Ant-Man et la Guêpe


Après un premier volet qui nous avait séduit par ses pas de côté vers la comédie d’espionnage et le film de casse, le super-héros fourmi de Marvel revient aux affaires accompagné par une partenaire de choix, La Guêpe.

  © Marvel Studios

Minuscule

Le premier volet d’Ant-Man (Peyton Reed, 2015) avait beau avoir connu des remous de production – on rappelle qu’il devait initialement être réalisé par Edgar Wright mais que ce dernier fut éjecté du projet par Marvel pour des raisons officielles de « désaccords artistiques » – il nous avait toutefois séduit de par sa faculté à fonctionner comme un stand-alone en marge de l’univers étendu, et d’autre part parce qu’il s’assumait presque comme une série B au sein du Marvel Cinematic Universe, ayant recours aux codes de la comédie d’espionnage et du film de casse. Bien que non exempt de défauts – à commencer par son antagoniste très faiblard – le film emportait la mise grâce à son inventivité ludique autour des échelles et sa loufoquerie portée par l’humoriste et comédien Paul Rudd. Entre-temps, le long-métrage a clairement perdu de sa spécificité et de son exclusivité, à mesure que bons nombres des productions Marvel ont eu plus allégrement recours à l’humour et aux codes des genre(s). En outre, l’incorporation au forceps de Ant-Man dans ce qui reste comme le pire film du studio à ce jour, Captain America : Civil War (Joe & Anthony Russo, 2016), lui avait fait quitter son statut de super-héros évoluant en marge de l’univers étendu. Aussi, lorsque fut annoncé que la suite de ses aventures solo, intitulée Ant-Man et la Guêpe (Peyton Reed, 2018) serait à nouveau un stand-alone (ou presque) et qu’il se déroulerait avant les événements cataclysmiques de Avengers : Infinity War (Joe & Anthony Russo, 2018) – dont le héros fourmi était l’un des rares abonnés absents – on pouvait penser que le studio avait tiré les leçons de l’incorporation un peu trop forcée du super-héros fourmi avec ses petits camarades et porterait désormais une attention toute particulière à développer sa propre histoire avant de le dévoyer dans les grandes kermesses et réunions de famille.

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Malheureusement, ce passage maladroit de Ant-Man dans le troisième film du Captain America, a clairement fait des émules et des dégâts. Par souci de cohérence dans l’univers étendu, les scénaristes se sentent désormais obligés d’expliquer son apparition capillotractée dans l’intrigue de Civil War, d’expliciter le pourquoi du comment de l’arrivée totalement ubuesque de la variante Giant-Man du héros, mais encore, trouver une excuse valable à son absence au sein du grand combat contre Thanos dans Avengers : Infinity War. Cet amoncellement d’obligation scénaristique joue clairement contre le film, qui passe plus de temps à combler les vides et incohérences des précédents opus qu’à développer concrètement son histoire. Et pourtant dans l’idée, le postulat de départ est assez intéressant et intriguant. On avait quitté Ant-Man en solo, au moment où il parvenait à se rétrécir jusqu’au stade de la molécule. Dans ce nouvel opus, Hank Van Pyme, l’ancien Ant-Man incarné par le vieillissant Michael Douglas, pense que sa femme, Janet, anciennement son acolyte qui se faisait appeler La Guêpe et incarné par Michelle Pfeiffer, jugée morte depuis qu’elle s’est perdue dans l’univers quantique sans parvenir à en revenir, pourrait en réalité être encore vivante. Aussi, si le précédent opus était un film de casse à échelle réduite – il s’agissait de récupérer un costume super-puissant des mains d’un super-méchant – celui-ci prend d’emblée les pourtours d’un Mission : Impossible version physique quantique et film de sauvetage. Cette mission si vous l’acceptez : aller récupérer Janet Van Pyme dans le Royaume Quantique pour la ramener dans notre monde. Pour la mener, le vieux Hank envoie au front son successeur Ant-Man et sa fille – incarnée par la parfaite Evangeline Lilly – chargée de jouer les acolytes dans son costume à ailes.

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Si le film retrouve certaines qualités du premier volet, à commencer par l’aspect ludique et réjouissant de ses scènes d’action qui se jouent et s’amusent des échelles, le tout souffre toutefois cruellement d’avoir le cul entre deux chaises. Entre une aventure véritablement solitaire et un assujettissement irrémédiable à l’univers étendu, Ant-Man et la Guêpe finit par nous apparaître pour ce qu’il est vraiment :  fonctionnel sans véritable enjeu qui perd très vite en souffle à mesure que l’entourloupe se dévoile. Ni plus ni moins qu’une grenade marketing dégoupillée pour occuper le terrain et combler le vide en attendant Avengers 4 (Joe & Anthony Russo, 2019), le retour à l’aventure solo et indépendante qui devait permettre à cet univers de re-exister indépendamment des autres tourne vite à l’opération sacrifice. Si vous en doutiez encore, il semble évident que le personnage d’Ant-Man ne semble pas faire concrètement partie des plans à long-terme de l’écurie Marvel, auquel cas il aurait été traité avec un peu plus de considération. S’il existe, c’est probablement parce que l’univers étendu a besoin de lui et de sa dimension quantique pour démêler l’intrigue tortueuse d’Avengers. Pour l’heure, nul besoin d’essayer d’oublier ce second volet et de passer à autre chose, c’est surement déjà fait, aussitôt vu, aussitôt oublié. Non, le plus dur avec Ant-Man et La Guêpe sera surement, au contraire, d’essayer de s’en souvenir…


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre. A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu.

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