La Vengeance de la Femme au Serpent


Après Les Marais de la Haine (1974) Artus Films sort dans sa collection « Redneck » sa suite par les mêmes réalisateurs, intitulée La Vengeance de la Femme au Serpent (Fred & Bervely Sebastian, 1988) . Cette fois, un rape and revenge un peu plus en bonne et due forme.

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La mare aux crocodiles

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On peut dire de certains cinéastes (ou artisans, devrait-on corriger dans ce cas précis) qu’ils sont opportunistes sans trop les dénigrer. Les époux Beverly & Fred Sebastian entrent dans cette catégorie tant ils ont, pendant vingt ans – de 1971 à 1993 pour être exact – fait du cinéma dans une pure optique d’exploitation, surfant sur les modes qui passaient, et sur lesquelles ils pouvaient monter un budget  : ils ont jamais tourné de kaiju eiga par exemple mais sont allés jusqu’au film de catch féminin. Des comme eux il y en a eu plein, il y en a encore à l’image de la célèbre boîte de production The Asylum à l’origine des résucées de blockbusters sodomisant le droit d’auteur – les « mockbusters » – et de la grande saga des Sharknado. Mais ce sont les Sébastian qui sont mis à l’honneur par la collection Rednecks de Artus Films, avec le deuxième volet de ce qu’ils ont bâti comme une pseudo-franchise de rape and revenge survival. Intitulé La Vengeance de la Femme au Serpent, titre français digne d’un giallo qui remplace le grindhousesque Gator Bait 2 : Cajun Justice en langue de Shakespeare. Fait curieux, tandis que le premier film a été conçu dans les seventies en pleine mode du rape and revenge, ce second épisode est sorti à la fin des années 80, en 1988. En quelle faveur ? La question se pose, tant le genre n’a jamais atteint à nouveau l’attrait de sa décennie dorée, malgré des chocs ponctuels tels que L’Ange de la Vengeance (Abel Ferrara, 1981). Eh bien c’est lié au succès en vidéo de Gator Bait 1 qui pousse la Paramount à commander une sequel aux Sebastian, tout simplement.

Il faut dire que ça se goupille bien, puisque le récit est une vraie suite des Marais de la Haine. Le petit garçon survivant d’alors est devenu un jeune homme qui se marie avec la jolie Angélique (interprétée par Jan Sebastian, fille de, nièce de, cousine de, grand-père de, eh non c’est belle-fille de). Le couple just married s’apprête à vivre dans le bayou et coulent d’abord des jours heureux mais une querelle attire des méchants qui vont « tuer » le marié (je mets des guillemets parce que….Enfin vous verrez) et violer la mariée. Évidement, Angélique va se venger de ces sauvages atteintes… Malheureusement, bien tard. En effet, La Vengeance de la Femme au Serpent souffre des mêmes défauts que son prédécesseur : une lenteur, une mollesse, une interprétation de qualité école de cinéma première année, une réalisation plate, le tout alourdi par un flagrant manque d’équilibrage. Les courses poursuites, déjà présentes dans Les Marais de la Haine en bateau à moteur reviennent mais sont trop longues, tout comme les scènes d’idylle entre les jeunes époux, peut être trop sages pour un tel produit d’exploitation. Le viol lui-même, pourtant collectif, manque singulièrement de nervosité, d’atrocité, s’étirant en longueur sans parvenir à retranscrire ni la souffrance ni l’horreur vécue par la pauvre femme. Un symptôme de ce déficit de puissance dans la mise en scène, le montage et jusque son scénario, c’est que la vengeance d’Angélique ne commence en réalité qu’au bout d’une heure douze de métrage, sur 93 minutes…
Du reste,  la plastique aux attributs certains de l’actrice principale ainsi que, pour le coup, une vraie obéissance aux codes du rape and revenge (pas le cas du premier volet voir notre article) en fait une oeuvre d’exploitation plus sexy et un peu plus attirant que son prédécesseur. Néanmoins, le travail d’éditeur conserve les mêmes qualités, dont une restauration au mieux vu la qualité de la pellicule utilisée comme support et surtout des bonii impressionnants. En présence, un nouvel entretien avec Maxime Lachaud (auteur d’un livre joliment nommé Rednekcs et rape and revenge, ça a l’air bien), d’un making-of, d’un…pas nouveau témoignage puisque c’est le même que la précédente sortie, et enfin un spot publicitaire d’époque pour la VHS américaine. Nonobstant l’intérêt des films proposés, cette collection Redneck commence éditorialement très bien, et l’on attend les prochaines salves avec impatience.

 


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers. Spécialiste des westerns et films noirs des années 50, il peut parfois surprendre son monde en défendant un cinéma "indéfendable" et trash.

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