Les frères Rico


Parce que le grand romancier belge Georges Simenon a aussi été adapté outre-Atlantique et par un réalisateur musclé en la personne de Phil Karlson, on balance notre critique des Frères Rico (1957) édité en DVD par Sidonis Calysta.

Les Trois Frères

Vous pensiez avoir vu le film de mafia ultime avec Le Parrain (Francis Ford Coppola, 1972) ou Les affranchis (Martin Scorcese, 1990), Mafia Blues (Harold Ramis, 1999) ou n’importe quel compte-rendu comptable du Parti Socialiste ou des Républicains ? Il faut savoir que le septième art n’a pas attendu ces œuvres, aussi proches ou lointaines soient-elles pour aborder le mythe de la famille italienne trempée jusqu’au cou dans le crime organisé. Dès les années 30 (forcément, la Grande Prohibition n’était alors pas si vieille) la figure du mafieux avec un nom qui se termine en « o », « i » ou « one » a fait son apparition sur grand écran. Le film noir n’a pas été en reste et un de ses plus fervents maçons, Phil Karlson, non plus. En 1957, il adapte Georges Simenon et le récit des Frères Rico que Sidonis Calysta propose en DVD.

Dans les bonii, François Guérif parle d’un réalisateur qui tourne des films noirs « carrés » : si la formule est galvaudée, pour Phil Karlson, auteur du coup de poing sans pommade L’inexorable enquête (1952), elle s’applique parfaitement. Karlson est un cinéaste du direct, voire même du sec. Pas de fougue passionnée à la Samuel Fuller, pas de doute métaphysique à la John Huston, pas d’ironie dramatique à la Billy Wilder, Karlson filme une intrigue, des corps dans l’espace qui se débattent contre le destin et surtout une violence. En l’occurrence, celle subie par Eddie Rico, troisième larron d’une fratrie baignée dans la mafia : lui seul a su rester à peu près à l’écart, en ne s’occupant « que » de la comptabilité. Mais ses deux frères sont accusés de l’assassinat d’un boss de la bande rivale et Eddie Rico va tenter de les préserver contre la moindre représaille…Les Frères Rico perd ce qu’il pourrait avoir en « plus », en film noir bon à être vu et revu (la petite touche quelconque) ce qu’il gagne en justesse dans sa démonstration : le monde mafieux est présenté comme un système clot d’où on ne s’échappe pas, et dans lequel la violence n’est qu’un élément du quotidien, une besogne faisant fi de toutes les notions familiales (paradoxalement, pour des gangsters qui ne jurent que par elle), en une véritable banalisation du Mal qui ne peut mener qu’au tragique. Mécaniquement implacable, le récit referme donc toutes les portes sur le héros avec la rigueur filmique et de narration propres à Karlson…Jusqu’à un happy end qui surprend tellement il est mal venu !

Les suppléments à une édition proposant une copie superbe du film proposent comme à l’accoutumée chez Sidonis Calysta des entretiens avec plusieurs têtes pensantes du septième art. Sur cette galette, c’est François Guérif, Patrick Brion et le grand Bertrand Tavernier qui s’y collent pour notre plus grand plaisir.


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers. Spécialiste des westerns et films noirs des années 50, il peut parfois surprendre son monde en défendant un cinéma "indéfendable" et trash.

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