Solo : A Star Wars Story 2


Après un premier spin-off décevant, Rogue One : A Star Wars Story (Gareth Edwards, 2016) la saga de la Guerre des Etoiles s’offre une deuxième histoire parallèle en revenant aux origines d’un des héros les plus appréciés de sa galaxie : Han Solo. On vous donne enfin notre avis, sans se soucier des spoilers parce que vous l’avez déjà tous probablement vu.

Howard, une nouvelle race de héros

Le retentissement médiatique qu’avait engendré la gestation houleuse de Rogue One : A Star Wars Story (Gareth Edwards, 2016) nous avait permis de rappeler dans un pamphlet argumenté que les reshoots ne flinguaient pas, systématiquement, les films. Car oui, il est un sport national de condamner d’emblée tous films ayant changé de mains, fruit d’un tournage houleux ou d’un « désaccord artistique », tant accrochés que nous sommes, français, à notre bonne vieille politique des auteurs. Aussi, l’éviction manu militari du vaisseau amiral Star Wars, des deux joyeux lurons que sont Phil Lord et Chris Miller, suffisait pour beaucoup à considérer d’emblée Solo : A Star Wars Story (Ron Howard, 2018) comme un film impossible à apprécier. Pourtant, à y regarder de plus prêt, l’association d’un produit Star Wars au nom de Ron Howard, le remplaçant de luxe qui leur a été préféré, n’est pas si contre-nature que cela. Bien au contraire, elle coulait même de source tant le destin du réalisateur est accroché à celui du studio depuis leurs débuts connexes. D’abord parce qu’il commença sa carrière de comédien devant la caméra de George Lucas dans American Graffiti (1973) premier projet produit par LucasFilm, mais aussi qu’il réalisa l’un des grands succès du studio qu’est le film fantastique Willow (1988). Bien qu’ils n’aient pas tant que cela collaboré ensemble par la suite, Howard resta toujours dans les petits papiers de George Lucas et Kathleen Kennedy qui l’envisagèrent un temps pour réaliser Star Wars Episode 1 : La Menace Fantôme (George Lucas, 1999) avant que le grand-manitou daigne finalement s’en charger lui-même. Ainsi – et malgré tout le bien que l’on puisse penser du duo derrière le géniallissime La Grande Aventure Lego (2014) – l’arrivée de Ron Howard à la réalisation de Solo promettait un film à la patine nostalgique indéniable, ce qui n’était pas pour nous déplaire.

Une idée d’autant plus intelligente que sur le papier, le projet n’a pas pour vocation à renouveler la saga comme pouvait l’être le récent Star Wars Episode VIII : Les Derniers Jedi (Ryan Johnson, 2017) mais au contraire à en re-convoquer les vieux souvenirs, les vieilles sensations des premiers films. Après avoir tué Han Solo, personnage iconique de la saga incarné une dernière fois à l’écran par Harrison Ford dans Star Wars Episode VII : Le Réveil de la Force (J.J Abrams, 2015), Disney et LucasFilm le ressuscitent en plongeant cette fois aux origines de son mythe. Des enjeux assez faibles mais néanmoins risqués – tous les fans veulent savoir depuis des années comment Han a rencontré Chewbacca et comment il a usurpé le Faucon Millenium des mains de Lando Calrissian et il vaut mieux éviter de les décevoir… – contenus dans un scénario qui cherche moins à épouser l’aspect grandiloquent d’un space-opera qu’à assumer sa narration épurée de série B, empruntant ça et là les codes du film de casse, du film noir et du western. Aussi, s’il n’est pas faux de considérer la mise en scène de Ron Howard d’assez classique – en cela qu’elle applique les codes des genres auxquelles elle se réfère tout autant que ceux qui constituent désormais l’identité visuelle de la saga – il convient aussi d’admettre que si le film est loin d’être parfait – en premier lieu son scénario, qui manque d’enjeux véritablement forts – il demeure un petit écrin savamment orchestré par son réalisateur qui en chouchoute l’univers et l’atmosphère avec une certaine humilité. Car a contrario de Rogue One où Gareth Edwards avait accolé son style personnel – prise de vue à l’épaule feintant le cinéma direct – Howard choisit pour sa part de n’affirmer aucune singularité – même s’il n’existe peut-être pas véritablement de patte Ron Howard ? – et d’appliquer savamment le cahier des charges qui lui a été donné de façon aussi scolaire que respectueuse. C’est probablement cette rigueur (ou cette facilité, choisissez votre camp) qui sauve les meubles et qui permet au long-métrage de ne pas faire tâche ou bande à part dans cet univers désormais étendu.

Pourtant, le film comporte à bien des niveaux des singularités étonnantes dans la galaxie cinématographique qu’est Star Wars, en premier lieu de par son étonnante photographie, signée Bradford Young – à qui l’on doit notamment l’image sublime, grise et crémeuse de Premier Contact (Denis Villeneuve, 2016) – qui nappe les bas-fonds de la galaxie d’un épais brouillard poussiéreux donnant à l’image une texture inédite dans la saga. Un choix qui étonne tant il parvient toutefois à recoller à une certaine cohérence artistique parce que n’omettant jamais de référer sa mise en scène aux canevas stylistiques définis par les premiers films. Mais encore, l’objet étonne par son refus de focaliser son récit uniquement sur le personnage de Han Solo. En effet, l’intelligence du scripte réside moins dans ses clins d’œils aux fans ou aux films antérieurs – finalement assez discrets, mise à part la réapparition ubuesque de Dark Maul à la toute fin – que dans sa volonté d’explorer, via le prisme du parcours du mercenaire, une partie de la galaxie jusque là peu dévoilée : les bas-fonds crapuleux et les alcôves des cantinas. En arpentant cet univers de voyous et bandits, commun aux films noirs classiques et aux westerns, le film s’impose comme un film de genre(s) à part entière, un exercice de style qui manie et détourne les codes, pour un rendu visuel et artistique somme toute assez séduisant. On pourra regretter dès lors, que l’obligation de raccrocher cette histoire parallèle à l’arc principal de la saga impose parfois à la narration des pas de côtés malheureux. Toutefois, si c’était de loin l’une des faiblesses de Rogue One qui re-convoquait aux forceps des personnages emblématiques et que c’est par ailleurs l’une des fatalités qui rattrape Solo dans son derniers tiers, le scénario signé ici par Lawrence Kasdan – scénariste emblématique depuis les débuts de la saga – tisse de façon plus élégante et maîtrisée ses liens avec la saga principale.

Ce qui fascine donc avec ce Solo c’est la contradiction qu’il sème en notre esprit, tant il parvient à la fois à nous surprendre, tout en étant pas très surprenant. Car oui, les deux derniers films de l’univers étendu développé par Disney avaient plutôt pour vocation à tenter un renouvellement et à s’échapper d’une certaine nostalgie pourtant défendue par Le Réveil de la Force (2015). En cela, Solo nous surprend (en bien) de ne pas être très surprenant. En bon soldat, Howard coche une à une toutes les cases du cahier des charges et livre un film honnête, efficace, respectueux de l’univers et de ses personnages. Et puisque l’on parle des personnages, rappelons que s’il est de bon ton de défendre l’idée qu’Harrison Ford serait indissociable d’Han Solo – et vice-versa – ici, en voyant ce personnage de gouailleur loufiat de l’espace incarné par un Alden Ehrenreich aussi transparent que convaincant (c’est possible), on finit par comprendre que l’une des forces de cette saga est moins ses interprètes stars que ses magnifiques personnages. Car si le jeune comédien fut longtemps pointé du doigt comme étant l’une des nombreuses causes du désastre qu’aurait apparement été le tournage, sa prestation est loin d’être aussi catastrophique que la rumeur ne le prétendait. Mieux encore, elle est tout bonnement fascinante. Totalement effacé derrière le costume et le nom de son héros, le jeune comédien n’existe jamais lui-même et ne devient que l’enveloppe corporel, la marionnette, chargé de ressusciter l’esprit de Solo et ce, sans jamais singer le jeu de Harrison Ford. De quoi briser toutes nos convictions quant au caractère indissociable de certains personnages iconiques de leurs interprètes. Les personnages de la galaxie lointaine très lointaine sont devenus, au même titre que James Bond ou Dracula, des personnages si puissants de la culture populaire qu’il ne faut plus nécessairement un visage pour les re-convoquer. Mais simplement un accessoire, un costume, voire quelques notes de musique…


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre. A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu.


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2 commentaires sur “Solo : A Star Wars Story

  • puip (@SpikeKarton)

    Comment peut-on dire que Rogue One est décevant ? J’ai relu 4 fois la phrase pour être sur de ce que je venais de lire… Il est tout sauf décevant. C’est le vrai star wars 7, celui qui prend des risques, créé, innove, surprend, et surtout provoque des émotions. Difficile de lire le reste de la critique derrière. On attend d’un réalisateur, aussi, qu’il apporte sa marque lorsqu’une série en est déjà à son 8e opus…

    • Joris Laquittant Auteur de l’article

      Je vous invite à lire la critique complète de Rogue One écrite à l’époque de sa sortie. Je ne partage pas pleinement votre avis, je place le curseur différemment. J’ai été ravis par exemple de voir Ryan Johnson ré-inventer la saga dans son épisode (là aussi je vous invite à lire l’article), car il me semble que c’était non seulement le moment mais aussi le film idéal pour le faire. Mais pour ce qui est de Rogue One et de Solo, ces films s’inscrivent dans une chronologie particulière dans la saga qui à mon sens, implique un aspect nostalgique indéniable. C’est cet aspect que Solo parvient à maitriser plus solennellement que le film de Gareth Edwards, qui d’un point de vue de la mise en scène ne respectait pas les canevas de Star Wars et par ailleurs, se montrait fort maladroit lorsqu’il s’agissait d’inclure des éléments référentiels dans son intrigue (Tarkin, Vador, Leia…). Je pense qu’on est là face aux contradictions des univers étendus et face à l’un de ses enjeux majeurs : doivent ils former un tout unifié au mépris des singularités des cinéastes, ou proposer des films dont la mise en scène n’épouse pas un canevas mais une identité propre au réalisateur ? Toute la subtilité c’est de réussir à apporter sa marque tout en respectant l’univers pré-établi. A ce titre, J.J Abrams est l’un des cinéastes les plus fascinants, car il n’est jamais relégué au rand de faiseur et parvient toujours à épouser l’univers pré-établi tout en le faisant évoluer à sa façon. Je ne suis pas sur qu’on parviendra à tomber d’accord et je suis quasiment certains que vous défendrez l’avis contraire sur l’ensemble de mes articles sur la saga Star Wars. Parce qu’on en attend strictement l’inverse.