The Dark


Le point fort de l’Étrange Festival est avant tout la diversité de sa sélection, en particulier dans sa compétition internationale qui réunit des films de tous horizons, du gore au conte macabre. The Dark s’illustre parfaitement dans le genre, premier long-métrage de Justin P. Lange (co-réalisé avec Klemens Hufnagl) après une gestation de six années. Et le bébé est une magnifique jeune fille avide de chair humaine.

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La mort lui va si bien

Une jeune morte-vivante impitoyable maniant habilement la hache épargne un garçon aveugle qu’elle décide de protéger : un pitch pour le moins intriguant qui a attiré nombre de curieux de l’Étrange Festival. Réalisateurs inconnus au bataillon, Justin P. Lange et Klemens Hufnagl livrent une fable tour à tour tendre et cruelle, avec en vedette la redoutable Mina qui en fera chavirer plus d’un. Mais Mina n’est pas une jeune fille comme les autres : victime d’un assassinat, elle est revenue d’entre les morts pour assouvir sa colère contre quiconque aurait le moyen de se perdre dans les bois et de pénétrer son cocon. Si le meurtre ne fait qu’affirmer la monstruosité de sa situation, elle découvrira bien vite que sa relation avec le jeune aveugle réveillera en elle sa part humaine qui reprendra peu à peu le dessus, mais à quel prix ? Lange parvient à imposer un univers tendre-amer entrecoupé de quelques moments d’une violence parfaitement mise en scène, en jouant avec deux éléments majeurs : la métaphore du monstre et la perte de l’innocence. Si la résurrection de Mina lui a donné le droit à une seconde chance, il en est de même pour son compagnon de fortune qui est rapidement pris d’admiration pour la créature qu’il ne peut ni voir ni juger. Tous deux brisés par la vie et les abus des adultes, leur amitié devient la chose la plus précieuse qu’ils possèdent et leur arme contre le monde extérieur.

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Œuvrant dans une réalisation intimiste et contemplative, Lange passe au crible une relation des plus étranges dans une oeuvre qui rappelle très fortement l’incroyable Morse (Tomas Alfredson, 2010). The Dark est de ces films qui adoptent le point de vue des créatures qu’ils engendrent. Une technique de narration trop peu utilisée dans les films de monstre qui préfèrent se coltiner le classique pitch d’un héros face à la créature. Pourtant, c’est dans la différence que se cache le véritable message de ces histoires qui parlent de colère, d’injustice et de révolte. Celle de Mina ne fait pas exception, et l’on prend un véritable plaisir à suivre les péripéties d’une jeune fille dont chaque action déterminera la capacité à redevenir un peu plus humaine. Le long-métrage est soutenu par deux jeunes acteurs aux jeux d’une rare intensité, aidés d’un maquillage finement exécuté sans jamais tomber dans le ridicule. Malheureusement, le film se retrouve plombé en partie par son rythme, en particulier dans une première demi-heure longue et bien trop contemplative où l’on peine à accrocher aux  personnages. L’utilisation des flash-backs est également un peu hasardeuse, et nous révèle des éléments prévisibles qui ne sont pas toujours nécessaires à l’intrigue ou le développement de Mina. Une fois l’introduction passée, The Dark attrape un rythme plus intense et agréable pour nous plonger dans cette relation unique entre survie, meurtres et affection.

The Dark est l’une des belles découvertes de cette édition, sombre et cruelle dans son traitement de la figure de l’enfant, mais également brillamment exécutée. Un film de monstre dans la lignée de L’Échine du Diable (Guillermo Del Toro, 2002) qui brille avant tout par sa dimension humaine et adulte, sans abandonner son côté zombiesque qui ravira les fans de gore. Un bon départ donc pour Lange qui part l’an prochain en tournage de son second long métrage, Theresa. Autant vous dire qu’on l’attend impatiemment et qu’on ne manquera pas de vous en parler.


A propos de Jade Vincent

Jeune sorcière attendant toujours sa lettre de Poudlard, Jade se contente pour le moment de la magie du cinéma. Fan absolue de Jurassic Park, Robin Williams et Sono Sion, elle espère pouvoir un jour apporter sa pierre à l'édifice du septième art en tant que scénariste. Les rumeurs prétendent qu'elle voue un culte non assumé aux found-footages, mais chut... Ses spécialités sont le cinéma japonais et asiatique en général.

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