Metropia


Métropia, long-métrage d’animation – pour adultes – de Tariq Saleh (Le Caire confidentiel, 2017) sorti en 2009 a connu son petit succès dans une multitude de festivals, notamment celui de Gerardmer. Sa présence dans le catalogue Outbuster est l’occasion pour nous de revenir sur ce discret petit film d’anticipation à la Ray Bradbury.

Le Conte de la Creep

Dans un futur très proche, en 2024 et une Europe grise et poussiéreuse sans une goutte de pétrole, un grand groupe, Trexx, assure la survie du Vieux Continent en reliant tous les métros ensemble – et franchement, qui ne rêve pas d’aller de Paris à Stockholm en 45 minutes ? – rappelant le Subway de Kontroll (Nimrod Antal, 2003). Nous faisons connaissance avec le personnage de Roger (dont la voix est celle de Vincent Gallo), téléopérateur, petit gars tout ce qu’il y a de plus normal, qui refuse de prendre le métro pour se rendre sur son lieu de travail et reste un irréductible Suédois ne conduisant qu’un vélo, peu importe le temps qu’il fait. Roger n’est pas un très bon téléopérateur, soupçonne sa femme – fan d’Hello Kitty – de le tromper avec Karl, qui fait de l’appropriation culturelle avec ses dreadlocks alors que c’est un blanc bec de finlandais. Bref, il est loin d’être épanoui dans sa vie professionnelle, comme dans sa vie privée. Du jour au lendemain, il entend une voix qui exacerbe sa paranoïa, déjà bien présente au quotidien, l’obligeant à prendre le métro, jurant que personne d’autre que lui ne l’entend. Roger et la petite voix suivront alors une jeune femme ressemblant trait pour trait à l’égérie du shampoing antipelliculaire qu’il utilise. Il s’avérera que cette jeune femme cherche l’aide de Roger et ensemble ils se perdront dans les couloirs du tentaculaire métro européen, faisant connaissance avec les méchants dirigeants du monde (dont le Cardinal de l’église du climat, gourou des climatologues) et assisteront au plus grand complot jamais organisé. Celui de la prise de contrôle de chaque Européen grâce au fameux shampoing antipelliculaire répondant au joli nom de « Invoice », qui en plus de donner des pellicules (sinon on n’en rachèterait pas), est composé d’un ingrédient qui rentre dans le cerveau, par le cuir chevelu, et permet ainsi de prendre le contrôle de la personne, grâce à une petite voix émanant d’un téléopérateur. Ainsi la voix dans la petite tête de Roger n’était donc pas sa conscience et si c’est un peu tiré par les cheveux (je me suis cassé les fesses pour essayer de placer ce jeu de mot, j’espère que vous appréciez), le spectateur finit également par se perdre dans les méandres, non pas du métro, mais des dialogues intérieurs dont on ne sait plus s’ils émanent de Roger ou de son téléopérateur. Franchement bavard, le film fatigue et s’épuise dans le dernier quart, prenant soudainement une intrigue terroriste assez prévisible. Mais Métropia se présente comme un conte, et tout est bien qui finit bien pour notre personnage principal qui retrouve sa femme, sous la neige, après cette longue journée bien chargée.

Il est difficile aujourd’hui, après les romans de George Orwell, les anthologiques X-Files et la déjà culte Black Mirror, d’offrir aux spectateurs des scénarios originaux et de renouveler le genre futuriste. Devant l’offre actuelle, on ne peut pas blâmer Metropia de ne pas nous surprendre. La réalisation et le design des personnages numériques, rappelant parfois Tim Burton lorsqu’il ne se s’auto-parodiait pas encore, évoluant dans un décor réel, restent agréables à regarder et le casting de voix célèbres, de Vincent Gallo à Juliette Lewis, tirent vers le haut ce petit film d’animation, mais nous ne parvenons néanmoins pas à oublier un de ses pré-décesseurs dans ce domaine, Renaissance de Christian Volckman (2006), dont l’action se passe dans un Paris futuriste et gouverné par une grande multinationale. Les personnages ne surprennent pas, ont tous une fonction bien définie, de la femme fatale au grand méchant dirigeant en passant par le héros qui l’est par hasard. Rien de nouveau sous la lune en somme. Mais, toutefois Metropia reste un film intéressant lors d’une rétrospective Fox Mulderienne en compagnie de vos Lone Gunmen à vous. Car n’oubliez pas, comme l’aurait dit Mulder : Le gouvernement nous ment et la vérité est ailleurs.


A propos de Angie Haÿne

Biberonnée aux Chair de Poule et à X-Files, Angie grandit avec une tendresse particulière pour les monstres, la faute à Jean Cocteau et sa bête, et développe en même temps une phobie envers les enfants démons. Elle tombe amoureuse d'Antoine Doinel en 1999 et cherche depuis un moyen d'entrer les films de Truffaut pour l'épouser. En attendant, elle joue la comédie et a écrit un mémoire de recherche s'intitulant "Du masque neutre au masque numérique - Le corps de l'acteur à l'ère de la capture de mouvement", et le titre en jette plus que le contenu !

Laisser un commentaire