Back Against the Wall


James Fotopoulos est quasiment inconnu en France, mais devrait l’être davantage. Preuve en est avec son Back Against The Wall (2002), marquant film expérimental à la croisée des chemins entre le cinéma indépendant américain et un univers irréel à la David Lynch.

Un seul être vous manque…et tout est chelou sa mère

De temps en temps la rédaction de Fais Pas Genre aime bien mettre en lumière des œuvres obscures, non pas par le talent mais pas leur visibilité ou leur aura. Au travers de pérégrinations dont certaines doivent être cachées pour des raisons de bienséance, votre serviteur est tombé sur un travail singulier, plutôt « interloquant ». James Fotopoulos est un réalisateur américain expérimental de 42 ans avec plus de 100 projets à son actif, autant dans le cinéma que dans l’art vidéo. S’il a déjà pu montrer son taf au célèbre MoMA ou encore à l’inévitable Festival de Sundance, il est pour ainsi dire inconnu en France et il faut dire que c’est dommage car ses réalisations sont plus intéressantes et dignes d’intérêt que d’autres bonnes femmes et bonshommes ayant pignon sur rue. Beaucoup de ses travaux d’art vidéo sont difficiles à décrire : Fotopoulous travaille avant tout la forme avec un grand soin, privilégiant souvent la pellicule. Au-delà, c’est un tritureur de la narration au sens propre du terme, qu’il dérange et secoue dans des proportions intrigantes.

En 2002, Fotopoulos et sa boîte Fantasma Inc. tournent Back Against The Wall qui malgré son âpreté et son côté expérimental mérite particulièrement le détour. A l’image de certains autres longs-métrages de notoriété tels que Le Miroir (Andreï Tarkovski, 1975) ou Rebecca (Alfred Hitchcock, 1940), le film de Fotopoulos joue avec la notion de personnage principal. Là où chez Hitchcock, l’intrigue est basée sur une absente et inconnue (Rebecca, pour ceux qui suivent) et que chez Tarkovski nous ne voyons jamais le visage du protagoniste principal/voix-off à l’âge adulte, Back Against The Wall suit la trajectoire de son héroïne June à travers le point de vue de trois hommes qui partagent sa vie l’un à la suite de l’autre. Plus qu’un simple récit sur une existence, le long-métrage est davantage la description de comment June impacte la vie de ses concubins, et ce de manière assez dark.

Back Against… nous fait traverser un univers glauquissime aux confins du fantastique voire du thriller psychologique, de névroses en névroses : June est un personnage paumé mais égoïste qui entraîne dans la folie le premier homme qui semble l’aimer vraiment. Par la suite, elle est manipulée par une espèce de gangster à la petite semaine qui la fait plonger dans le monde de la nuit, puis dans les drugs et accessoirement la pornographie plus ou moins amateur. Au bout du gouffre, June se jette finalement dans les bras d’un personnage inoubliable et grotesque, sorte de goret ubuesque et tyrannique reclus dans sa chambre d’hôtel, qu’elle repoussait pourtant en début de long-métrage mais qui devient sa seule et détestable solution pour ne pas finir juste toute seule. Dans un noir et blanc angoissant et granulé dû au 16 mm ou un travail sonore noisy que ne renierait pas David Lynch, Fotopoulos livre une vision terrifiante de la solitude et du rapport amoureux contemporains, marquante autant qu’elle semble cruelle, vraie, et aussi cyniquement drôle. Evidente tragi-comédie à l’humour très noir, riche aussi bien dans sa plastique que par le traitement évoqué, Back Against The Wall et le travail plus large de James Fotopoulos méritent d’être découverts, pour les curieux les plus cinéphiles…A l’aise avec l’anglais, puisque seul un DVD Zone 1 existe.

MAJ 12/03/2018


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers. Spécialiste des westerns et films noirs des années 50, il peut parfois surprendre son monde en défendant un cinéma "indéfendable" et trash.

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