Sans un bruit


Après avoir fait pas mal de bruit dans la critique US, Sans un bruit débarque en France prêt à faire la nique à Hérédité (Ari Aster, 2018). On sait que les opinions américaines discordent souvent avec les françaises sur les films d’horreur. Alors, flippant comme Get Out (Jordan Peele,2017) ou pétard mouillé comme Paranormal Activity (Oren Peli, 2009) ?

Et sans surprise non plus

L’une des tendances émergentes dans le cinéma d’horreur est le film à concept : on construit une créature au mode de fonctionnement atypique – comme dans It Follows (David Robert Mitchell, 2015) – ou une situation surnaturelle intrigante – Happy birthdead (Christopher Landon, 2017) – et on l’étire, on l’use pour en faire un film entier. Si certains longs-métrages arrivent à en tirer assez de matière pour tenir en haleine le spectateur sans trop s’épuiser au long du récit, d’autres s’effondrent immanquablement, faute à un scénario au final trop pauvre. C’était déjà le problème d’It Follows et c’est désormais celui de Sans un bruit (John Krasinski, 2018) qui fait effectivement partie des produits basés sur un concept simple : une famille traquée par des créatures aveugles qui ne détectent que les sons. Elle est alors obligée de vivre au quotidien dans le plus complet silence sous peine de voir instantanément débarquer des fauteurs de troubles n’ayant d’autre but que de grignoter quelques mollets. L’avantage ici est que l’on comprend très facilement comment fonctionnent les créatures, c’est à dire qu’elles sont attirées par le moindre son, et sont assez rapides pour qu’on ne puisse pas les fuir. L’inconvénient, c’est qu’on voit aussi facilement comment les contrer. Dès lors, à chaque confrontation avec une créature on n’a que deux choix, soit on voit venir à l’avance la pirouette que fera le héros pour s’en sortir – à base de diversions sonores évidemment – ou bien si le héros n’y pense pas lui-même, nous serons frustrés par sa bêtise. Parce qu’on a donc le choix entre être déçu de voir tout venir à l’avance, ou d’être déçu de trouver les personnages incohérents… Le film s’enferme alors très vite dans un paradoxe.

C’est d’autant plus gênant que les scènes de tensions sont plutôt réussies, on se prend vite à frissonner et retenir son souffle car l’empathie fonctionne. L’utilisation de l’arrière-plan est assez habile et est souvent propice à de très bonnes idées de mis -en scène nous plongeant dans l’appréhension d’un drame inéluctable. Mais là encore le long-métrage s’effondre en utilisant des codes du genre devenus clichés, pléthore de jump-scare qui n’ont aucun fondement et aucun but autre que de faire sursauter sans jamais vraiment apeurer – un phénomène qui semble se multiplier ces dernières années, qui lasse plus qu’il ne plaît chez nous mais dont les Américains semblent pourtant encore très friands – mais encore, des comportements incohérents des héros comme on n’en voit plus depuis les slashers des 90’s ! Et là encore, connaissant la construction de ces codes du genre, on voit très bien où l’intrigue va nous amener. C’est également le cas au niveau du travail du son, qui là encore, exprime un certain paradoxe. Car si le concept du film laissait à penser que la bande son serait majoritairement silencieuse – et c’est le cas au début, où l’on navigue dans un quasi-silence, où chaque petit bruit de pas, chaque objet posé au sol est sur-mixé, alimentant de fait notre crainte et notre ouïe – l’ambiance réussie est ruinée par l’intégration d’une musique à base de violoncelles grinçants à l’approche d’une menace.

Cette réflexion fait ressortir le vrai problème de l’objet, et celui de beaucoup de films à concept, l’entre-deux. En traitant un tel sujet le réalisateur peut avoir le choix de jouer le concept jusqu’au bout et en faire une vraie expérience cinématographique : créer un véritable silence dans la bande son en sur-mixant les bruits est un très bon moyen d’immersion du spectateur. On pourrait imaginer pousser ce silence sonore à tel point que le spectateur puisse être effrayé par les simples bruits de ses voisins dans la salle de cinéma, par exemple. Effectivement le film aurait alors un côté plus expérimental et peut être moins grand public – peut-être pas tant que ça si on en juge le succès de Gravity (Alfonso Cuaron, 2013). Cependant Krasinski comme Robert Mitchell avant lui, opte pour le choix de coller au film d’horreur grand public et en adopte donc les clichés formels et scénaristiques, ce qui a pour effet de diluer le concept fort dans un style peut être trop formaté. Au final, les deux aspects du traitement des films à concept peuvent être problématique. Si l’on tient un concept fort dont le spectateur arrive facilement à définir les enjeux, il y a de fortes chances qu’il en voit toutes les ficelles de l’intrigue à l’avance et qu’il finisse par s’ennuyer, si au contraire le réalisateur s’éloigne de son concept en y mêlant les codes d’autres formes de genre, il risque de perdre sa substance et d’également ennuyer le spectateur. Si Happy Birthdead mêlait son concept fort – bien que repris au Jour Sans fin (Harrold Ramis, 1993) – aux codes du slasher s’en sortait admirablement, ce n’est malheureusement pas le cas de Sans un bruit.


A propos de Benoit Dechaumont

Etudiant à la Fémis dans le Département Exploitation, Benoît travaille pour porter un jour les séries dans les salles de cinéma. En parallèle, il écrit sur ce qu’il voit sur petit et grand écran avec une préférence pour les histoires de voyage dans le temps. D’ailleurs il attend que son pouvoir se développe pour devenir l’intrépide Captain Hourglass. Ses spécialités sont les thrillers, les films de super-héros et la filmographie de Brian De Palma.

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