Les maîtresses de Dracula 1


Elephant Films ne déroge pas à sa propre exigeante règle et livre un beau combo Blu-Ray/DVD/livret autour du deuxième film vampirique de la Hammer, Les maîtresses de Dracula. Ce, à l’orée d’une nouvelle collection dédiée à la maison de production british.

Harem

La Hammer, ce mythe qui a fait naître la chanson If I had a hammer reprise par Claude François…Je déconne c’est un troll complet, mais il n’empêche que la Hammer est vraiment un mythe du cinéma fantastique, pour ne pas dire du cinéma mondial. A la fin des années 50, le genre est moribond d’avoir été usé jusqu’à la corde notamment par la Universal. Cette dernière a fait quelques-unes des plus belles œuvres fantastiques de l’histoire du cinéma, mais les a tellement défoncées par les suites et autres cross-overs (quelqu’un a parlé de Frankenstein rencontre le loup-garou ?) que le public s’en est lassé. Lorsque le roman de Mary Shelley tombe dans le domaine public, une société britannique appelée la Hammer compte se faire un peu de thune avec une nouvelle mouture de Frankenstein. C’est bingo, le début d’un partenariat avec Universal et la Hammer réactualise du coup chacun des grands mythes du studio…Elephant Films lance en 2017 une belle collection qui nous permet de découvrir parmi ces refontes  une  dizaine de  titres Hammer en coffret groupé et également en combo DVD/Blu-Ray/livret unitaire avec des artworks TOUS très cools, à la fois expressionnistes et minimalistes.

Dracula, monstre emblématique de la Universal sous les traits de Bela Lugosi, n’a pas échappé à la règle du lavage hammeresque. En 1958, Terence Fisher engage Christopher Lee pour le vampire, Peter Cushing pour Van Helsing, créé du coup deux personnages dans Star Wars (le Comte Dooku et Tarkin) mais surtout révolutionne le game avec Le cauchemar de Dracula et son atmosphère gothique et vénéneuse. Succès populaire incontestable, il engage une suite…Sans le personnage de Dracula. Les maîtresses de Dracula est en effet la suite directe du premier métrage et sans vouloir spoiler, bah évidemment oui il ne peut plus y avoir Dracula. Nous suivons une jeune professeure en devenir qui doit prendre un poste en Transylvanie, rencontre un baron vampire  dont elle tombe amoureuse parce qu’elle ne sait pas que c’est un suceur de sang, mais croise le Docteur Van Helsing qui continue sa traque et va devoir la rencarder un peu…The Brides of Dracula est un exemple  de ce qui à mon sens représente la limite de la qualité je dirais analytique d’un film comparé à son plaisir de vision. Les maîtresses...est brillant par sa mise en scène et son visuel éblouissant l’est d’autant plus avec la sublime restauration opérée par Elephant Films. La symbolique disséminée tout au long du récit sur les notions de dualité homme-animal/bien-mal, de sexualité en termes notamment psychanalytiques (rapport à la pulsion, à la mère, à la « contamination » de jeunes filles à la chaîne…), est d’un érotisme toujours troublant, d’une richesse intellectuelle et sensuelle profonde, mettant en lumière l’ambiguïté de l’âme humaine avec une beauté toute gothique. La patte Fisher garde son actualité et son acuité sur l’attraction-répulsion qui caractérise l’attrait du spectateur pour le fantastique…

Toutefois il faut avouer que cet intérêt, aussi fort soit-il, ne doit pas éclipser les défauts de ces œuvres, qu’importe les textes inspirés de critiques, d’historiens du cinéma ou cinéastes. En tant que spectateur on ne peut que constater que Le cauchemar de Dracula et Les maîtresses de Dracula souffrent chacun d’un problème de scénario majeur : une absence singulière de tension globale, un lourd problème de rythme. Pour des travaux fantastiques, le récit pêche à maintenir l’intérêt, plombé par de trop longues scènes de dialogue qui ne collent pas à une atmosphère qui se veut angoissante. Sur Les maîtresses…, on a même trop de pas de côte humoristiques (cette séquence du docteur autochtone qui se fait sa potion pour ne pas tomber malade…à dix minutes de la fin du film !)…Ces deux œuvres de la Hammer inspirent l’adhésion pour leur plastique et leurs moments de bravoure au détour de certaines scènes, mais on ne peut décemment les qualifier de chef-d’œuvres narratifs. Qu’elle que soit la richesse symbolique de la chose…

Elephant Films signe une édition parfaite sur la base d’une restauration magnifique (on l’a déjà dit mais ça fait pas de mal). En bonus, le critique cinéma Nicolas Stanzick propose un livret, L’éternel retour de Dracula, Frankenstein & Co., et un entretien pour présenter l’histoire de la Hammer mais aussi une analyse très complète du film. Yvonne Monlaur (qui joue la protagoniste principale) se prête également au jeu de l’entretien-souvenir et de la lecture d’une critique éloquente parue lors de la sortie des Maîtresses de Dracula dans Midi Minuit Fantastique. Tous ces suppléments en font une des meilleures sorties d’un éditeur qui ne nous déçoit jamais.


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.


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