Mary et la fleur de la sorcière


On l’attendait avec une certaine excitation : Mary et la fleur de la sorcière promettait un univers magique allié à une animation de qualité, madeleine de Proust pour tous les amoureux de Totoro, Chihiro et leurs joyeux compagnons issus de l’imagination débordante d’un Hayao Miyazaki sur le retour. Quid de la petite sorcière engendrée par le tout récent studio Ponoc ?

Mary à l’école des sorciers

Si les nombreux studios d’animation nippons sont bien plus connus et reconnus dans leur pays d’origine pour leurs séries que leurs longs-métrages, le Studio Ghibli a su transcender un public international pour acquérir une réputation qui n’est plus à faire. Le dernier départ à la retraire de la tête d’affiche du studio a créé un renouveau dans les productions Ghibli, à l’image de l’incroyable Conte de la princesse Kaguya (Isao Takahata, 2014) ou même de la coproduction franco-belge-japonaise La Tortue rouge (Michael Dudok de Wit, 2016). Se déploient en parallèle de nombreux talents issus de studios indépendants, le Studio Chizu en tête grâce aux créations de Mamoru Hosoda (Les Enfants loups en 2012, puis Le Garçon et la Bête en 2015). S’ajoute cette année le Studio Ponoc avec son tout premier long métrage : Mary et la fleur de la sorcière. Plus que n’importe quel autre producteur de dessins animés, Ponoc marche dans les traces du mythique Ghibli, et pour cause : ce dernier a été fondé en 2015 par d’anciens collaborateurs d’Hayao Miyazaki, avec à sa tête Hiromasa Yonebayashi, connu pour avoir réalisé Arrietty (2010) et Souvenirs de Marnie (2017). C’est un tantinet perplexe que l’on découvre les premières images du premier bébé de Ponoc dont l’animation et l’univers sont particulièrement proches des productions de son grand frère Ghibli.

Mary est une gamine comme on en voit tant dans le vaste univers des animes japonais : trop énergique, très maladroite, emplie de bonne volonté et aimant s’allonger dans l’herbe verte par un bel après-midi d’été. La rouquine vient d’emménager à la campagne chez sa tante, et s’ennuie ferme en attendant la rentrée dans sa nouvelle école. En suivant deux chats à travers la forêt, elle tombe sur une fleur qui lui octroie des pouvoirs magiques pour un temps limité. Mary se retrouve malgré elle emportée vers une école de magie bâtie sur un îlot perdu dans les nuages, où elle est accueillie par des sorciers aux sombres manigances. Adaptation du roman éponyme de Mary Stewart, le pitch prometteur laisse place à une série de rebondissements prémâchés et enchaîne les deus ex machina avec une aisance parfois au-delà du raisonnable. Traitant pourtant un univers visuellement remarquable, le film préfère s’adresser au jeune public plutôt qu’à une plus large audience, et plaira sans doute aux fans du Studio Ghibli dans ses thèmes (entre autres l’exploitation animale et la magie) et son animation ô combien semblable à des œuvres mythiques. Il est toutefois logique d’assimiler le personnage de Mary à une autre héroïne de Yonebayashi, à savoir Arrietty, mais la gêne atteint son paroxysme lorsque des scènes entières font écho au Voyage de Chihiro (Hayao Miyazaki, 2002) ou encore au très proche Château Ambulant (Hayao Miyazaki, 2004). Mary et la fleur de la sorcière donne une impression de déjà-vu, et fait l’erreur de nous perdre dans le quotidien d’une gamine à la seule particularité d’être rousse plutôt que dans l’univers magique qu’il introduit le temps d’une dizaine de minutes.

Force est de constater le travail magistral accompli sur l’animation qui comble l’énorme manque du scénario. Le film s’ouvre sur une séquence des plus prometteuses et romanesques, pour passer en quelques secondes sur une introduction trop longue, trop molle, trop bavarde. Si le chara-design de Mary et son animation sont des plus réussies, les autres personnages font défaut au film par leur banalité et leur immobilité pour certains d’entre eux. L’utilisation des couleurs marque une nature luxuriante et des paysages oniriques au possible, de même que certains décors d’une beauté époustouflante. Malheureusement, il est impossible de ne pas penser à Princesse Mononoke (Hayao Miyazaki, 1997) devant les plans d’une forêt verdoyante, où même à Ponyo sur la Falaise (Hayao Miyazaki, 2008) lorsque le récit met en scène des créatures aquatiques métamorphes. Yonebayashi et son équipe ont encore un long chemin à parcourir avant de réellement pouvoir se détacher de l’ombre de Ghibli qui plane malgré tout au-dessus de leur tout jeune studio. L’ensemble ne manque pas d’un certain charme, mais ce premier film ne sait pas vraiment quelle histoire raconter, et se perd dans ses propos aussi banals que réchauffés.

C’est un premier essai peu convaincant pour le Studio Ponoc qui va devoir redoubler d’efforts pour imposer une réelle originalité dans ses créations. Nous présenter de belles forêts vertes, des explosions de couleurs et de mignons petits chats ne suffit pas à créer un contenu assez marquant pour réellement parvenir à mettre en avant un imaginaire mémorable et unique. Espérons que les années Ghibli de Yonebayashi ne continuent pas de déteindre sur son travail pourtant très prometteur à ses débuts, et qu’un jour l’élève finisse par surpasser le maître si celui-ci se décidait à se retirer pour de bon du monde merveilleux de l’animation japonaise.


A propos de Jade Vincent

Jeune sorcière attendant toujours sa lettre de Poudlard, Jade se contente pour le moment de la magie du cinéma. Fan absolue de Jurassic Park, Robin Williams et Sono Sion, elle espère pouvoir un jour apporter sa pierre à l'édifice du septième art en tant que scénariste. Les rumeurs prétendent qu'elle voue un culte non assumé aux found footages, mais chut...

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