Lifechanger


Présenté hors-compétition dans la catégorie Nouveaux Talents de la 24ème édition de l’Etrange Festival, Lifechanger (Justin McConnell, 2018) est un high-concept movie étonnant. On vous en dit tout, mais pas trop.

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On ne change pas, on met juste les costumes d’autres sur soi   (Céline Dion, 1998)

Si le rayon des high-concept movie de vos étagères à DVD ne cesse de grandir d’année en année, gardez une place de choix pour cette belle surprise qu’est Lifechanger (Justin McConnell, 2018) en espérant bien sûr qu’il trouve rapidement un éditeur courageux. Pour parler de ce type de film porté par un concept scénaristique fort, l’étape du synopsis est d’autant plus obligatoire, alors allons-y. Drew est un homme tourmenté des suites d’un incident survenu dans son enfance – on ne vous dira pas quoi – et qui lui a transmis une bien étrange maladie (ou malédiction, choisissez). Pour survivre, il doit littéralement « prendre » un autre corps, aspirer l’énergie et les souvenirs d’autres personnes et prendre durant six heures ou quelques fois plus leur apparence. Passé ce cap, son nouveau corps commence à se décomposer, portant les stigmates de toutes ses précédentes victimes. Ce malheurs l’obligent à changer de corps (et parfois de sexe) de manière régulière, le condamnant à une vie miséricordieuse sans attaches et sentiments.

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Réalisé par le canadien Justin McConnell – qui n’en est pas à son banc d’essai dans la série B, même si aucun de ses précédents opus ne nous est connu – qui en signe aussi le scénario, ce Lifechanger étonne et bouscule en parvenant à plonger littéralement le spectateur dans l’esprit malade et perdu de ce personnage dont on entend les pensées. Véritable tour de force, le scénario parvient à tenir en haleine durant toute la durée du récit, sans tomber dans une forme de redite dont beaucoup des longs-métrages fonctionnant sur une sensation de bis-repetita comme celui-ci ne sortent pas indemnes. Rappelant la maestria millimétrée de Triangle (Christopher Smith, 2009) – soit l’un des meilleurs scénarii que le cinéma fantastique nous ait donné à voir depuis presque dix ans – ce drame fantastique questionne et bouleverse dès lors qu’il emprunte un terrain inattendu qu’est celui de la romance. Car si Drew refuse de s’abandonner à son sort de mortel et continue à semer la mort sur son passage, c’est pour pouvoir approcher et séduire la belle Julia (impeccable Lora Burke, dont on ré-entendra assurément parler) dont il est tombé follement amoureux. Cette dernière, veuve éplorée ayant aussi perdu son jeune enfant, console sa peine chaque soir dans un bar miteux dans lequel Drew va la rencontrer, à chaque fois, dans la peau d’un(e) autre. Le drame sentimental qui se cristallise autour de ce couple-impossible donne au film une profondeur totalement inattendue qui bouscule les conventions, questionne, chatouille même parfois la morale en convoquant et tentant de légitimer le crime passionnel – on comprend très vite que Drew n’est pas étranger à la disparition du mari de Julia – donnant au film un ton glacial souvent malaisant.

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Si le scénario au cordeau emporte facilement l’adhésion – même si le sujet de la transmutation n’est pas neuf dans l’histoire du cinéma fantastique, il est traité ici avec une certaine originalité – la mise en scène de Justin McConnell a souvent tendance à en faire des caisses, d’une surabondance d’effets audio à grand coups de nappe de basses et musiques omniprésentes, en passant par des effets de montage un poil trop appuyé. C’est dommage, car sans cette esbroufe, Lifechanger aurait pu profiter de l’efficacité chirurgicale de son scénario pour se nimber d’une ambiance plus âpre et inconfortable, davantage premier degré, à l’instar de ce final absolument génial qui convoque visuellement Alien, le Huitième Passager (Ridley Scott, 1979) et le cinéma organique de David Cronenberg. Si on laissera donc poindre quelques réserves et menus regrets qui ne feront pas de cet objet le chef-d’oeuvre du genre qu’il aurait pu être, il convient toutefois d’admettre la grande originalité du concept et sa tenue irréprochable – le cinéaste va au bout de celui-ci et ne l’abandonne pas en cours de route – ce qui, dans l’éventail de films à high concept qui nous est proposé chaque année, reste, vous en conviendrez, monnaie plutôt rare.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

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