King Kong revient !


Nouveau venu dans l’édition vidéo, Ciné2Genre donne une nouvelle exposition à l’un des nombreux ersatz nanardesques du mythique King Kong (Ernest B.Schoedsack & Merian C.Cooper, 1933) avec King Kong Revient ! (Paul Leder, 1976).

Ersatz à la Kong

Vous n’êtes pas sans savoir que la seconde moitié des années 70’s fût le théâtre d’une gigantesque King Kong Mania. La ressortie en grande pompe du remake du classique de 1933 produit par Dino de Laurentiis avec l’humide Jessica Lange, King Kong (John Guillermin, 1976), ayant relancé l’engouement populaire autour de ce mythe fondateur du cinéma américain. Il faut dire que Kong est l’un des emblèmes les plus indissociable du septième art, une silhouette, un concept, si indémodable qu’il traversa l’histoire du cinéma et de l’Amérique (voir notre article King Kong, témoin de l’évolution des Etats-Unis). Toutefois, le monstre n’a pas fait uniquement les bonnes heures du cinéma américain, ayant voyagé dans bien des contrées, notamment asiatiques. C’est d’abord au Japon, pays des mythiques kaiju eiga que le singe géant a trouvé une première terre d’accueil avec des films considérés « officiels » tels que King Kong appears in Edo (Soya Kumagai, 1938) devenu malheureusement aujourd’hui invisible, King Kong contre Godzilla (Ishiro Honda, 1962) ou La Revanche de King Kong (Ishiro Honda & Rawkin Arthur, 1967). Toutefois, à une période ou la série B régnait en maître, faisant fi des droits d’auteurs et re-exploitant les concepts les plus lucratifs d’Hollywood jusqu’à la moelle, le retour au premier plan du gorille géant dans la production Paramount de 1976 donna une idée à bons nombres de producteurs opportunistes : surfer sur la vague du film de singe géant. Ainsi, c’est la même année que le remake officiel, que le réalisateur américain Paul Leder se retrouve à la tête d’un ersatz co-produit avec le Japon et la Corée du Sud, intitulé A*P*E (1976).

La stratégie commerciale autour du produit peut amuser tant elle nous rappelle toute l’inventivité dont pouvaient faire preuve les producteurs de série B pour slalomer entre les lois et embrouiller l’audience. Ainsi, alors qu’ils furent sommés par une décision de justice de faire figurer en très grosses lettres la mention « à ne pas confondre avec King Kong » suite à un procès intenté par Dino de Laurentiis, les producteurs prirent cela comme une aubaine, leur permettant d’accoler en gros sur l’affiche du film la marque King Kong tout en ayant l’idée simple mais brillante d’écrire le à ne pas confondre avec en tout petit. L’opportunisme malin ne s’arrête pas là puisque les astérisques présentent sur le titre officiel A*P*E font directement référence à un autre film qui avait le vent en poupe à la même époque, M*A*S*H (Robert Altman, 1970) et qui partage avec A*P*E le fait de se dérouler en Corée du Sud. Durant toute la durée de son exploitation, le film changera de nombreuses fois de titre pour embrouiller toujours plus le spectateur, de Attack of the Giant Horny Gorilla Horny signifiant Excité, on image que cette ré-orientation se voulait surfer sur tout le pataquès fait autour de la charge érotique du film de John Guillermin – en passant par des versions encore moins subtiles tels que The New King Kong ou Super Kong. En France, alors qu’il sort en 1978, deux ans après l’apogée de la King Kong Mania, il arbore le titre King Kong revient ! avant d’être exploité en vidéo au début des années 80 sous le titre La Révolte de Kong.

S’il emprunte bien des éléments de l’original, le long-métrage n’est pas pleinement un remake puisqu’il reprend surtout la deuxième partie du film de Merian C.Cooper qui montrait le gorille géant semer la zizanie à New-York. Outrepassant toute la partie sur Skull Island et le récit d’aventures sur une île perdue clairsemée de créatures préhistoriques, ce King Kong Revient ! démarre donc directement à bord d’un navire qui s’apprête à ramener un gorille géant sur le continent et plus précisément dans la péninsule sud-coréenne. Le projet de cette expédition serait visiblement de l’exposer à terme à Disneyland, pour en faire une attraction à touristes – le film préfigure en cela l’idée au centre d’une des références du film de monstre géant, Jurassic Park (Steven Spielberg, 1994) – mais évidemment, le monstre va s’échapper dès son arrivée en Corée du Sud et déverser toute sa fureur sur les habitants, détruisant tout sur son passage, des villages côtiers jusqu’à la capitale Séoul. Si le Gorille ne s’autoriserait pas quelques incartades pour kidnapper une actrice américaine du nom de Marilyne Baker – ça ne s’invente pas… – qui tourne dans les parages un film dans lequel elle doit jouer une fille qui « se fait violer en douceur » comme lui dit son réalisateur, on pourrait davantage estimer ce King Kong revient ! comme un remake déguisé du premier Godzilla (Ishiro Honda, 1954). Bons nombres de séquences semblent en effet puiser allégrement à la source de ce film fondateur du genre du kaiju eiga, reprenant quelques images fortes de l’œuvre de Honda, tel que le monstre géant scindant de son poitrail des lignes à haute tension et j’en passe…

Handicapé par son budget riquiqui, le film souffre et profite à la fois de la désuétude et du ridicule de ses moyens. Car on le sait, ce qui fait la spécificité et le charme de ces séries B réside principalement dans tout ce qui les rend si génialement nulle. Ainsi, ici encore, toutes les séquences cultes sont celles qui déclenchent d’irrémédiables fous rires. D’un homme endimanché dans un costume de gorille se combattant dans une piscine contre un requin mort – là encore, on essaie de surfer si je puis dire, sur le succès phénoménal la même année des Dents de la Mer (Steven Spielberg, 1976) – tout comme ces scènes tentant de jouer sur les échelles sans jamais y parvenir autrement que de placer une figurine de vache en plastique dans l’herbe que vient enjamber notre gugusse supposé maousse. Tout participe à l’extrême nullité d’une production qu’on imagine de toute façon réalisée à simple but lucratif et sans soucis du qualitatif. Un véritable doigt d’honneur aux spectateurs de l’époque qui durent se sentir totalement dupés sur la marchandise, ou apprécier peut-être, l’humour résolument décalé qui peut faire passer la pilule tant il s’assume de nombreuses fois comme ni plus ni moins qu’une parodie grivoise.

King Kong revient ! a donc de fascinant qu’il représente à lui seul tout ce qui a fait le sel du cinéma d’exploitation des années 70. Cet âge d’or du nanar, des productions à bas budget surfant sur des concepts à la mode, s’est décliné partout, n’épargnant aucun succès et aucun genre. Hormis notre King Kong revient ! on compte dans la seule décennie suivant le remake de Guillermin pas moins de cinq pâles copies, à commencer par sa suite déplorable au rabais King Kong 2 (John Guillermin, 1986), mais aussi Queen Kong (Frank Agrama, 1976), Le Colosse de Hong Kong (Ho Meng-Hua, 1977) jusqu’à plus récemment Mon Ami Joe (Ron Underwood, 1998) remake d’un déjà simili-ersatz réalisé par les papas de Kong eux-mêmes en 1949 : Mighty Joe Young (Ernest B. Schoedsack & Merian C.Cooper). Une époque doucereuse que nous propose de revivre Philippe Eude dans un long entretien (40min) proposé en bonus de cette édition qui s’intitule « Quand les nanars dominaient le monde ». Une édition DVD modeste en apparence – pas de version Blu-Ray et un master loin d’être magnifique – mais qui propose un écrin respectable de par ses finitions et du contenu annexe qu’il propose,, à commencer par des cartes postales collectors représentant les différentes affiches d’exploitation ! On regrettera bien sûr que ce nanar ultime n’ait pas le droit à une édition incluant sa version 3D car le film, dans une démarche toujours plus opportuniste, fut tourné pour partie en 3D avec de nombreux effets de jaillissements qu’on repère assez aisément à la vision du master 2D. Pour cela il faudra plutôt se tourner vers l’import puisque l’éditeur américain Kino Lorber lui a offert en 2016 une édition Blu-Ray remasterisée en 2K, incluant les deux versions, mais ne proposant pas de sous-titres français. Si cela est rédhibitoire pour vous et que vous n’avez de toute façon pas de quoi voir la 3D à la maison, n’hésitez pas une seule seconde alors à sauter sur cette édition française dont on me souffle qu’elle pourrait bien se retrouver très vite épuisée !


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre. A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu.

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