Mad Marx – Saison 1


Mad Marx, ce n’est pas le nom d’un gag Youtube imitant fébrilement la voix de Jean-Luc Mélenchon jouant aux jeux vidéos, mais une nouvelle web-série hexagonale qui ne fait indubitablement pas genre. Entre post-apo référencé au grand George Miller, post/hardcore – black metal qui tâchent et inspirations krypto-marxistes assez troubles, immersion dans cette mini-série réalisée par Mathias Averty.

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Anarchocalypse

Fruit de l’imagination d’une bande d’amis nantais et créée en production avec le Label Prise, Mad Marx – jeu de mot entre l’œuvre de George Miller, Mad Max, et l’économiste allemand Karl Marx, pour ceux qui n’ont pas les références – semble avant tout être l’offrande ultime à tout ce qui génère de la passion chez ses géniteurs. Et c’est avant tout sur ce point que la première saison de cette web-série, bientôt disponible en intégralité directement via YouTube, pose certainement son fondement le plus inextricable. Tout ce qui transpire de l’œuvre, en dépit des quelques évidents défauts sur lesquels je reviendrai, formule une somme d’hommages à ce qui l’influence. Synthèse d’une jeunesse bourrée à la pop-culture et aux contre-cultures, dont la sincérité ne fait pas, apparemment, de doutes. Version encore plus désinhibée du Visiteur du Futur (François Descraques, 2009), dans laquelle elle pioche évidemment, la première saison de cette série utilise donc un subtil mélange de références très diverses pour au moins avoir le mérite de créer une originalité plus que bienvenue. En digérant pour imiter, sans jamais réellement copier.

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Commençant avec l’emprisonnement assez expérimental de Romane, la principale protagoniste, le spectateur est emmené à sa suite, neuf ans plus tard – et alors qu’elle recherche frénétiquement sa petite sœur – dans un monde peuplé de gueux mangeurs de ferraille, de soldats du capitalisme infernal et d’un révolutionnaire cul-de-jatte adepte des plus grands penseurs de l’anarchisme et du communisme. Marx Le Fou, c’est son nom, est celui qui prendra la place de guide, escortant Romane de son fauteuil jusqu’au symbole immonde de la continuation façon fin du monde du grand capital, la cité Metropolis. Inspiration presque directe des folkloriques personnages du roman Le Club des Punks Contre L’Apocalypse Zombie de Karim Berrouka (2016), les diatribes permanentes du Mad Marx, incantateur suprême des plus catégoriques doctrines d’extrême-gauche, donnent toute l’orientation politico-comique de la série – s’en servant principalement pour y implanter divers comiques de situations tous plus improbables les uns que les autres, ode à un Kaamelott (Alexandre Astier, 2005) qu’on aurait trempé dans du miel anarcho-communiste. Y dénote alors un scénario engagé, condamnant l’humanité à une apocalypse qu’elle aurait elle-même déclenchée, faute à un capitalisme procédant à un étouffement permanent. L’atmosphère entière de Mad Marx s’en pose d’ailleurs comme témoin principal. Par des plans contemplatifs et éperdus sur un monde désolé, que la photographie en noir et blanc ne cesse de vouloir dévoiler à nos yeux. Ainsi que par une bande son de l’extrême, entre post-hardcore et black metal sombre et agressif – Regarde le Capital Tomber, titre de l’épisode 2, est d’ailleurs une inspiration directe au groupe de post-black nantais Regarde les Hommes Tomber – qui est lui-même une référence au film de Jacques Audiard, de 1994, dans lequel le personnage de Jean-Louis Trintignant est appelé… Marx – renforçant le caractère profondément punk et underground de la série.

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Au-delà du bien fondé de ses qualités, autant dues à son ambiance qu’à son imaginaire débordant, la web-série de Mathias Avery n’est pourtant pas dénuée de points noirs posés à la surface de son épiderme. Notamment dû au jeu des acteurs, pas assez immergés, trop caricaturaux dans leur approche, ce qui participe à renforcer le côté très amateur de la production. Loin du fait de critiquer le manque de budget, rien que trop probable pour ce genre de productions, les mises auraient pourtant pu être faites sur un jeu d’acteur et des séquences plus léchées et plus crues. J’ai personnellement un peu tiqué sur certaines approches de la musique, souvent trop agressives ou trop moroses pour le caractère humoristique et enjoué des séquences suivantes. Quitte à utiliser du black metal, musique puissante tout autant que sombre et mélancolique, on aurait préféré une ambiance encore plus empreinte d’un sentiment de désuétude absolu, dans le ton. J’en attendrai donc peut-être un peu plus des saisons suivantes, avec, un intérêt tout de même important vis-à-vis du qualitatif proposé par Mad Marx, petite pierre dans une nouvelle mare de web-série underground qui ne font pas genre.


A propos de Willys Carpentier

Son prénom n’est pas une référence cinéphile au Bruce que l’on connait tous, même s’il partage son nom avec son idole absolue, John. Sa passion pour le cinéma qui fait pas genre découle de celle qu’il a pour le Death Metal, elle fait peur et est pleine de saturation et d’hémoglobine et ce même si plus jeune, il ne décrochait pas de Peter Pan. Enfin, fait intéressant, il porte une haine sans égards pour Woody Allen.

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