God Bless America


Vous vous souvenez de Zed dans la saga Police Academy ? Le loubard qui avait un cri suraigu? Eh bien figurez-vous que ce mec s’appelle Bobcat Goldthwait (rien à voir avec les chariots élévateurs), et qu’il est assez célèbre aux États-Unis pour les satires de la société américaine qu’il glisse dans ses films ou ses spectacles. Cette année, il livre une pépite baptisée God Bless America  : une comédie dramatique sur la connerie humaine, et un homme qui décide de la combattre disponible dans le catalogue Outbuster.

Le meilleur des mondes possibles

En 2012, Ted (Seth MacFarlane,2012) remportait haut la main son statut de comédie de l’année, or, il se trouve qu’un autre film, tout aussi drôle et réussi mais dans un autre registre, était sorti le même jour que le film avec Mark Wahlberg et un ourson et était donc passé totalement inaperçu : il s’agit de God Bless America de Bobcat Goldthwait. Un long-métrage dans lequel Joel Murray (le frère de Bill) endosse le rôle de Frank, un homme dont la vie est aussi vide que les couilles de DSK après une soirée peignoir avec sa femme de ménage. Divorcé et au chômage, ce qui fait quand même déjà beaucoup niveau vie de merde, il apprend qu’il a une tumeur au cerveau. N’ayant plus rien à perdre, il va se lancer dans une grande aventure : tuer les personnes les plus bêtes et les plus méchantes qu’il croise. Bien vite, il sera rejoint par Roxy, une ado un peu rebelle qui compte bien lui donner un coup de main. God Bless America aurait pu être un excellent mockumentary. Il aurait pu. Au lieu de ça, il opte pour une apparence plus traditionnelle du film de fiction, et ça fonctionne à merveille. Le film démarre sur les chapeaux de roues : après une minute trente, à peine, Frank débarque chez ses insupportables voisins et les bute, tous les trois. Le mec, la nana, et le bébé, que cette dernière brandit devant Frank comme pour lui demander pitié. Ça se règle rapidement, avec une bastos dans le crâne du petit con qui ne cesse de chialer sa race à longueur de journée. Ils l’auront bien mérité. Le ton est donné dès le début, God Bless America est un film qui tape sur les cons, les casse-couilles et les gens bêtes et méchants. Autant dire que d’un point de vue cathartique, ça fait du bien. Ça fait du bien, parce qu’il y en a marre des cons. Qui n’a jamais dit, en parlant de son connard de voisin, celui qui fait du bruit à des heures indues et qui gare sa bagnole devant chez nous, « je vais le buter » ? Qui n’a jamais pensé, en voyant les pubs pour Secret Story, que si l’on ajoutait une chambre des tortures dans la maison il commencerait à regarder ? Qui n’a jamais voulu faire souffrir lentement les petites pétasses de 15 ans de Mon Incroyable Anniversaire, qui ont déjà trois voitures mais que la quatrième qu’on vient de leur offrir est bleu ciel et pas bleu marine, comme elles le désiraient ? Quand vous êtes devant votre télé et que vous subissez les pubs de ces conneries, vous vous sentez un peu comme Bruce Banner, mais sans la transformation, malheureusement. Goldthwait, lui, met tout ça en images, et de façon plutôt maligne.

Le meurtre du bébé, chose impensable dans le cinéma américain, même aujourd’hui, est mis en scène de façon très drôle (avec un petit clin d’œil à Pulp Fiction, d’ailleurs). En ouvrant le film de cette façon, le scénariste/réalisateur annonce que la violence dans son récit sera un moyen de se défouler complètement, donc de garder la bonne humeur, donc de faire rire. Et ça fonctionne très bien ! Il serait indélicat de donner quelques exemples, pour éviter de spoiler, mais Goldthwait réussit pleinement son pari. Ce qui donne de la valeur ajoutée à sa réussite, c’est que le film est dénué de tout discours politique (ou presque) : des abrutis, il y en a partout, à gauche, à droite, au centre… Et God Bless America nous le fait comprendre s’attaquant plutôt aux relations entre les humains. Frank, un personnage qui a subi son existence jusque-là, un innocent, un gentil, un Candide, prend conscience que le monde qui l’entoure est devenu bête et méchant, et c’est à ça qu’il s’attaque. A l’individualisme, dans le sens égoïste du terme, qui règne en maître sur la terre. Et c’est là qu’intervient parfaitement l’image de Candide : tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais en apparence seulement. Si tout va si bien, c’est parce que plus personne ne s’écoute. Alors quoi de mieux que remuer la merde pour faire de ce monde ce qu’il a été à une époque pas si lointaine ? God Bless America est sorti aux USA deux mois et demi avant la tuerie d’Aurora, et en France deux mois et demi APRÈS. Je ne peux m’empêcher de faire le lien, pour une raison qui m’échappe. Peut-être est-ce parce que Bobcat Goldthwait, à travers son film, souhaite combattre la violence par la violence. Pour revenir à un propos plus innocent, à l’image de Frank. « Aimez-vous les uns les autres, bordel de merde ». En fait, le fond de God Bless America, c’est de pousser les gens à la gentillesse. « -Pourquoi tu as tué Chloe ? –Elle n’était pas très gentille ». En une seule réplique, tout le fond du problème est là. Évidemment, les cibles seront élargies ensuite à plein d’autres catégories de personnes insupportables, en exagérant toujours un peu trop, comme lorsque Roxy dit qu’il faut tuer toutes les personnes qui se font un high-five, ou ceux qui s’appellent « bro’ » entre eux. Et lorsque le script exagère un peu, c’est justement parce que Goldthwait accepte, et met en scène avec humour, le fait qu’il soit lui-même intolérant avec les personnes intolérantes.

Le film, malheureusement, pêche un peu par son habileté à dire un peu trop souvent: « hey, regardez, je suis politiquement incorrect ». C’est vrai, en effet, mais il n’y a pas tellement d’intérêt à insister là-dessus. On pardonnera toutefois ce petit problème, qui dérange quand même un peu, mais on prend tellement notre pied à voir ces abrutis se faire dézinguer par nos Bonnie & Clyde modernes (encore un film que cite Goldthwait, surtout dans son final) que ça revient à gâcher le plaisir. Et puis, le message contenu dans Candide n’était-il pas: « L’utopie n’est pas faite pour l’homme » ?


A propos Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *