Les Rôdeurs de la Plaine


Don L’inspecteur Harry Siegel dirige Elvis Presley dans un western progressiste édité en Blu-Ray par Sidonis Calysta : Les Rôdeurs de la Plaine. Le résultat est assez à la hauteur du travail intéressant du réalisateur et complètement à celui du boulot soigné de l’éditeur…

La mort en chantant

Je ne vais pas vous refaire le chapitre, mais si vous êtes lecteur assidu (autres que mes proches ou ma chère compagne qui lisent pour me faire plaisir) vous avez déjà lu ici, le nom de Don Siegel. Cinéaste particulièrement suivi par votre serviteur, il est célèbre pour au moins plusieurs œuvres (L’inspecteur Harry évidemment) mais a aussi tourné des bobines marquantes comme La ronde du crime, film noir nerveux qui préfigure, soit dit en passant, la course poursuite suicidaire de French Connection des années plus tard. Chez Siegel, on est plutôt dans du muscle, de la tension, dans de la sueur : a priori le western semble donc fait pour lui. Le western oui…Mais Elvis Presley ? A ma propre surprise, la trogne de l’éternel beau gosse au casting d’un Siegel est en effet apparue sur l’écran de télévision. Ce n’est pas si « surprenant » en fait, car en ce temps-là, (1960) le Roi du Rock drivé par son célèbre Colonel tente de percer l’écran, la plupart du temps dans des comédies musicales. Rien qu’en cela, l’édition DVD et Blu-Ray chez Sidonis Calysta des Rôdeurs de la Plaine, figure d’exception dans la carrière du chanteur et du cinéaste qui le fait jouer, vaut le coup d’œil.

Le long-métrage débute sur une note positive : une soirée de liesse en petit comité où Elvis pousse la chansonnette, tout le monde danse, on se croirait chez John Ford et pour cause un mariage se profile à l’horizon et l’atmosphère de cette famille recomposée (un mariage mixte blanc-Amérindien de secondes noces dont est issu Pacer, le personnage joué par Presley) est au beau fixe. Le demi-frère de Pacer, Clint (issu donc du premier mariage de leur père) semble proche de Pacer et vice-versa… Bref tout va bien jusqu’à ce que la tribu des Kiowas, une fois que tout le monde est rentré chez soi, attaque une propriété blanche du coin et massacre ses propriétaires. Les Blancs du coin organisent alors les représailles et poussent la famille de Pacer, mixte donc, à choisir un camp, ce que la famille se refuse à faire mais l’engrenage de violence sera impossible à éviter, même entre les deux demi-frères… Les Rôdeurs de la Plaine mérite l’intérêt par sa posture éminemment progressiste : la sensibilité de Siegel penche, et ce ne sera pas une surprise, du côté des Amérindiens plusieurs fois présentés comme légitimes dans leur lutte. Toutefois contrairement à l’excellent La vengeance de l’indien, aucun des deux camps – blancs ou « peaux rouges » – n’est placé en totale victime puisqu’ils sont tous deux capables d’injustice, de trahison, de violence contre les innocents. On retrouve là le pessimisme de Don Siegel qui prend tout son sens lors de la séquence finale, d’autant plus puissante que le sort lié est réservé à la star Elvis Presley. A ce titre, il est étonnant de voir comme ce dernier livre un jeu d’acteur convaincant et accepte les fêlures d’image que le scénario lui impose, comme de tuer sans états d’âmes ou prendre en otage une enfant. A l’image du film tout entier, son personnage est ambigu et tragique, il représente le meilleur rôle de Presley sans aucun doute, parole de mec dont la maman en est fan. Également, il ne chante qu’une seule fois dans le long-métrage, au début, ce qui déroutera le public de l’époque…

La superbe restauration de Sidonis Calysta permet d’apprécier le travail de mise en scène de Don Siegel qui, avec étonnement pour un cinéaste alors habitué à l’étroitesse angoissée de genres plus sombres comme le film noir, utilise ici tout l’espace du Cinemascope. Les séquences d’intérieur sont éblouissantes de composition, à quadriller comme la Cène (quoi j’exagère ? Siegel De Vinci même combat !). Le film est plastiquement superbe et se permet même quelques sursauts horrifiques à l’image de la séquence du massacre qui évoque les codes du slasher… Il manque toutefois quelque chose à ce western pour être un grand. Certainement une affaire de rythme, d’intensité d’écriture, l’étincelle malgré le talent du réalisateur de Tuez Charlez Varrick, qu’on devine quand même moins à l’aise dans ce genre… Quoi qu’il en soit, en bonus François Guérif et Patrick Brion nous éclairent sur les coulisses du tournage avec leurs anecdotes et commentaires que les amateurs apprécieront. Une tite galerie photos, et le tout est emballé avec le même savoir-faire auquel l’éditeur nous a depuis longtemps habitué.


A propos Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.

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