Le complexe de Frankenstein


On l’attendait avec impatience, certains s’étaient déjà procuré un DVD assez sommaire via le store de Mad Movies, mais enfin, il est là, après une longue attente. C’est dans une édition léchée et méritée, éditée par Carlotta que Le complexe de Frankenstein, le nouveau documentaire d’Alexandre Poncet et Gilles Penso (après Ray Harryhausen : Le Titan des effets spéciaux) est finalement dans nos mains. Et bientôt dans les vôtres ?

Le Club des Monstres

Les monstres existent depuis la nuit des temps et font indéniablement partie de notre culture. Qu’ils soient des titans grecs ou le diable en personne, des vampires ou des golem, notre imaginaire collectif est bâti sur des parts sombres et mystérieuses. Les monstres de cinéma ne concernent pas seulement ceux qu’une partie de la population appellent avec tendresse parfois (mais le plus souvent avec dédain) les geeks. Non, les monstres font partie intégrante de notre civilisation et ceux qui prennent vie au cinéma encore plus. Mais qui sont les créateurs de ces monstres qui peuplent la pop culture ? C’est sur eux que se sont penchés les deux réalisateurs du Complexe de Frankenstein, les critiques de cinéma Alexandre Poncet (qui signe également la très jolie bande originale du documentaire) et Gilles Penso. Pendant trois ans, les deux compères sont allés à la rencontre des grands maquilleurs, des artistes et des réalisateurs qui ont créé les monstres d’hier et d’aujourd’hui : citons Rick Baker (Le loup garou de Londres, Thriller), Phil Tippett (Star Wars), les compères réalisateurs John Landis (Le loup garou de Londres encore lui) et Joe Dante (Les Gremlins) mais encore Chris Walas (Piranha, La Mouche, Les Gremlins) ou Dennis Muren (Terminator 2, Rencontres du troisième type ou le méconnu Jurassic Park) mais également Guillermo Del Toro (Le labyrinthe de Pan). Tout ce petit monde se rencontre au fur et à mesure d’interviews croisés et témoignages durant 1H40 qui passe bien rapidement. On écoute avec attention les récits de naissance de ses montres, dont la gestation et l’accouchement furent parfois bien difficiles, ce qu’explique assez justement l’artiste Daniel Falconer (Le seigneur des anneaux) car pour lui « c’est une manière d’enfanter en tant que mâle, je ne dessine pas ces créatures pour en faire des créatures, je les pense et leur donne vie ». Car les monstres racontent des histoires, leurs propres histoires et il faut donc les trouver, les chercher, comme on caste l’acteur parfait pour incarner un personnage. Ces artistes nous délectent d’anecdotes de tournages et l’on s’amuse à les voir jouer avec leurs marionnettes vieillissantes, riants aux souvenirs de ces films qui ont fait notre enfance et leurs carrières. Le documentaire se termine néanmoins sur une note pessimiste pleine de nostalgie. Aujourd’hui les effets numériques commencent à remplacer les maquillages, les monstres de latex, rendant invisibles à la fois le travail de l’animateur mais aussi celui des maquilleurs FX : ces vedettes d’autrefois étant parfois obligés de prendre une retraite forcée. Quid enfin du très beau titre de ce documentaire, qu’il est de bon ton de souligner, comparant les artistes à de nouveaux Dr Frankenstein en puissance, donnant vie à des créatures chimériques et contre-nature. Quoiqu’il en soit, geeks, enfants des années 70 au 2000, enfants post-2000, jeunes, vieux, gremlins ou dinosaures, prenez le temps de regarder ce Complexe de Frankenstein, mettant en vedettes ces artistes que nous ne voyons presque plus.

Coté bonus, nous sommes plus que gâtés : des commentaires audios, un making-of d’une heure, un petit documentaire de 15 minutes sur l’artisanat numérique, la bande originale et tout ça, sur le premier disque. Sur le second on visite les « antres » de Rick Baker, Tom Woodruff Junior et Alec Gillis. On découvre ensuite l’art de plusieurs artistes méconnus (en ce qui me concerne), un entretien d’une quarantaine de minutes avec le réalisateur Christophe Gans avant de papoter de nouveau avec John Landis et Joe Dante. Cerise sur le gâteau, une masterclass de Guillermo Del Toro, conclut l’odyssée des deux réalisateurs au pays des monstres de latex. Pas piqué des hannetons ! Qu’est-ce que vous attendez ?


A propos Angie Haÿne

Biberonnée aux Chair de Poule et à X-Files, Angie grandit avec une tendresse particulière pour les monstres, la faute à Jean Cocteau et sa bête, et développe en même temps une phobie envers les enfants démons. Elle tombe amoureuse d'Antoine Doinel en 1999 et cherche depuis un moyen d'entrer les films de Truffaut pour l'épouser. En attendant, elle joue la comédie et a écrit un mémoire de recherche s'intitulant "Du masque neutre au masque numérique - Le corps de l'acteur à l'ère de la capture de mouvement", et le titre en jette plus que le contenu !

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