Les Marais de la Haine 1


Parangon de l’éditeur spécialisé dans le genre voire le cinéma Bis, Artus Films ouvre cette année deux collections que vous allez certainement rencontrer plusieurs fois dans notre magazine à l’avenir : une dédiée aux Péplums, l’autre aux tant aimés Rednecks. C’est cette dernière qui nous occupe aujourd’hui, avec la sortie du DVD inaugural, le rape and revenge (ou presque) Les Marais de la Haine de Ferd & Berverly Sebastian (1974).

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Amours Bucoliques

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Tels une jungle, le cinéma de genre et plus encore le cinéma d’exploitation peuvent se décliner en une multitude de sous-genres faisant dire aux néophytes : « sérieux, c’est un genre à part entière ça ? », et permettant à nous autres, connaisseurs, de répondre par la positive avec un rictus amusé. En particulier, l’interrogation perplexe de ce jour serait « sérieux, c’est une collection à part entière ça ? » et c’est Artus Films, éditeur apprécié dans nos lignes, qui rétorquerait avec malice « Oui, on l’appelle la collection Rednecks ». Lancé cette année en 2018, le projet de l’éditeur à l’ours est en effet de dédier à la hicksploitation – sous-genre crasseux sur les plans sociologiques et anthropologiques, on va dire pas forcément dans la véracité scientifique ou le trip Claude Lévi-Strauss ou Jean Rouch – toute une collection de sorties en DVD qu’on en fasse remonter les prémices jusqu’aux années 1920, on estime que la hicksploitation doit son explosion commerciale à deux longs-métrages, sortis peu de temps l’un après l’autre, et dont les succès critiques aussi bien que publiques vont amener une foule d’opportunistes plus ou moins inspirés. Ce binôme de films, c’est Deliverance de John Boorman (1972) et Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper (1973) qui, malgré leurs différences, font se heurter des protagonistes « étrangers » à une population rurale assez consanguine et sanguinaire. Chez Boorman sujet à un questionnement sur l’état naturel de l’homme, chez Hooper conte macabre en forme d’œuvre d’art brut, l’utilisation du pèquenot campagnard tordu va faire les choux gras des salles de cinéma du monde entier dans les 70’s avec moult ersatz et déclinaisons. Et quand il rencontre l’autre sous-genre qu’est le rape and revenge, comme dans la première sortie de la collection Redneck, Les Marais de la Haine (1974) que demande le peuple ?

Le récit a la particularité de se dérouler quasiment intégralement dans les marais inquiétants du sud-est des États-Unis. Comme souvent dans ce genre de productions, il tient à un fil : des rednecks traquent une jeune femme, Désirée, qui vit dans les marais avec sa sœur et son petit frère et qu’ils estiment responsable de la mort de l’un d’entre eux. Ne parvenant à mettre la main sur leur cible, ils tuent la petite sœur, ce qui déclenche la furie vengeresse de Désirée…Prétexte à un long-métrage nerveux, malsain et violent, dans la lignée du choc La Dernière Maison sur la Gauche (Wes Craven, 1972) Les Marais de la haine débute bien, mettant en place sa mince intrigue dans un environnement exotique et moite, présentant une galerie de personnages assez tordus sur le plan érotique (ce gars qui commence à tripoter une jolie fille… En fait sa propre sœur) liée bien sûr à une sur-sexualisation des personnages féminins. En somme, la synthèse des éléments laissant penser que le long-métrage va partir dans le rape and revenge revêche… Or, l’amateur du genre ne pourra être que déçu car premièrement, on n’a point là à faire à un rape and revenge puisque personne ne se fait violer à proprement parler (la petite sœur de Désirée est tuée sans être abusée sexuellement, le détail est d’importance). Deuxièmement, car ce survival employant le canevas du rape and revenge sans en être un manque du souffle et de la brutalité propres à son genre. Peu de sang, pas de sperme, des mises à mort pudiques, sans tempo. Trop prude et ennuyeux – un comble – Gator Bait (titre original) ne remplit pas du tout les promesses qui auraient dû être les siennes, malgré sa sympathie vintage.

Artus Films, par contre, livre un DVD en tout point supérieure même au long-métrage qu’ils proposent. Nous avons rarement vu un tel soin éditorial pour une production si « obscure ». Jugez par vous-même avec la liste des bonii : entretien avec Maxime Lachaud, auteur du livre Rednecks et Survival, qui nous parle de l’histoire du film de rednecks en passant par l’étymologie du terme ; un making-of original ; témoignage curieux des époux réalisateurs autour de leur rencontre avec Jésus et leurs projets de vie depuis le tournage de leur bébé ; spot vidéo ; et enfin une bande annonce. Sauvant la qualité intrinsèque des Marais de la Haine, Artus Films a l’intelligence de livrer une édition qui peut séduire l’amateur de survival en général, tant les suppléments dépassent le cadre du film pour décortiquer la hicksploitation, son époque, et son système de production. Ajoutons à cela un bel artwork, reprenant l’affiche originale d’époque lorsqu’on ouvre le boîtier, et tirons notre chapeau.

 

 

 


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers. Spécialiste des westerns et films noirs des années 50, il peut parfois surprendre son monde en défendant un cinéma "indéfendable" et trash.


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