La Malédiction Winchester


Sorti directement en e-cinema ce mois, on vous parle de La Malédiction Winchester des frères Spierig qui signent un retour timide après avoir opéré sur la résurrection de la saga Saw via Jigsaw sortie en salles l’an dernier.

Carabiné

Hormis un nanar de compétition réalisé sous la bannière de The Asylum et intitulé Haunting of Winchester House (Mark Atkins, 2009) on s’étonnera que l’histoire de la Mystérieuse Maison Winchester, comme on l’appelle, n’ait pas davantage passionné le cinéma d’horreur aux travers des âges. Car, aux côtés de la fameuse demeure de Amytiville, ce grand manoir situé à San José en Californie du Sud occupe une place prépondérante dans le folklore paranormal américain. Un peu d’histoire : La Mystérieuse Maison Winchester tient son nom d’une famille bien connue d’Amérique, puisqu’elle donna son nom à l’une des carabines les plus meurtrières de l’histoire du pays, arme emblématique de la conquête de l’Ouest puis de la Guerre de Sécession. Nombreux Amérindiens, esclaves noirs et soldats sont morts sous ses balles. La légende entourant la maison est tout bonnement indissociable de celle qui entoure sa propriétaire, Sarah Winchester, née Lockwood, épouse héritière de l’entreprise familiale après que son mari, William Winchester, ne décède d’une tuberculose fulgurante. Si l’on remonte l’arbre généalogique de la famille, beaucoup de morts violentes et inexpliquées permirent de la qualifier de famille maudite au même titre que celle des Kennedy dans notre époque moderne. Assez de coïncidences pour que Sarah Winchester se persuade que sa famille était en réalité traquée par les esprits des défunts, tombés sous les balles des carabines Winchester. C’est avec cette idée en tête qu’elle entreprit l’œuvre de sa vie, la construction d’un sanctuaire pour ses esprits martyrs qui devint cette fameuse Mystérieuse Maison Winchester et ce, dit-on, 365 jours par an, 24h sur 24 et sans jours de congés. Le ranch californien de huit pièces acquis par la veuve en 1886 demeura donc en construction ininterrompue – aménagements, agrandissements – jusqu’à la mort de Sarah en 1923. Cette histoire, fascinante, a tout d’une intrigue idéale de film d’horreur. Les histoires de maisons hantées serpentent l’histoire du cinéma, de ses origines foraines jusqu’à aujourd’hui. Aussi, ce destin de femme atypique est une matière encourageante pour un biopic. De fait, il est vraiment étonnant qu’on peine à trouver des films qui se soient penchés sur cette incroyable histoire et si vous en connaissez, votre érudition est la bienvenue en commentaire de cet article.

Devant la déferlante de film de possession et de maison hantée ces dernières années dont la saga Conjuring  (James Wan, 2013-2020) fut le déclencheur, on a tendance à se méfier des propositions qui surfent sur cette vague avec facilité. Et pour cause, le genre du film de maison hantée repose aujourd’hui sur des canevas de mise en scène si éculés que chaque tentative sent d’emblée le déjà-vu. C’est le cas ici, où la mise en scène des frères Spierig – ceux derrière le retour apprécié du tueur ingénieux Jigsaw (2017) – ne propose pas grand chose de neuf et se contente de calquer le style de James Wan avec infiniment moins d’intelligence et d’inspiration que ce dont peut faire preuve le brillant cinéaste malaisien. La Malédiction Winchester est donc un énième film à jump scare – effet tellement éculé qu’il ne parvient plus aujourd’hui à provoquer le moindre effet de surprise, ce qui est un comble – enchaînant les séquences convenues et convenables. Cette banalité du traitement cinématographique parvient toutefois à passer au second plan, si tant est que l’on s’intéresse à cette incroyable histoire vraie. Ici, cette dernière est évidemment boursouflée de fantaisies, comme dans un bon vieux classique de la Hammer, dont l’ambiance est par ailleurs convoquée aux détours de ce décor de manoir hanté très réussi et de quelques jeux de lumières qui donnent à certaines séquences une ambiance délicieusement gothique qu’on n’avait pas appréciée autant depuis Crimson Peak (Guillermo Del Toro, 2015) ou le très bon La Dame en Noir (James Watkins, 2012). Et puis, au milieu de tout ça, il convient d’éviter de dire du mal de Helen Mirren, car si la comédienne a vraisemblablement sauté sur l’occasion de s’essayer à nouveau au biopic et à un rôle de composition, elle se retrouve en réalité engoncée dans un personnage bien moins intéressant que n’aurait pu le présager et le mériter l’histoire de Sarah Winchester. Il en est de même pour Jason Clarke, acteur de seconde zone dont le nom commence à faire empreinte à Hollywood grâce à de bons choix de carrière – Zero Dark Thirty (Kathryn Bigelow, 2013) mais encore La Planète des Singes : L’Affrontement (Matt Reeves, 2014) – qui patauge comme il peut dans les dialogues marécageux de son personnage, sorte de re-convocation de l’écrivain alcoolique incarné par Val Kilmer dans Twixt (Francis Ford Coppola, 2011) et dont l’histoire personnelle, nœud de l’intrigue, est si téléphonée qu’elle peine véritablement à passionner. En outre, vous l’aurez compris, on ne s’étonnera pas de voir ce film débarquer directement en e-cinéma malgré son casting alléchant et les promesses de son sujet.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

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