Entretiens avec Brian De Palma (Livre)


Carlotta édite un coffret DVD-livre dédié au cinéaste Brian De Palma avec de belles restaurations évidemment, mais aussi en rééditant et mettant à jour un livre d’entretiens passionnant sur lequel Fais Pas Genre se concentre ici.

Brian le paria

Ces dernières années Carlotta a particulièrement gâté le cinéphile, via des éditions de prestige et autres coffrets parmi lesquels un Hitchcock dont je dévore les restes avant de vous en parler. Alors que l’éditeur vient ou presque de sortir deux travaux du Signore tels Body Double ou Phantom of The Paradise, Brian de Palma est remis à l’honneur via un coffret collector alléchant. Au menu, remasterisation en DVD de Blow Out, Pulsions, Furie, et Obsession, Body Double, et Phantom of the Paradise soit pas les films les plus pourris de sa filmographie. Mais également un livre d’entretiens menés par le journaliste du Monde Samuel Blumenfeld et le scénariste Laurent Vachaud (Arsène Lupin, Les femmes de l’ombre) qui est plutôt sur-kiffant.

Ce livre a été publié pour la première fois en 2001, soit peu après la sortie de Mission to Mars. L’excellente idée de Carlotta est de proposer une actualisation très complète de l’ouvrage en 2016-2017 qui permet de traiter vraiment toute la carrière cinématographique de De Palma. Non pas que la décennie 2010 soit la meilleure du bonhomme (quoi que, Redacted est certainement un de ses longs-métrages les plus sous-estimés), il n’empêche qu’un ouvrage qui se veut somme se doit de tout épouser. Et c’est là ce qui rend ce livre inestimable pour quiconque bien sûr appréciera – ou du moins s’intéressera – au travail du cinéaste. Délaissant la langue de bois, De Palma y apparaît critique sur ses collègues du cinéma, ainsi que sur le système hollywoodien dans lequel il s’est toujours senti paria, mais enfin critique aussi de lui-même, en même temps qu’il livre son point de vue personnel sur des sujets aussi divers que le porno ou les jeux vidéos. Il tacle avec malice les comparaisons entre son cinéma et celui de Hitchcock, canevas il est vrai assez réducteur même si de mon propre aveu je ne peux m’empêcher de considérer certains films de De Palma comme ce que Hitchcock aurait donné dans un porno soft des eighties… Ce qui est à mes yeux un compliment, évidemment. Le réalisateur se livre irrévérencieux et profondément libre, exigeant vis à vis du cinéma et de son propre travail plus attachant que jamais à ceux qui partagent son point de vue, irritant pour ceux qui nourrissent une idée contraire, car De Palma est quelqu’un a l’image de ses plus beaux films : clivant, très clivant.
Force anecdotes et témoignages de Brian éclairent sur sa carrière, ses rencontres, ses méthodes, dans un maelstrom convoquant le cinéma de manière générale sa théorie, sa pratique mais aussi son lien avec la grande conjecture que le réalisateur a vécu en côtoyant les cinéastes du Nouvel Hollywood. Mine d’or et ouvrage de référence pour les depalmaphiles, il est juste dommage que les interviewers ne soient pas du niveau polémique de leur sujet, même si, il est vrai, ils se permettent de ponctuelles incartades… Ne soyons pas trop difficiles, et plaçons ni plus ni moins ce livre d’entretiens sur notre table de chevet, à côté de notre Bible, de notre boîte de capotes, et du Télé 7 Jours.

 

 

 


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.

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