Memories of Matsuko 1


Chez les copains Outbuster, on aime les fresques sentimentales, les amourettes originales, et les histoires qui finissent mal. Qu’à cela ne tienne, Memories of Matsuko vient de rejoindre leur catalogue, l’occasion de découvrir l’un des chefs-d’œuvre nippons de ces dernières années signé Testuya Nakashima.

Happy Wednesday !

À première vue, Memories of Matsuko peut sembler être l’un de ces drames japonais  que l’on voit envahir les salles obscures à la manière des œuvres de Hirokazu Kore-eda ou de Naomi Kawase. Le film retrace la vie de Matsuko, une clocharde retrouvée battue à mort dans un parc, ancienne professeure de chant, prostituée, coiffeuse et bien plus encore. Un pitch plutôt classique versant dans le mélodrame, cependant réalisé par l’une des pointures du cinéma genré nippon en la personne de Tetsuya Nakashima. Ancien publicitaire reconverti dans le cinéma, le réalisateur offre une dramédie à la narration accrocheuse, sur fond de comédie musicale existentialiste douce-amère. Traversant les époques, la vie de Matsuko est dévoilée à travers un filtre de couleurs éclatantes et de cadres fleuris envahissant l’écran, pour nous narrer un conte moderne de la vie de joie et de déceptions d’une femme japonaise des années 1950 à 2000.

C’est avec humour et tendresse que Nakashima choisit de mettre en scène Matsuko de son enfance à sa déchéance, en adaptant le roman éponyme de l’auteur à succès Muneki Yamada. Chaque période de la vie de la jeune femme se retrouve modelée par la caméra qui s’adapte visuellement aux émotions de son héroïne. De l’explosion de CGI kitsch au possible pour décorer l’enfance et ses rêves à une mise en scène plus brute et sombre pour illustrer les passages les plus tragiques de l’existence de Matsuko, Nakashima joue avec les sentiments pour une œuvre qui laisse à peine le temps au spectateur de souffler, sans pourtant tomber dans la surenchère émotive. Ainsi, un suicide embrayera sans attendre sur une séquence musicale mêlant animation et prises de vue réelles, pour un rendu digne d’un Disney sous amphétamines. L’aspect musical se révèle d’ailleurs être une véritable bouffée de fraicheur dans ce drame très dur dans le choix de ses thématiques, nous permettant de décompresser en profitant des scènes parfaitement chorégraphiées, entre j-pop, jazz et rap endiablé. Plus que dans la mise en scène osée et pop, la réussite de Memories of Matsuko repose en grande partie sur l’immense talent de Miki Nakatani qui porte seule le film sur ses épaules en interprétant une Matsuko aux grimaces adorables tour à tour fleur-bleue, femme fatale, et clocharde déchue.

Au-delà de la mise en scène burlesque desservant de manière efficace une narration rythmée, les thématiques abordées par Nakashima apportent une lecture bien plus sérieuse et dramatique à cette comédie qui vire rapidement au cauchemar. Le réalisateur n’hésite d’ailleurs pas à user de scènes musicales pour dépeindre la dépression ou l’incarcération, et ainsi alléger ses propos en dédramatisant certains passages pourtant difficiles de la vie de son héroïne. Le principal obstacle de l’existence de Matsuko réside en la dépendance affective causée par un père qui l’a délaissée, et dont la relation chaotique aura un impact important sur la relation de l’héroïne avec les hommes. Nakashima pose d’ailleurs parfaitement le paradoxe qu’elle subit : la dévotion totale en amour ne serait-elle pas une dépendance émotionnelle déguisée ? En effet, Matsuko accepte sans sourciller de se faire battre, de se prostituer et de tomber dans des trafics peu honnêtes par peur de se retrouver seule en amour. La force du film réside à ne pas tomber dans l’excès et le mélodrame, tout en gardant une héroïne forte et sûre de ses convictions, évoluant dans des milieux filmés avec une tendresse folle, en particulier l’industrie de la pornographie. Selon les différents chapitres de sa vie, Matsuko mue de peau en peau tel un caméléon cinématographique aux multiples références, petite Amélie Poulain (Jean-Pierre Jeunet, 2001) enfantine puis professeure de chant à la Julie Andrews dans La mélodie du bonheur (Robert Wise, 1966) en passant par la case prostituée volcanique qui n’est pas sans rappeler Irma la Douce (Billy Wilder, 1963).

Habitué des portraits de femmes pour le moins sensationnelles, Nakashima avait précédemment fait ses preuves dans un genre bien à lui avec Kamikaze Girls (2002), cousin plus kawaii et sage que Memories of Matsuko. Ce qui aurait pu être qu’une simple tragédie vue et revue se transforme en une existence teintée de folie et d’extravagance grâce à la caméra du réalisateur qui nous offre une véritable tornade visuelle et émotionnelle qui marque littéralement les esprits. Alors on prend sa bonne humeur, son paquet de mouchoir, et on fonce sur Outbuster !


A propos de Jade Vincent

Jeune sorcière attendant toujours sa lettre de Poudlard, Jade se contente pour le moment de la magie du cinéma. Fan absolue de Jurassic Park, Robin Williams et Sono Sion, elle espère pouvoir un jour apporter sa pierre à l'édifice du septième art en tant que scénariste. Les rumeurs prétendent qu'elle voue un culte non assumé aux found-footages, mais chut... Ses spécialités sont le cinéma japonais et asiatique en général.


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