Skyscraper


On ne peut le nier, Dwayne Johnson (qui sera toujours The Rock dans mon cœur) s’impose comme le nouvel actioner des temps modernes. Après s’être attaqué à la suite mitigée qu’était Jumanji : Bienvenue dans la Jungle (Jake Kasdan, 2017), puis aux films de monstres géants à travers un Rampage (Brad Peyton, 2018) passé plus inaperçu, l’acteur se confronte maintenant à John McClane. Alors, the Rock tiendra-t-il la distance ou pas ?

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Gaffer et bons sentiments

Autant j’étais très fan de The Rock quand il était catcheur (on a tous nos plaisirs inavouables), autant je n’ai jamais trop accordé de crédit à sa carrière d’acteur. C’est que le bougre a eu des débuts difficiles entre un nanardesque Roi Scorpion (Chuck Russel, 2002), et un mirobolant Fée malgré lui (Michael Tembeck, 2010). Je l’ai pourtant redécouvert dans Fast 5 (Justin Lin, 2011) et force est de constater que depuis il est devenu assez prolifique en enchainant 3 à 4 films (à succès en dents de scie) par an. Malgré un Jumanji : Bienvenue dans la Jungle (Jake Kasdan, 2017) que j’ai assez apprécié (mais qui n’avait pas fait l’unanimité dans la rédaction, voir  pour preuve notre critique), je suis rentré avec un mauvais a priori dans la salle de Skyscraper (Rawson Marshall Thurber, 2018).

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Skyscraper retrace les aventures de Will Sawyer, ancien membre des forces de l’ordre devenu consultant en sécurité après avoir perdu sa jambe dans l’exercice de ses fonctions, chargé d’évaluer la sécurité de la plus grande tour du monde nouvellement construite par un milliardaire hong-kongais et se retrouvant pris au milieu d’une attaque de celle-ci par un groupe armé hostile. Forcément ça sent un peu le réchauffé. On nous introduit à la fatidique scène charnière du personnage principal : lors d’une prise d’otage, The Rock est confronté à un père de famille voulant visiblement soigner le malheur de ses enfants en les mettant à mort. Lorsque les forces d’interventions menées par notre gaillard se retrouvent face à lui, il se sert de son enfant comme bouclier avant de déclencher sa ceinture de C4 (ce qui est assez inventif pour tuer sa famille, là où d’autres se contentent d’un vulgaire couteau, ah les amateurs). Explosion, Hôpital, plus de jambe gauche, nous voila dans le présent. Une introduction assez maladroite et un peu lourde qui pourrait nous faire penser qu’on essaie de nous forcer à trouver le personnage sympathique. Mais ce serait sous-estimer le long-métrage et notamment son écriture.

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Car Skyscraper semble pourvu de quelques scènes remplies de bons sentiments, promouvant un amour familial sans borne digne des parfaites familles américaines, cependant tout est justifié par le simple background du personnage principal qui s’est vu offrir une seconde vie en ayant rencontré sa femme à l’hôpital. On comprend dès lors que c’est cet amour familial qui définit l’homme à l’écran, et les scènes qui pourraient être trop mièvres (ce que je craignais en allant voir le film) sont en réalité tout à fait justifiées et on éprouve naturellement de la sympathie. De manière générale le film dispose d’une solide écriture, maitrisant parfaitement le fusil de Tchekov, chaque scène est nécessaire et trouve reflet et répercussions dans une scène ultérieure, ce qui limite donc l’effet raccourci scénaristique typique des actioners récents. Cependant le scénario pêche quelque peu sur l’écriture des personnages secondaires, notamment les antagonistes dont on a du mal à embrasser les objectifs – mais en même temps est-ce nécessaire quand leur seul rôle est de se faire savater par le puissant The Rock ? – et les héros toujours très courageux et dégourdis. Cela tient cependant des codes du film d’action, auxquels ne déroge pas l’objet, comme l’abondance de phrases punchy, pas toujours inspirées, et quelques idées comiques comme un vibrant hommage au gaffer, cette bande de papier collante multi-fonction grâce à laquelle The Rock serait a priori capable d’escalader un building ! Ce dernier comme tout bon actioner nous dévoile sa toute-puissance, malgré sa jambe en plastique – astucieusement utilisée dans le film, autant comme arme à tout faire que comme ressort comique, et pas simplement pour appuyer le malheur qui frappe le héros – ce qui donne lieu à des scènes d’action audacieuses, bien que jouant avec le vraisemblable et les lois de la physique – il n’y a qu’à voir l’affiche pour s’en convaincre– mais somme toute assez réussies.

Skyscraper est ce genre de film qui ne laissera pas une empreinte dans l’histoire du cinéma, car il n’invente rien, et manque peut-être d’ambition et surtout d’originalité, mais il reste un divertissement de bonne facture. Le long-métrage est clairement destiné à plaire au plus grand nombre par sa légèreté et le fait de coller aux sujets actuels, comme la remise en cause de la place de la femme dans les films d’action, incarnée par Neve Campbell qui fera tout pour aider son musclé de mari dans sa tâche sans se contenter d’attendre d’être sauvée. Plus tourné vers le spectaculaire que son ainé Piège de cristal (John McTiernan, 1988) dont il souffre évidemment la comparaison mais arrive à en éviter les écueils, Skyscraper est au final une assez bonne surprise.


A propos de Benoit Dechaumont

Etudiant à la Fémis dans le Département Exploitation, Benoît travaille pour porter un jour les séries dans les salles de cinéma. En parallèle, il écrit sur ce qu’il voit sur petit et grand écran avec une préférence pour les histoires de voyage dans le temps. D’ailleurs il attend que son pouvoir se développe pour devenir l’intrépide Captain Hourglass.

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