Action ou Vérité


Dans le cinéma qui fait pas genre, il y a des films d’horreur et des films qui font peur. Action ou Vérité ne représente aucune de ses deux catégories. D’ailleurs, il ne représente rien. Explications plus bas.

Sourire en coin

Dernier rejeton en date des studios Blumhouse – du nom de Jason Blum, producteur de moult réalisations horrifiques à budgets serrés mais aux gains importants comme les sagas très connues Paranormal Activity (Oren Peli, 2007), Insidious (James Wan, 2010), American Nightmare (James de Monaco, 2014) ou plus récemment de Split (M. Night Shyamalan, 2017) et de Get Out (Jordan Peele, 2017) – cet Action ou Vérité, réalisé par Jeff Wadlow – Kick Ass 2 (2013) et Never Back Down (2008) – s’annonçait ni plus ni moins comme un simple horror teen movie déluré, revisitant le célèbre jeu de soirées adolescentes, Action ou Vérité à une sauce démoniaque. Un long-métrage aux atours préalablement sympathiques, reprenant le concept des morts spontanées, inévitables et théâtrales d’un Destination Finale (James Wong, 2000) sur fond d’une malédiction à la Conjuring : Les Dossiers Warren (James Wan, 2013). Le mélange idéal pour un film qui ne révolutionnerait rien, ne s’inscrirait dans aucunes mémoires, mais aurait l’avantage de faire passer de bons moments à une audience plus jeune, en quête de sueurs froides. Mais pas s’ils s’avèrent que ceux-ci possèdent un cerveau.

Parce qu’il ne faut pas être tuteur d’une maîtrise de sciences de l’ingénierie des potamochères du Cap pour très vite comprendre que letruc dont je parle est une daube absolue. Et ce, du début, à la fin. Commençant par une virée mexicaine à l’occasion d’un Spring Break, les jeunes protagonistes du film emmenés par une Lucy Hale – connue pour son rôle dans la série Pretty Little Liars (I. Marlene King, 2010) – sous le charme d’un jeune inconnu, se retrouvent à jouer au fameux Action ou Vérité aux abords d’une maison abandonnée, après, bien entendu, une soirée fortement alcoolisée. Divers règlements de comptes et quelques turbulences juvéniles plus tard, l’inconnu joué par Landon Liboiron – que l’on retrouve lui en lycan dans la série Hemlock Grove (Eli Roth, 2013) – leur annonce qu’il les a condamnés à jouer indéfiniment au jeu et que quiconque voulant s’y substituer risque une peine capitale particulièrement sordide. Pas très sympa, le bougre. S’ensuit l’habituelle image de l’héroïne détenant toute vérité dès la première expérience et celle des copains récalcitrants la croyant crédule et folle avant d’ouvrir enfin les yeux et passer à l’action, pour ceux ayant cette chance. Puis tout du long, entre secrets inavouables et trépas folkloriques, le scénario s’affiche comme excessivement naïf, et le film particulièrement mauvais, et je suis gentil. Réutilisant tous les ratés les plus mémorables de l’histoire du teen movie horrifique – l’invention d’un tel genre étant, très subjectivement, un raté en soi – et se gavant de facilités toutes aussi déconcertantes les unes que les autres. De la bande de copains pas vraiment si copains aux lourds secrets tout aussi prévisibles et pathétiques que les gages de vérités et actions stupides et mal amenés. On se souviendra finalement de seulement quelques bribes d’originalité dans les faciès des personnages lors des possessions de ceux-ci par l’esprit du jeu, Climax, déformant leurs visages en un sourire large et mesquin – comme le mien en rédigeant ce pamphlet cathartique et gluant. Pour le reste, entre spiritisme bas du front et péripéties risibles, on ne retiendra pas grand-chose.

C’est au final un film assez consternant que nous livre le réalisateur du potache Kick Ass 2 (Jeff Wadlow, 2013), qui se complaît ici visiblement dans une des médiocrités les plus basses qu’il m’ait été possible de visionner cette année dans les salles. Un scénario aux abonnés absents, des vannes qui jamais ne décollent, un casting de jeunes premiers de la classe ne sachant pas ce qu’ils font là et une photographie ne faisant même pas l’effort d’être un tout petit peu esthétique, ne relèveront jamais le long-métrage de sa nullité, des premières secondes au générique final. Pas même ce plot twist en conclusion, se voulant annonciateur d’une suite qui espérons, ne verra jamais le jour. On attendra donc Blumhouse sur des productions un tantinet plus qualitatives, sachant que ceux-ci ont prouvé avec des œuvres citées plus haut qu’ils en sont aisément capables.


A propos de Willys Carpentier

Son prénom n’est pas une référence cinéphile au Bruce que l’on connait tous, même s’il partage son nom avec son idole absolue, John. Sa passion pour le cinéma qui fait pas genre découle de celle qu’il a pour le Death Metal, elle fait peur et est pleine de saturation et d’hémoglobine et ce même si plus jeune, il ne décrochait pas de Peter Pan. Enfin, fait intéressant, il porte une haine sans égards pour Woody Allen.

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