Thor : Ragnarok


Surfant sur la vague rétro initiée par Les Gardiens de la Galaxie – Vol.1 (James Gunn, 2014), Thor : Ragnarok (Taika Waititi, 2017) est venu réveiller le Marvel Cinematic Universe (MCU) et confirmer au passage le virage artistique pris ces derniers temps par cet univers partagé.

Le Choc des Titans

Après le succès critique et artistique des deux volumes des Gardiens de la Galaxie (James Gunn, 2014-2017) et l’amorce d’un univers Marvel étendu cette fois aux galaxies et dimensions parallèles avec le mitigé Doctor Strange (Scott Derickson, 2016), le boss Kevin Feige avait prévenu : le MCU allait s’engager davantage dans le space-opera et se démarquer d’autant plus de la noirceur de son opposant DC Comics en affichant sa cool-attitude pop. Lorsque le troisième volet des aventures de Thor – super-héros le plus ridicule et inconsistant de la bande des Avengers – fût annoncé, on s’attendait naturellement à revoir l’une de ses adaptations shakespeariennes ennuyeuses. Hors, nos papilles se sont éveillées quand, enfin, on nous annonça un réalisateur et un pitch. Car oui, chez Fais pas Genre, le seul nom de Taika Waititi nous fait frémir les zygomatiques. Réalisateur du génial mockumentary Vampires en toute intimité (What we do in the Shadow, 2014) et du toujours inédit chez nous Hunt for the Wilder People (2016), ce jeune néo-zélandais est considéré depuis 2007 comme l’un des grands espoirs du cinéma mondial, après que son nom se soit retrouvé dans la fameuse liste des « 10 nouveaux réalisateurs à suivre » publiée chaque année par Variety. Avec son style si particulier, son humour décalé, l’arrivée de Waititi sur la franchise Thor avait de quoi surprendre, d’autant plus qu’on nous promettait un « buddy-movie réunissant Thor et Hulk, dans un univers de space-opera ». Tout un programme.

Fort heureusement, le film est largement à l’image de ce que l’on nous avait annoncé. Son ambition ? Réunir deux des plus puissants Avengers dans un même récit avec pour objectif de les réinventer, de leur donner un second souffle. Il faut dire que l’écurie Marvel ne semblait plus savoir quoi faire de ces deux personnages. Depuis Avengers : L’Ere d’Ultron (Josh Whedon, 2015), la créature verte avait tout simplement disparue des radars, volatilisée dans l’espace à bord d’un vaisseau. Quant à Thor, il avait passé la majeure partie du même film à faire bande à part, des visions de son royaume dévasté lui occupant l’esprit et préparant le terrain de l’arc narratif de ce troisième volet. Au commencement de ce nouvel opus, Thor découvre que son royaume, Asgard, est en danger. La disparition de son père Odin et le retour de sa sœur cachée Hela lui font craindre le Ragnarok, soit la destruction totale de son royaume. Très vite, il va devoir se confronter à la puissance d’Hela qui le confronte et va jusqu’à briser son fameux marteau. Son royaume en perdition, Thor échoue sur une planète nommée Sakaar, sorte de décharge à ciel ouvert sur laquelle règne un individu extravaguant que l’on nomme Le Maître (génial Jeff Goldblum) dont le passe-temps favori est d’organiser des combats de gladiateurs. Kidnappé par une guerrière, Thor va être forcé de combattre dans l’arène. Mais il ne s’attendait pas à devoir le faire contre son vieux collègue de travail : le géant vert, Hulk.

Si le pitch de Thor : Ragnarok semblait d’abord présager d’un high-concept movie (soit, « Thor qui se bat contre Hulk ») le film surprend par sa faculté à dynamiter l’univers du Dieu Asgardien pour en réinventer totalement la légende. Sans vous en dévoiler les tenants et aboutissants, ce troisième volet fait presque office de reboot tant il fait drastiquement évoluer ce super-héros dont tout le monde était d’accord pour dire que les films solos étaient de loin les plus faibles de l’univers cinématographique Marvel. Qu’on se le dise, il n’existe tout bonnement aucun autre exemple comparable dans tout le MCU, d’un personnage évoluant de manière aussi importante, en un seul long-métrage. Waititi réussit donc à compléter l’ensemble d’un cahier des charges particulièrement casse-gueule : transformer le sérieux éprouvant de l’univers de Thor en un délire pop, coloré et légèrement kitsch – on pense souvent à l’univers de Flash Gordon (Mike Hodges, 1980) – mais encore ré-inventer deux personnages délaissés et enfin préparer le terrain à l’arrivée prochaine de la grande réunion de famille que sera Avengers : Infinity War (Joe & Anthony Russo, 2018).


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.

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