The Predator


Shane Black a joué dans Predator (John McTiernan, 1987). Shane Black a aimé le second opus (Stephen Hopkins, 1990). Mais Shane Black n’a pas aimé le reste. Après s’être occupé du cas Schwarzenegger à l’écriture de Last Action Hero (John McTiernan ,1993), et redressé celui de Iron Man dans son troisième opus, il propose sa vision du rastafaraï le plus connu de l’espace. Entre ambition personnelle et production chaotique, parvient-il à rendre justice à ce grand antagoniste du cinéma d’action ?

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Shane is Back

Fascinante carrière que celle de Shane Black. Il la commence en écrivant le désormais culte L’Arme Fatale (Richard Donner, 1987), propulsant, par la même, Mel Gibson au rang de star internationale. La même année il obtient un second rôle dans le tout aussi culte Predator de John McTiernan dont il officiera également en tant que script-doctor durant le tournage. Un opus de L’arme Fatale supplémentaire et le voilà le scénariste le mieux payé d’Hollywood. Comme beaucoup alors, il connait une période de vaches maigres enchaînant les échecs au box-office, dont notamment Last Action Hero (John McTiernan ,1993) dont il signera l’une des (nombreuses) réécritures. Il y propose alors une réflexion sur le personnage de l’actioner, incarné par l’icône Schwarzenegger. Après dix ans d’inactivité il tente de se relancer, emportant avec lui Robert Downey Jr et Val Kilmer – dont les carrières sont tout autant au point mort à l’époque – pour le très sympathique Kiss Kiss Bang Bang (2005) puis confirmera son grand retour avec une autre audacieuse réflexion sur le personnage d’Iron Man cette fois – l’armure fait-elle le héros ? – dont il assumera la réalisation du troisième volet. S’il est unanimement considéré comme un scénariste de comédie très solide, Black est à l’évidence bercé par l’actioner des 80’s et s’est attelé tout au long de sa carrière à lui rendre hommage. On lui reconnaît un certain talent à se ré-approprier des personnages iconiques pour en proposer des réflexions assez méta et leur donner une nouvelle dimension et profondeur. Dès lors, on ne fut pas si étonnés d’apprendre, il y a quelques années, qu’il comptait reprendre les rênes de la saga Predator, celle-là même dans laquelle il avait pu faire ses première armes, reconnu comme l’un desproduits les plus importants du film d’action façon eighties.

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Ce faisant, le contrat fut clair, Shane Black affichant l’envie de proposer une version différente de ce que l’extra-terrestre est devenu durant les différentes suites proposées. Et pour cause, assez vite dans le métrage, on apprendra que l’armée connait l’existence de la créature depuis les « événements » relatés dans l’original de 1987 et sa suite, Predator 2 (Stephen Hopkins, 1990). Il semble alors faire table rase de Aliens VS. Predator (Paul W.S Anderson, 2004) et son produit dérivé Aliens VS. Predator : Requiem (Greg & Colin Strause, 2007), ainsi que du très moyen Predators (Nimrod Antal, 2010) produit par Robert Rodriguez, afin de nous proposer une suite directe à Predator 2, se déroulant des années après l’escarmouche confrontant Danny Glover et le monstre. Pour cela, Black pioche ses références dans le premier opus dont il épouse le ton et la forme. Exit le récit sérieux et dépressif, et re-bonjour l’action et les punchlines à la sauce 80’s. Par ce geste, Shane Black remet la saga Predator sur les rails dont elle n’aurait, selon lui, jamais dû dévier. À ce titre, l’introduction est un hommage évident au long-métrage de McTiernan, dans la violence radicale de l’action autant que dans le travail des plans rappelant les moments de grâce de l’épisode original. Mais il s’ancrera encore plus dans les influences des films populaires de la fin des années 80 par l’introduction d’un jeune enfant au rôle capital. S’inspirant de E.T L’Extraterrestre (Steven Spielberg, 1982) et des Goonies (Richard Donner, 1985), The Predator présente le jeune Rory (Jacob Tremblay) par une très belle scène d’exposition, réussissant le défi de faire comprendre subtilement son autisme, sans jamais apitoyer le spectateur. Il en ressort un personnage très attachant, bénéficiant d’un traitement très habile, et reconnaissons-le, d’une interprétation impeccable. Ce n’est malheureusement pas le cas des autres personnages.

En effet, le retour au film d’action typique des années 80 ne se fait pas sans mal, du fait de l’évolution naturelle des codes. Là où l’équipe de bras cassés du premier opus était attachante – bien que son écriture frôlait parfois le nanar, mais ne serait-ce pas la clé de la réussite d’un bon actioner ? – celle de ce nouvel épisode ne tient pas les mêmes promesses. La faute sûrement à une écriture bâclée, à l’exemple de cette scène de présentation bien trop méthodique, trop longue et trop lourdingue – la fatale mais classique erreur d’égrainer un par un chaque personnage en donnant rapidement un peu de son background – des personnages clairement inutiles – le pauvre Alfie Allen n’aura une fois de plus pas l’occasion de briller – des vannes qui tombent à plat, voire des situations à faire lever les sourcils de dépit. Toutefois le film aura l’occasion par la suite de nous étonner en creusant un peu plus la psychologie de certains personnages, et par l’utilisation très judicieuse du background pourtant maigre de ceux-ci au sein de l’intrigue. Reste que le héros, incarné par Boyd Holbrook, manque cruellement de charisme, se faisant voler la vedette parfois par ses comparses, et toujours par son fils Rory, véritable personnage principal.

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Malgré tout, bien souvent les blagues, les punchlines, et les comiques de situation font mouche, nous rappelant que le réalisateur du très amusant The Nice Guys (2016), s’il n’est pas à l’abri de l’erreur, n’a rien perdu de son talent de scénariste. On sourit souvent, on rit de bon cœur de temps en temps, même si l’auteur use de tours de passe-passe un peu grossiers – oui, un syndrome de la Tourette c’est souvent drôle, mais c’est aussi un peu facile – on s’étonne toutefois régulièrement de la subtilité de certains motifs scénaristiques. Quant à notre grand chasseur de l’espace, Shane Black se fait une joie de le dépoussiérer. Que ce soit des évolutions technologiques du Predator, aux évolutions de son caractère même, Shane Black regorge de nouvelles idées pour étoffer son univers et explorer de nouvelles directions. L’évolution est d’ailleurs le maître mot de ce long-métrage, car à travers celle de son antagoniste principal, c’est la saga entière que Shane Black souhaite amener à un autre niveau. Il façonne sa créature, en change certains aspects, en ajoute de nouveaux dans une réécriture visant à lui donner plus de profondeur comme il a pu le faire jadis pour le personnage d’Iron Man. S’il est très probable que certains de ces choix – si ce n’est la grande majorité, en fait – exaspèreront les fans de la première heure, on ne peut nier l’audace d’une telle prise de risque, toujours mue par une volonté évidente de bien faire.

Shane Black a de toute évidence de l’affection pour Predator autant que pour John McTiernan. De cela naît une relecture très généreuse, mais souvent bancale, peut-être même, pourrait-on dire un peu malade. Partant d’une intention plus que sincère, le métrage laissera transparaître, au milieu d’un océan de maladresses et d’idées ratées, des pointes d’icebergs cristallisant le talent de scénariste et de metteur en scène de Shane Black, mais laissera le sentiment bien aigre d’un film aux intentions inabouties. Malgré ses défauts on a tout de même envie d’aimer cet objet imparfait mais diablement attachant – à l’image de son jeune héros autiste – et pourtant, sans doute que peu y parviendront.


A propos de Benoit Dechaumont

Etudiant à la Fémis dans le Département Exploitation, Benoît travaille pour porter un jour les séries dans les salles de cinéma. En parallèle, il écrit sur ce qu’il voit sur petit et grand écran avec une préférence pour les histoires de voyage dans le temps. D’ailleurs il attend que son pouvoir se développe pour devenir l’intrépide Captain Hourglass. Ses spécialités sont les thrillers, les films de super-héros et la filmographie de Brian De Palma.

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