Château de Rêve


Dans la foulée de l’exposition/rétrospective à la Cinémathèque Française, Lobster Films édite des raretés de la carrière de Henri-Georges Clouzot dans une petite collection qui lui est toute dédiée. Même si Château de rêve est une comédie, on fait une entorse à la ligne éditoriale pour vous parler du DVD et surtout de son bonus, le curieux et genresque court-métrage La terreur des Batignolles.

Suicide de boulevard

J’ai déjà poussé mon coup de gueule, alors je vais m’en abstenir dans les grandes lignes : il était quand même temps qu’on replace Clouzot au niveau des honneurs qui lui sont dus. On est tous d’accord ? Bon, alors on peut se concentrer sagement sur les travaux les moins connus de la carrière du bonhomme, entre les collaborations, les inédits…Aussi bien derrière que devant la caméra, Henri-Georges Clouzot a été très actif avant même la réalisation de son premier long-métrage L’assassin habite au 21 (1942, ça nous rajeunit pas). Lobster Films fait un travail d’archiviste (à noter, tant le support de base est parfois détérioré et travaillé autant que possible par l’éditeur) en allant chercher ces travaux « Clouzot avant Clouzot » avec une collection faisant de l’œil aux admirateurs du cinéaste. A la rédaction, nous nous sommes concentrés sur l’édition DVD de Château de Rêve, notamment parce qu’elle propose également le premier court-métrage de Clouzot en tant que réalisateur seul, La Terreur des Batignolles.

Château de Rêve (Géza von Bolváry, 1933) est sorti près de dix ans avant L’assassin habite au 21. A la vision, c’est une comédie théâtre de boulevard transposée au cinéma avec son lot d’intrigues amoureuses et de quiproquos autour de la figure compliquée d’un Prince qui ne veut pas avouer qu’il l’est lors d’un tournage de cinéma. Récit sympathique mais oubliable, si on ne remarque pas les curieuses accointances que le film entretient avec ce que sera le cinéma de Clouzot plus tard. Bien qu’il ne soit crédité qu’« en charge de la version française » d’une production franco-allemande (et qu’il ait de ce fait tourné des séquences également) et que le scénario ne soit pas du tout de son fait (rédigé par Hans Heinz Zerlett, rien à voir avec le ketchup), il est étonnant de voir comme Château de Rêve correspond en fait bien à Clouzot. Il faut rappeler que ce dernier a débuté dans le théâtre de comédie, ce qui se sentira particulièrement dans Miquette et sa mère (1950) et surtout constater que Château… est une satire de la classe bourgeoise (le milieu du cinéma) des faux semblants et des rapports de classe…Comme en partie Le Corbeau (1943), pour ne citer que lui.

La Terreur des Batignolles tourné en 1931 et proposé en bonus avec une présentation de Serge Blomberg porte la marque de son auteur encore, même si à nouveau ce n’est pas Henri-Georges Clouzot qui a signé le scénario écrit par Jacques de Baroncelli. Dès les premiers plans, ceux de l’entrée d’un cambrioleur dans une demeure alors encore vide, une lumière expressionniste alourdit le ton et les mimiques de comédie avec un visuel qui tutoie le fantastique gothique ou le film noir le plus tranchant style Les Diaboliques (1954). Puis c’est la trame globale de court-métrage d’un quart d’heure qui épouse les contours d’une comédie très noire, avec ce cambrioleur bloqué dans la maison de ses victimes qui s’apprêtent à se suicider sous ses yeux et avec lui. Humour noir, dialogues ciselés, ironie, bassesse et lâcheté de l’être humain : y a pas de doute on est bien dans un film traversé par les thèmes ténébreux de Clouzot.

 


A propos Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.

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