The Guilty


Énième « thriller venu du froid », selon l’expression consacrée, The Guilty (Gustav Möller, 2018) est avant toute chose la sensation de cet été. Un long-métrage que personne n’attendait mais qui met (presque) tout le monde d’accord. On vous dit pourquoi il faut se dépêcher d’aller voir en salles ce brillant premier film danois.

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A bout de souffle

Chaque été, exploitants et distributeurs attendent patiemment de savoir quel film sera la petite sensation estivale qui viendra faire la nique aux blockbusters estivaux et ainsi grappiller, ça et là, les quelques centaines de milliers d’entrées que les gros studios n’auront pas déjà capturées dans leurs collets. Cette année, c’est un thriller danois nommé The Guilty qui aura réussi à créer la surprise. Grâce à un bouche-à-oreille efficace et positif, une reconnaissance festivalière conséquente – Prix du public à Sundance et Prix de la Critique au Festival du Film Policier de Beaune – et un succès critique général, le film a réussi à réunir, à l’heure où j’écris ces mots, prêt de deux cent mille spectateurs. Première réalisation du réalisateur danois, Gustav Möller, qui en signe aussi le brillant scénario – nous y reviendrons – il raconte l’histoire d’un certain Asger Holm, un policier muté au centre des appels d’urgence à la suite d’une procédure de discipline menée à son encontre. Placardé, il attend le verdict de son procès pour faute professionnelle en répondant toute la journée à des appels plus ou moins sérieux ou urgents. Ce jour-là, quand il décroche, c’est une femme qui se dit victime d’un enlèvement qui est au bout du fil et sa vie dépend alors du professionnalisme et du sang-froid du policier.

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Dès lors qu’Asger décroche son téléphone et jusqu’à la fin, The Guilty embarque le spectateur dans une enquête en temps réel aux côtés de son personnage principal – incroyable Jakob Cedergren sur qui le film repose entièrement et qui livre une prestation monstrueuse de subtilité – qui, de son poste d’écoute, doit soutirer des informations et guider les équipes de terrain. Par ce procédé d’immersion, le réalisateur parvient très rapidement à obtenir une totale adhésion et implication du spectateur, qui épouse le point de vue – ou plutôt faudrait-il dire le point d’écoute – du personnage principal et se met à enquêter et penser avec lui. Haletante, la mise en scène de Gustav Möller évite tous les écueils malgré la difficulté évidente du défi qu’il se lance. Huis clos en temps réel dont la très grande majorité de l’action ne nous est jamais montrée, The Guilty parvient par son minimalisme à nous tenir en haleine et en tension pendant une heure trente. On a rarement vu une utilisation du son aussi ludique et pertinente. L’absence de représentation visuelle des événements décris nous demandant un effort d’imagination égale à celui que doit déployer Asger pour comprendre les enjeux des diverses situations et réagir en fonction. C’est souffle coupé et nerveux que l’on attend le dénouement de ce scénario aux multiples rebondissements, résultat d’une écriture au cordeau, notamment en ce qui concerne la psychologie de son personnage, qui ajoute à l’incroyable maîtrise de l’ensemble.

Si l’on ne peut pas s’épandre davantage sur l’intrigue au risque d’en déflorer les tenants et aboutissants et vous amoindrir le plaisir de la découverte, vous aurez compris en peu de mots tout le bien que l’on pense de ce qui pourrait bien s’imposer comme l’un des films qui fait pas genre de l’année. Brillant de bout en bout, l’objet se vit comme une plongée immersive presque documentaire dans ce métier de l’ombre et révèle aux cinéphiles que nous sommes, toute l’étendue du talent d’un jeune réalisateur dont il faudra désormais prendre régulièrement des nouvelles. Après Jusqu’à la Garde (Xavier Legrand, 2018) – premier film français qui nous avait secoué en début d’année et qui partage bons nombres de points avec son homologue danois – ce The Guilty est un témoin de plus d’une revigoration bienvenue du thriller européen.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

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