Taza, fils de Cochise


L’unique western de Douglas Sirk, estampillé pro-indien, est réédité par Sidonis Calysta en combo DVD/Blu-Ray. Que vaut donc ce Taza, fils de Cochise (1954) ?

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L’amitié entre les peuples

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On fait tout pour ne pas être sectaire à la rédaction, on flaire même la moindre opportunité de vous parler du moindre cinéaste reculé de nos sphères genresques – a priori – qui pourrait avoir une quelconque accointance ponctuelle avec le cinéma qu’on défend. Mais force est de constater, qu’il y a des noms qu’on a pas vus souvent. Eric Rohmer a-t-il déjà réalisé un polar ? Jean Renoir un film de zombie ? Hélas pas encore, et vu qu’ils sont tous deux passés ad patres, ça risque pas d’arriver. Heureusement, au détour de nos pérégrinations dans les filmographies des uns et des autres et grâce au travail des éditeurs qui font bien plus que nous ce boulot de fourmi encore, on découvre des travaux qui surprennent. Douglas Sirk, la pierre d’achoppement du mélodrame hollywoodien de qualité a dans son parcours de cinéaste fait des pas de côté. Sur Fais Pas Genre, dans le cadre de la sortie de ces films en DVD ou Blu-Ray, on vous a déjà parlé de l’excursion de Sirk dans le péplum (Le Signe du Païen) et dans le film de cape et d’épées (Capitaine Mystère), aujourd’hui c’est au tour de son unique western, Taza, fils de Cochise (1954), réédité par Sidonis Calysta en combo DVD/Blu-Ray.

A la fin du XIXème siècle, Cochise, le grand chef Apache, bâtisseur de la paix avec les colons blancs, meurt. Taza, interprété par l’acteur fétiche de Douglas Sirk Rock Hudson, est le fils successeur naturel de la politique de Cochise. Mais deux autres personnalités – son frère Naiche et le guerrier belliqueux Geronimo – cherchent la rupture et le conflit plus qu’une relation d’entente avec le gouvernement des États-Unis. Taza va devoir composer avec ces nemesis, aussi bien pour des enjeux personnels (Naiche et lui convoitent la même femme) que de son peuple…Le plus dur sur Taza, fils de Cochise, c’est certainement de devoir accepter la ridicule allure des « Apaches » incarnés par des acteurs tout ce qu’il y a de plus WASP (à la limite, on devine quelques sud-américains, après tout c’est vrai que c’est un peu pareil). Toutefois comme le dit justement Bertrand Tavernier en bonus, il n’y avait à l’époque pas de comédiens amérindiens – il n’y en a pas beaucoup plus maintenant – à Hollywood, donc il faut essayer de passer outre. Une fois que c’est fait, on peut être surpris par la certaine qualité de ce seul western sirkien. La maîtrise formelle du réalisateur s’exprime une fois de plus, de surcroît avec de la 3D (parce que oui, le film fut tourné en 3D) : on a ainsi un western particulièrement construit sur un jeu de la profondeur du champ (les objets au premier plan obstruant, isolant une partie du cadre) sans oublier les quelques plans où des gens jettent évidemment des trucs sur la caméra. Au-delà de ce point, c’est dans son ambiguïté que le récit semble le plus intrigant. Estampillé un peu facilement pro-indien, on ne peut pourtant que le visionner avec amertume. La paix finale voulue et obtenue par Taza et les compromis qu’il fait (allant jusqu’à porter l’uniforme américain et mener une espèce de police amérindienne) résident dans l’obtention de matériel (on sait que c’est grâce aux couvertures infestées données par les États-Unis que les Amérindiens furent contaminés et tués) et la possibilité de réserves « protégées » qui ne sont que l’enfermement rendant possible le contrôle puis le génocide, osons le mot. Mi-naïf mi-porteur de mauvaises germes sans recul ni conscience forte de ces dernières, le long-métrage de l’exilé du nazisme Douglas Sirk interpelle donc le spectateur de 2018.

Proposé par Sidonis Calysta avec plusieurs autres sorties en combo DVD/Blu-Ray telles que Winchester 73 (Anthony Mann, 1950) ne contient pas de bonii particuliers autres que les habituels entretiens de présentation, ici avec Patrick Brion et Bertrand Tavernier (près d’une demi-heure pour ce dernier, quand même). Reste une qualité du film optimale en haute définition, permettant d’apprécier le travail ciselé du maître Douglas Sirk.


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers. Spécialiste des westerns et films noirs des années 50, il peut parfois surprendre son monde en défendant un cinéma "indéfendable" et trash.

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