Euthanizer


A l’aune du succès critique de Dogman (Matteo Garrone, 2018) lors du dernier Festival de Cannes, Outbuster nous offre les aventures d’un autre grand amateur de chien. Thriller social finlandais, Euthanizer (Teemu Nikki, 2017) a tout du film de genre, voyons ce que ce qu’il a dans le ventre !

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Dent pour Dent

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Troisième long-métrage de Teemu Nikki après la comédie fantastico-romantique Lovemilla (2015), Euthanizer signe définitivement l’ancrage de son auteur dans le cinéma de genre. On y suit les destins croisés de Veijo, vieux briscard finlandais dont la carte de visite indique qu’il s’adonne à la réparation automobile aussi bien qu’à l’euthanasie d’animaux de compagnie, et de Petri, lui aussi mécanicien, désirant prouver son appartenance à un groupe de nationalistes identitaires finlandais et propriétaire d’un chien dont tout le monde se moque. Après avoir appris en introduction que l’intrigant premier personnage euthanasie nos amies les bêtes soit au gaz d’échappement soit à coup de plomb dans la truffe, nous assistons au doux trépas d’un chaton mignon par asphyxie, le ton du film est donné.

A la manière de Dogman (Matteo Garrone, 2018), avec lequel il entretient beaucoup de similitudes, Euthanizer dresse un portrait complexe et attachant d’un homme que l’on ne devrait pas aimer. Si à première vue Veijo fait office de bourreau de chatons, il n’en apparait pas moins qu’il est un grand amoureux des animaux et qu’il préfère abréger leurs souffrances plutôt que de laisser un humain inconscient leur gâcher la vie plus longtemps. Il ne se privera pas de s’ériger en donneur de leçon à toute personne venant euthanasier son animal en lui exposant ses propres mauvais traitements et en allant jusqu’à lui montrer l’exemple sur elle-même ! Il est évident que l’homme ne fait au contraire pas grand cas de ses homologues humains, et peste dans son coin de ne pouvoir les traiter comme eux traitent leurs animaux. Car pour couronner le tout, le charmant personnage a une philosophie bien à lui, dérivée du karma et inspirée de la loi du Talion : chacun devrait subir toute la souffrance qu’il fait subir. Et pourtant, de manière assez incroyable, à aucun moment on en vient à le détester.

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En effet Teemu Nikki nous propose une mise en scène au plus près de son personnage, on le côtoie, on est confrontés à ses beaux et ses mauvais côtés : d’un regard plein d’empathie et de bienveillance envers les animaux qu’il s’apprête à « libérer » et la froideur et la dureté face à ses semblables. On en vient à embrasser la philosophie du personnage et on peut même se surprendre à laisser glisser un « bien fait ! » lorsqu’il s’en prend à un propriétaire peu responsable envers son animal. D’un autre côté on suit de la même manière les frasques de Petri, petite frappe colérique et un peu pathétique, ne cherchant que l’approbation des membres de son gang néo-nazi, dépeint comme un menteur, voleur, et qui souhaite faire euthanasier son chien car ses «amis » se moquent de lui. A la différence de Veijo cette fois, impossible d’aimer ce personnage, peut être parce qu’au contraire de ce dernier, Petri n’a pas vraiment de principe, ni de vision du monde très prononcée, il est juste perdu.

Si Euthanizer est de toute évidence une série B – il suffit de voir sa sublime affiche pour s’en convaincre – Teemu Nikki nous offre une véritable leçon de construction de personnage, sans jamais verser dans le manichéisme. Que ce soit Veijo ou Petri, on s’attache rapidement à ces personnalités torturées, et leurs actions nous tiennent en haleine : on a plaisir à les voir évoluer, jamais on ne s’ennuie et on attend de voir à quoi va ressembler leur rencontre. Nikki nous montre à quel point ce n’est pas tellement l’action qui définit un personnage, et surtout il nous apprend à l’aimer autant pour ses qualités que ses défauts. Winding Refn l’avait fait avec l’excellent Bronson (2008) Matteo Garrone avec Dogman, avec Euthanizer, Teemu Nikki se hisse à la hauteur de ses pairs : exercice maitrisé.


A propos de Benoit Dechaumont

Etudiant à la Fémis dans le Département Exploitation, Benoît travaille pour porter un jour les séries dans les salles de cinéma. En parallèle, il écrit sur ce qu’il voit sur petit et grand écran avec une préférence pour les histoires de voyage dans le temps. D’ailleurs il attend que son pouvoir se développe pour devenir l’intrépide Captain Hourglass.

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