Les Gladiateurs


Tout le monde se fout des péplums aujourd’hui, mais pas nos copains de Rimini Editions : la preuve avec ces Blu-Ray et DVD du superbement restauré Les Gladiateurs tourné en 1954 sous la houlette de Delmer Daves.

Fan du Christ

On a fait tout un plat de Gladiator (Ridley Scott, 2000) et il est vrai que le coup de poker était risqué. Le péplum à l’aube des années 2000, ce n’était qu’un souvenir nostalgique voire kitsch. Si on voudrait être taquins, on pourrait même avancer que rares sont les genres à avoir un lien nombre d’œuvres produites/chef d’œuvre aussi peu corrélé. Je vous prends à partie lecteur : pouvez-vous me citer cinq péplums qui ont fait date dans l’Histoire du cinéma ? Je vous dis que si vous n’êtes pas un spécialiste, vous allez devoir réfléchir. Le péplum est un genre maltraité, ayant reçu aussi bien les honneurs du spectaculaire hollywoodien le plus tape-à-l’oeil que des bisseries transalpines les plus dignes de soirées Nanarland. De là à dire que c’est un genre maudit, il n’y a qu’un pas que le succès unique de Gladiator franchit, tant son effet de mode a vite passé. Les fans du genre sont donc quasi-contraints de rester majoritairement dans les sphères de ce que l’on appelle le « Second Âge d’or du Péplum » des années 50 à 60. A cette époque le péplum a plus que le vent en poupe, et il n’est pas rare de voir que certains des plus grands réalisateurs hollywoodiens doivent s’y coller. Joseph L. Mankiewicz sur Jules César (1953), Douglas Sirk sur Le signe du païen (1954), Anthony Mann sur La chute de l’empire romain (1963)…Delmer Daves, plutôt réputé pour ses westerns mythiques comme 3h10 pour Yuma (1957) et films noirs, n’y a pas manqué non plus en tournant en 1953 Les Gladiateurs, proposé en Blu-Ray et DVD par Rimini Éditions.

Demetrius est aux yeux de Rome un extrémiste religieux membre d’une espèce de secte : c’est à dire qu’il est chrétien parmi les tous premiers adeptes du christianisme, directement sous l’égide de l’apôtre Pierre. Demetrius a la charge de conserver la tunique que le Christ a portée sur la Croix et de la préserver de l’Empire Romain. Il parvient à la cacher, mais pas à se faire choper par les centurions parce qu’il est chrétien. Il est alors forcé de devenir gladiateur…Les Gladiateurs appartient donc à cette race du « péplum chrétien » aux côtés du célèbre Ben-Hur (William Wyler, 1959) usant des codes du genre pour aborder la notion de la croyance monothéiste à bon entendeur pour le spectateur ricain de l’époque. C’est joli, sauf que la mayonnaise ne prend pas. L’interprétation de Victor Mature en Demetrius chrétien qui doute de sa foi en Dieu à cause de l’atrocité du monde (déjà bon, on est un peu sur du simpliste) est pas loin d’être mauvaise, et elle n’est pas aidée par un scénario benêt en plus de souffrir d’invraisemblances assez carabinées (mais pourquoi il essaie de s’échapper alors qu’il y a quarante putain de gardes autour de lui ?). Pour un film sur la foi, on ne croit pas à ce qui se passe sous nos yeux et c’est tout juste que le personnage de Caligula ou celui de Claude maintiennent un intérêt pour le spectateur.

Fort heureusement, Les Gladiateurs, et plus encore grâce à la restauration de Rimini, demeure un plaisir pour les yeux. Daves use du Cinémascope à merveille, magnifiant les décors, l’éclairage, avec le savoir-faire qu’on lui connaît, hérité à la fois de son aisance dans les plans larges (les paysages de ses westerns tels que L’homme de nulle part) et du style pictural des Pompiers, Jean-Léon Gérôme en tête. On pourra reprocher à l’éditeur son utilisation du réducteur de bruit qui efface le grain de la pellicule au profit d’une image à la netteté irréprochable : si c’est bien ou mal c’est un autre débat, il en reste que le visuel est magnifique en l’état. Au rayon des suppléments, Rimini la joue érudit avec deux entretiens très nourris – l’un sur la véracité historique du film, l’autre sur le rapport de Caligula aux chrétiens – et un documentaire sur la passionnante ACTA, association de recherche sur la vie et les arts martiaux de ces combattants romains. De quoi se sentir moins con le soir en se couchant.

 


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers. Spécialiste des westerns et films noirs des années 50, il peut parfois surprendre son monde en défendant un cinéma "indéfendable" et trash.

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