My Entire High School Sinking Into the Sea


Sans passer par la case « grand écran » en France, le premier film de l’auteur graphique Dash Shaw My Entire High School Sinking Into the Sea est édité en DVD/Blu-Ray par BlaqOut. Petite plongée dans un film catastrophe à l’animation anarchique et débordante d’inventivité.

High School Musical

Si nous avons tous des souvenirs de nos années lycée, plus ou moins agréables et plus ou moins pénibles, cette période de transition entre l’adolescence et le passage à l’âge adulte demeure néanmoins puissamment charnière. Le réalisateur Dash Shaw replonge avec malice et humour dans cette période de la vie en faisant de son héros son alter ego : Dash, un lycéen écrivant pour la gazette de l’école. Lui et son meilleur ami, Assaf, ne sont pas franchement populaires dans cette high school caricaturalement américaine. Ils veulent changer leur réputation grâce à leur feuille de chou étudiante mais la relation toujours plus proche entre Assaf et Verti, la rédactrice en chef du journal, n’est pas du goût de Dash. Cette crise existentielle se voit cependant rapidement remplacée par une autre, plus importante : la découverte d’un rapport caché lui apprend que le lycée s’effondrera à la prochaine secousse sismique, et tombera dans le Pacifique. Et ce qui devait arriver arriva…

Le long-métrage mêle habilement le film catastrophe et le genre de la high school comedy. Tous les codes et stéréotypes y sont détournés à outrance : les lycéens cools versus les impopulaires, la cantine pourrie, la rangée des casiers comme lieu propice aux rencontres… Mais ne vous y trompez pas, pas question de retrouver l’histoire classique du looser qui va séduire la fille canon du lycée. Dash Shaw est plutôt anarchiste tendance décapante quand il s’agit de caractériser ses personnages. C’est ainsi que la dame de la cantine se retrouve à affronter trois étudiants de terminale dans une séquence de combat tiré d’un jeu vidéo de plateforme des années 80. D’ailleurs, le lycée sombrant lentement dans l’océan, les personnages tentent de monter d’étage en étage, de celui des secondes à celui des terminales, comme on essaierait de gravir de niveau en niveau dans un jeu d’arcade. Les obstacles sont progressifs : une étagère qui tombe, les requins qui entrent dans la danse… ça se blesse et ça meurt au milieu d’hectolitres d’hémoglobines. Mention spéciale à la musique de Rani Sharone qui relève le tout dans une ambiance de rock électronique très entêtante ! Un conseil, ne vous attardez pas sur le menu du DVD, au risque de l’avoir dans la tête pour un long moment !

Ce mélange des genres permet au réalisateur de traiter sous forme de parabole de deux thèmes récurrents de la high school comedy : le passage de l’adolescence à l’âge l’adulte et une réflexion plus globale autour de l’altérité. Mais il le fait ici avec un humour cynique et absurde que n’aurait pas renié BoJack Horseman (Raphael Bob-Waksberg, 2014-2019), autant dans la faible confiance accordée aux institutions que dans le manque de foi en l’humanité évident. Un regard désabusé qui détonne par ailleurs avec la naïveté confondante des héros. Certains parleront d’audace, d’autres d’un parti pris hipster qui se la raconte. En tout cas, une chose est sûre, ce film d’animation totalement déjanté ne fait vraiment pas genre ! On pourra éventuellement regretter le trait trop tranchant et peu accessible du dessinateur, qui en rebutera plus d’un à se lancer dans ce film. Mais My Entire High School Sinking Into The Sea reste visuellement incomparable à toute autre film d’animation tant dans son jeu sur les textures que dans son travail de la matière, entre les aplats de couleurs, l’eau qui coule véritablement sur les dessins ainsi qu’un final quasi-expérimental et non narratif dans une sorte d’hommage à 2001 : L’Odyssée de l’espace (Stanley Kubrick, 1968). Si l’animation reste rudimentaire, l’esthétique et le cadrage issus de la bande dessinée – les traits apparents, les plans en coupe, les déplacements de personnages coincés dans deux dimensions seulement – donnent au métrage une grande cohérence artistique. Un coup d’essai parfois brouillon mais plein d’inventivité et d’audace pour ce premier film d’un réalisateur à suivre. Les courts-métrages de Dash Shaw sont à découvrir dans les suppléments de l’édition vidéo que lui offre ce mois-ci l’éditeur BlaqOut, des bonus complétés un entretien avec le réalisateur ainsi qu’un autre avec Stéphane Beaujean (directeur artistique du festival d’Angoulême), qui nous permettent de mieux digérer la claque visuelle que l’on vient de se prendre !


A propos de Baptiste Salvan

Tombé de la Lune une nuit où elle était pleine, Baptiste ne désespère pas de retourner un jour dans son pays. En attendant, il se lance à corps perdu dans la production de films d'animation, avec son diplôme de la Fémis en poche. Nippophile invétéré, il n’adore pas moins "Les Enfants du Paradis", son film de chevet. Ses spécialités sont le cinéma d'animation et les films japonais.

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