Brigsby Bear


Conçu par les membres du célèbre Saturday Night Live, Brigsby Bear est une déclaration d’amour au cinéma qu’un Michel Gondry n’aurait pas reniée. Critique du film-conte geek de Dave McCary.

Cinema Paradiso

Le cinéma est un art qui se nourrit particulièrement de lui-même. Il n’a pas hésité à s’auto-lancer des déclarations d’Amour au travers de films référentiels ou avec des personnages transpirant la cinéphilie. Le long-métrage qui nous occupe aujourd’hui est un véritable éloge au septième art doublé d’une tendresse toute geek teintée de nostalgie et donc bien dans l’air du temps. En l’occurrence Brigsby Bear, est bel un bien une de ces œuvres amoureuses, mais au statut paradoxal de poème dédié au cinéma qui ne sort…Qu’en VOD, malgré le fait qu’il ait marqué les esprits au Festival de Sundance.

James a été kidnappé et séquestré toute son enfance. Il est libéré par une opération de police lorsqu’il n’est qu’un jeune adulte ne comprenant pas ce qui lui arrive puisqu’il croit que ses geôliers sont ses vrais parents… Il ne comprend surtout pas car cette séquestration s’est construite de la plus douce des formes. Ses kidnappeurs n’ont jamais fait de mal à James, ils l’ont au contraire élevé dans un foyer de tendresse et de compréhension…Le seul hic, c’est qu’ils lui ont menti toute sa vie en lui disant que le monde extérieur était contaminé, post-apocalyptique, et que pour sa sécurité il devait rester cloisonné. La folie de ces parents est allée jusqu’à créer de toutes pièces une série télévisée qu’ils tournaient eux-mêmes, pour remplir les buts d’éducation et de rêverie nécessaires à chaque enfant : en effet, comment continuer à lui mentir sur le monde si James a accès aux programmes et aux chaînes « normaux » ? C’est ainsi que James est devenu un fou de Brigsby, ours intergalactique qui vit des aventures dignes de Star Trek écrites et réalisées par son « papa ».

« Libéré », James est inadapté à l’univers contemporain et surtout Brigsby lui manque. Grâce à sa sœur nouvellement rencontrée et à des amis qu’il arrive à se faire, James se lance dans le pari de réaliser en auto-production totale le premier long-métrage Brigsby comme une tentative inconsciente de recréer un lien avec ses « bourreaux » de faux parents qu’il aimait pour de vrai…Brigsy Bear est un conte sur la filiation et la relative qualité des liens du sang : James est plus proche des gens qui l’ont élevé, d’ailleurs montrés avec une gentillesse sans égale (le père joué par Mark Hamill a plus l’air d’un doux dingue pétri d’Amour que d’un séquestreur de gamin) que de ses parents biologiques. Mais c’est aussi et surtout un chant d’éloge au cinéma en tant qu’usine à rêve. Ces personnages de parents qui créent un monde entier pour préserver leur aimé ou ce James aspirant cinéaste sont autant une allégorie du phénomène geek (de nombreuses références culturelles sont émaillées à travers le récit) que du côté fou et démiurgique de chaque créatif. Qu’il soit écrivain, cinéaste, peintre, un artiste est avant tout quelqu’un pour qui le monde ne suffit pas et qui a besoin de s’en inventer un. A mi-chemin entre le Michel Gondry de Soyez sympa, rembobinez (2008) et Good Bye Lenin (Wolfgang Becker, 2003) perd en originalité absolue (puisqu’on pense beaucoup à d’autres films) ce qu’il gagne en émotion et en justesse dans le jeu et la mise en scène. Encore un joli ouvrage qui n’aurait pas démérité de sortir en salles…


A propos Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.

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