Up among the Stars


Présenté en compétition lors de la vingt-cinquième édition de L’étrange Festival qui se déroule cette année encore au Forum des Images, Up among the Stars est un film espagnol nostalgique et poétique. Retour sur cette petite pépite !

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Et tout droit jusqu’au matin !

Victor, un réalisateur au chômage et alcoolique, passe la moitié de son temps libre à filmer des scènes dans des endroits pas hyper légaux, en compagnie de Ingmar, son jeune fils de neuf ans, plus adulte déjà que son propre père. L’autre moitié de son temps, ils la passent ensemble dans un vieux cinéma de quartier, reconverti en cinéma pornographique dans l’espoir d’y attirer plus de monde, en vain. Le lieu possède une impressionnante collection dans ses réserves dans laquelle Victor et son fils piochent allègrement pour redécouvrir avec nostalgie et émerveillement ces vieux films aux trucages si poétiques, s’inspirant notamment de La Revanche de King-Kong (Ishiro Honda, 1967) et son mythique Mecha-Kong. Un jour Victor décide d’arrêter de faire des films d’auteur et imagine avec son fils, le scénario d’un projet « commercial », s’inspirant de leur passé. L’idée derrière ce projet : faire enfin le deuil de la femme aimée.

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Et c’est là que tout commence : la poésie comme les vraies emmerdes. Victor est insolvable, les services sociaux menacent de lui enlever son enfant et il casse sa caméra. Grand bien lui en fasse, il continue avec son fils, de collectionner des produits dérivés et de laisser leur imagination construire ce qui promet d’être le plus beau film de toute une vie : un écrivain sur la lune envoie son robot lui chercher un lecteur – en l’occurrence une lectrice – pour avoir des avis. Ils tombent amoureux, ont un enfant et tout leur sourit sur ce satellite, jusqu’au jour où la femme tombe du rebord de la Lune. S’ensuit alors une recherche éprouvante pour l’écrivain, qui en oublie l’existence de son fils, toujours sur la Lune, et qui traverse la terre pour retrouver sa bien-aimée, en vain. Il termine son voyage dans un monde secret dans lequel des robots endormis ont subtilisé tous les décors des films oubliés, pour en sauvegarder la mémoire. La scène est belle et rappelle tragiquement, les vieux décors partis en fumée pour la scène de la prise d’Atlanta dans Autant en emporte le vent (Victor Fleming, George Cukor et Sam Wood, 1939), dans laquelle l’on voit, entre autres, l’immense porte du monde de Kong, léchée par les flammes. Si la scène est magnifique, les pincements au coeur ne cesseront eux, jamais. Dans l’imaginaire de Victor, ce film cite amoureusement le grand Georges Méliès par lequel le cinéma que l’on aime tant a débuté – il est toujours bon de le rappeler – et son mémorable Voyage dans la Lune (1902), tout autant que Les Temps Modernes (Charlie Chaplin, 1936) ou encore King-Kong (Merian C. Cooper & Ernest B. Schoedsack, 1933) qui est le grand gardien de ses histoires.

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Transpirant d’un amour du cinéma à travers des personnages considérant ouvertement le septième art comme la « chose la plus importante au monde » – et ce n’est pas ici qu’on le contredira – le long-métrage bien que rempli de beaux sentiments ne se vautre pas dans le happy-ending. Sa triste fin tragiquement banale et ordinaire, laissant les spectateurs dans une suspension nostalgique et mélancolique. Par sa beauté poétique d’une grande pureté, Up among the Stars n’est pas sans rappeler le formidable Cinema Paradiso (Giuseppe Tornatore, 1988), qui traite aussi du deuil et de la nostalgie du cinéma, mais également les merveilleux Big Fish (Tim Burton, 2003) ou La Science des Rêves (Michel Gondry, 2005). En dehors de sa belle nostalgie, le film est emporté par un casting impeccable – brillant duo que celui de Luis Callejo et Jorge Andreu – et une image très soignée qui nous rappelle parfois ces films familiaux des années 90 qu’on aiment tant en ces lieux. Zoe Berriatúa, petit protégé d’Alex de la Iglesia, signe ici un long-métrage poétique et singulier qui on l’espère, aura les honneurs d’une sortie en salles dans l’hexagone. Pour l’heure, cette belle surprise témoigne pour ceux qui en doutaient que le cinéma de genre espagnol en a encore sous le pieds, malgré des années de disette, contre-coup de son âge d’or fabuleux du milieu des années 2000.


A propos de Angie Haÿne

Biberonnée aux Chair de Poule et à X-Files, Angie grandit avec une tendresse particulière pour les monstres, la faute à Jean Cocteau et sa bête, et développe en même temps une phobie envers les enfants démons. Elle tombe amoureuse d'Antoine Doinel en 1999 et cherche depuis un moyen d'entrer les films de Truffaut pour l'épouser. En attendant, elle joue la comédie avant d'ouvrir sa propre salle de cinéma. Ses spécialités sont les comédies musicales, la filmographie de Jean Cocteau et la motion-capture.

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