacez l’alien par un sasquatch et vous obtiendrez la recette supposée miracle du succès. L’histoire est celle de la famille Henderson qui après une virée en famille dans les bois va écraser par accident un Bigfoot et le ramener chez elle, le père pensant pouvoir se faire un maximum de blé avec cette trouvaille. Mais le monstre va se révéler bien vivant et saccager leur maison. Peu à peu, les Henderson vont se prendre d’affection pour ce gros balourd et le considérer comme un membre à part entière de la famille au point de le surnommer Harry. Ce petit surnom donnera son titre original au long-métrage – Harry and the Hendersons – et constituera, par cette décision, les premiers pas d’une des (rares) catastrophes marketing de Amblin. En dehors du titre original qui ne fait pas mention du Bigfoot, la promotion entière du long-métrage aux États-Unis joua la carte du mystère, en dévoilant le moins possible l’identité et le look de ce dénommé Harry. De fait, petits et grands spectateurs ne comprirent pas vraiment à quel film ils avaient affaire et ne remplirent pas autant les salles qu’Amblin ne l’aurait souhaité.

Et pourtant, l’un des produits d’appel évident du projet est sa créature. Aussi ridicule qu’impressionnant d’exécution, le maquillage mis au point par le magicien du make-up qu’est Rick Baker, est l’un de ses plus réussis. Sous le masque et le costume poilu du Bigfoot on retrouve par ailleurs un certain Kevin Peter Hall qui avait déjà prêté son élancée silhouette de deux mètres au mythique Predator (John McTiernan, 1987). En prenant soin d’accommoder le masque animatronique pour que les yeux du comédiens soient visibles, Rick Baker a permis à Peter Hall de véritablement incarner le personnage d’Harry au delà d’une créature de latex et de fausse fourrure sans âmes. Si le personnage est volontiers bouffon dans sa gestuelle et ses mimiques, le résultat obtenu quant au réalisme du maquillage est assez bluffant au regard de l’époque.

S’il est loin d’être un chef-d’œuvre, ni même un essentiel de la filmographie de Amblin – on préférera retenir plutôt le complètement fou L’Aventure Intérieure (Joe Dante, 1987) sorti la même année – le film mérite toutefois d’être redécouvert en cela d’abord qu’il re-convoque certaines saveurs des productions de l’époque – celle de la recette initiale et non pas de sa resucée actuelle, bien que je ne suis pas pour autant réfractaire à cela, voir l’article Hollywood doit-il arrêter de regarder dans le rétro ? – et qu’il véhicule des messages assez étonnants dans l’Amérique de Reagan, en total reflet avec l’Amérique actuelle tirant à boulet rouge sur le port d’armes (déjà) et défendant un message altruiste et fraternel envers tout ce que l’on peut considérer comme « étranger » et « différent ». En cela, par son portrait d’une Amérique moyenne qui trouve son incarnation dans cette famille exemplaire portée comme exemple d’ouverture et de gentillesse, le long-métrage peut aussi rappeler grandement Edward aux mains d’argent (Tim Burton, 1990) dont les ressemblances demeurent toutefois totalement fortuites puisque Bigfoot et les Henderson est sorti quelques années avant le film de Burton. Enfin, il convient aussi de saluer une partie du casting, assez étonnant. En premier lieu, il peut surprendre de découvrir John Lithgow dans ce qui constitue peut-être (ou sûrement ?) l’une des rares partitions de good-guy de sa carrière. Le bonhomme, plutôt connu comme un acteur de second rôles de bad guy chez Brian De Palma entre autres, incarnant tour à tour des méchants très méchants, des salauds ou des grognons  – l’occasion de rappeler qu’il restera sans aucun doute comme la meilleure incarnation de Winston Churchill (The Crown) n’en déplaise à Gary Oldman – incarne ici le père Henderson, gouvernail de bonté pour les siens. De même, les amateurs d’Hercule Poirot seront ravis de retrouver David Suchet, qui dans son rôle de chasseur de Bigfoot (l’antagoniste du film) s’offre quelques moments assez succulents.

Que vous souhaitiez découvrir ou redécouvrir l’objet, l’édition proposée par Elephant Films saura vous ravir tant elle est impeccable techniquement et vraiment riche en contenus. En plus d’une présentation analytique du film, vous pourrez apprécier plusieurs pastilles de making-of dont une qui a tout particulièrement éveillé notre curiosité. Consacrée à la création du monstre par Rick Baker, cette featurette mêle témoignages et images d’archives (essais maquillages, images du tournage) aussi précieuses que passionnantes. Une belle édition en somme, qui au delà de mettre en avant une rareté du catalogue oublié de la Universal (distributeur de ce Bigfoot et les Henderson) remet par la même en lumières l’un des films les plus méconnus du studio Amblin, studio mythique s’il en est, certainement le plus important de son époque.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

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