Si Perrault m’était conté


Vous avez toujours rêvé de voir Claude François acteur ? L’ORTF l’a fait en 1966 avec une mini-série d’anthologie Si Perrault m’était conté. Les fidèles à leur réputation Elephant Films sont allés nous dénicher une autre rareté de la télévision française d’antan et en a fait un coffret DVD.

Les contes ne sont plus ce qu’ils étaient

Je n’ai aucun scrupule à révéler que j’admire Cloclo. Bon à part ses attitudes on ne peut plus cheloues vis-à-vis de filles un peu trop jeunes pour lesquelles il serait certainement en prison (à raison)… Le mec est quand même fascinant de disproportions, de passion et de talent dans ce qu’il faisait. Claude François est bel et bien un mythe qui en plus se paye le luxe d’être un des rares destins brisés de la chanson française. Son aura est encore intacte ou presque, et Elephant Films en profite bien pour cette année 2018 qui marque les 40 ans de la disparition du chanteur. L’éditeur, que vous connaissez plus que bien maintenant, sort de l’oubli une mini-série étonnante produite par l’ORTF (l’ancêtre des chaînes publiques, à une époque où il n’y avait qu’une seule chaîne) dans laquelle Claude – quand on l’aime on ne l’appelle que par son prénom – fait le comédien. Intitulée Si Perrault m’était conté, elle livre une vision particulière de quatre contes de Charles Perrault en quatre épisodes proposés ici en DVD. Tous sont à la croisée de la comédie musicale (on y chante à la Jacques Demy), de la comédie, et bien sûr du récit merveilleux.

Sur la première galette, ce sont les contes Cendrillon et Riquet à la houppe qui sont adaptés à la sauce 1966. Par adaptation, j’entends que le concept de la série est de moderniser singulièrement les décors du conte original, voire même d’en modifier certains aspects. Cendrillon est ainsi par exemple inversé, puisque l’héroïne est poussée par sa belle-mère et ses demi-sœurs à trouver un mari à tout prix, en accumulant les soirées mondaines assommantes. C’est en la personne de François Claude, un chanteur à la mode, qu’elle va trouver son prince charmant issu des classes populaires alors que la Cendrillon du conte s’extirpe des prolos pour aller épouser un vrai prince noble. Au-delà de cela et de la présence chantée et jouée par un Claude François qui joue comme un gamin, l’épisode manque cependant de rythme et de blagues efficaces. Quant à Riquet à la houppe, il place le personnage de prince laid au visage caché par un masque dans un monde où les fées voyagent à travers le temps et sont une espèce de syndicat-livraison à domicile…Là aussi de bonnes idées mais pas assez exploitées, et une cadence un peu vague.

Le second DVD propose deux histoires nettement plus vivantes et réussies. Le Petit Chaperon Rouge est une très drôle vision du conte sous un angle policier-vaudevillesque, avec une Jacqueline Maillan au top qui joue le rôle d’une grand-mère tombant amoureuse du « loup » (au sens figuré, en réalité un homme voleur de grands chemins). Théâtre de boulevard dans l’esprit, l’épisode a un rythme exemplaire et l’écriture efficace du style, particulièrement drôle sur le comique de répétition. Il en est de même sur le non moins surprenant Le chat botté, détourné en fable désenchanté et cruellement drôle sur l’Amour et le mariage : là où dans le conte le Chat Botté aide à marier le Marquis de Carabas, là il aide une jeune fille à épouser un aristocrate qui finira par l’ennuyer cruellement. De plus, la liberté de ton sur le rapport générationnel, fustigeant tantôt l’immobilisme des traditions et la certaine vanité de la jeunesse, est assez étonnante pour une production ORTF de 1966. Comme quoi, les idées n’ont décemment pas attendu 1968 tout à fait pour naître, malgré ce qu’on veut bien nous faire croire…

Elephant Films est allé nous chercher une rareté aux épisodes inégaux, mais qui méritent le coup d’oeil. Accompagnés par une jaquette dévoilant Claude François beau comme un prince et un livret rédigé par son biographe officiel Fabien Lecoeuvre, le coffret DVD n’a d’autres bonii qu’une galerie photos et des bandes-annonces. On aurait aimé en savoir plus sur cette mini-série fantasque, sa conception au sein de la structure rigide de l’ORTF, ou des interviews de ses créateurs (pour peu qu’ils soient encore parmi nous). Ne soyons pas ingrats et du reste remercions déjà l’éditeur d’avoir ramené à nous une pépite comme ils en ont l’habitude.

 

 


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers. Spécialiste des westerns et films noirs des années 50, il peut parfois surprendre son monde en défendant un cinéma "indéfendable" et trash.

Laisser un commentaire